Témoignage: « 3 mois à cinq dans un monospace »

Témoignage: "3 mois à cinq dans un monospace"
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A la naissance de leur troisième enfant, Anja et Arnaud embarquent toute la famille dans leur fourgon aménagé, direction le sud de l’Italie. Un périple de trois mois riche en enseignements et beaux souvenirs.

«Comme tous les parents actifs, nous manquons de temps. Entre nos emplois, les déplacements d’Arnaud trois jours par semaine à Londres, les filles (Juliette et Sophie, 5 et 3 ans) et les obligations quotidiennes, on court derrière les bons moments en famille. Il était clair pour nous que l’arrivée d’un troisième enfant n’allait pas arranger les choses. A moins que… Au fond, cette future naissance constituait l’occasion idéale de réaliser notre rêve: un road trip en Italie à bord de notre monospace. En prenant chacun un congé parental, on pourrait profiter au maximum des enfants, loin du rythme quotidien.

Ma grossesse à peine entamée, nous avons commencé les préparatifs. Un périple comme celui-là, avec des enfants en bas âge, laisse peu de place à l’improvisation. Nous avons passé des soirées à plancher sur notre itinéraire, les aménagements du van (frigo, prise électrique, chauffage, auvent à air comprimé, utilisation optimale de l’espace…), les démarches administratives pour que tout fonctionne à la maison en notre absence et les indispensables à emporter. Il nous fallait envisager tous les scénarios, dont celui d’une météo capricieuse, d’enfants malades ou d’une naissance compliquée… Par bonheur, Louri est arrivé comme prévu début août. Six semaines plus tard, nous embarquions à bord de notre monospace chargé au maximum.

Premier jour, première alarme

On n’avait pas encore fait 500 km qu’un témoin d’alerte s’est allumé sur le tableau de bord. Le premier garagiste sur notre route s’est montré rassurant: la valve de recyclage des gaz allait probablement se désencrasser toute seule. De fait, après une réinitialisation de l’ordinateur de bord, nous avons pu enchaîner les kilomètres.

Contrairement à ce que l’on pouvait craindre, la route avec un bébé était simple. Nous avions calé nos départs sur ses heures de sieste. Bercé par le ronronnement du moteur, il s’endormait tranquillement. Par chance, ses réveils coïncidaient souvent avec le besoin de ses sœurs de se dégourdir les jambes. Notre itinéraire prévoyait rarement plus de 5 heures de route par étape, pendant lesquelles les grandes écoutaient des histoires, chantaient, dessinaient ou jouaient. De son côté, Louri étant allaité, il avait tout à sa disposition… D’autant qu’il passait ses nuits avec nous, sur la banquette qui se transforme en lit. Les filles, elles, se partageaient le lit du haut, sous le toit relevable de la voiture. Vivre à cinq dans cet espace réduit avait tout pour nous plaire.

Pourtant, nous n’étions pas vraiment détendus. Habitués aux grands voyages sans enfants, nous avions imaginé que le bénéfice de cette aventure en famille serait immédiat et force était de constater que, même après quelques semaines, il se faisait attendre. Bien sûr, nous ne connaissions pas alors les réveils au son de « Pipiiiii! », impliquant d’habiller vite fait les filles à moitié endormies et de courir aux toilettes communes, ni toutes ces tâches ménagères multipliées… Mais ce n’était pas ça. Plutôt l’impression que le temps filait à toute vitesse et qu’on ne parvenait pas à faire ce qu’on avait prévu. Il faut dire que, animés par le désir de trouver l’endroit « parfait », on changeait de camping tous les deux ou trois jours. Une exigence chronophage et épuisante: même avec l’habitude, transformer notre mobil-home en automobile – et inversement – prenait entre 1 h 30 et 2 h 30. Rangement du matériel de couchage et de cuisine, installation des sièges enfants et des bagages, démontage de l’auvent et de la remorque vélo et, enfin, pose de nos 4 vélos sur le porte-vélos… Il était temps de revoir nos priorités pour ce voyage.

Le coup de la panne, une bénédiction

Nous étions en pleine réflexion quand le tableau de bord du van s’est remis à nous alarmer. Atteindre le sud de l’Italie alors que nous n’étions qu’en Toscane nous semblait de plus en plus hasardeux. Dans l’improvisation totale, nous avons rejoint le port tout proche et pris le ferry pour la Sardaigne, afin de confier, presque aussitôt débarqués, notre voiture défaillante au garagiste local. Les frais de réparation étaient exorbitants, mais nous n’avions pas le choix.

Contrairement à nous, les filles semblaient ravies, d’autant que notre assurance auto offrait le séjour dans un bel hôtel et une voiture de remplacement, le temps que la nôtre soit réparée. En les regardant, confiantes et sereines, on a soudain réalisé que le vrai luxe d’un voyage comme celui qu’on était en train de vivre, c’est être ensemble sans contraintes temporelles. A partir de là, nous avons renoncé à essayer de tout voir et tout avoir, et décidé de rester plus longtemps au même endroit. Ce fut une libération: pour la première fois depuis notre départ, nous avions l’impression d’être en vacances.

Dolce vita à l’italienne

Vivre sans consulter notre montre nous a permis de tout apprécier davantage, à commencer par la douceur de vivre des Italiens. Passés maîtres dans l’art de faire des glaces – et des vins… – inoubliables, ils sont aussi de grands adorateurs d’enfants. Chaque fois qu’ils voyaient les nôtres sortir de la voiture ou entrer dans un restaurant, l’un d’eux s’écriait: « Uno, due… tre? Rispetto! (Un, deux… trois? Respect!)», n’hésitant pas à en prendre un dans leurs bras pour nous aider. Un jour de décembre, nous sommes partis faire une balade à vélo avec le couple du camping-car d’à côté et leurs trois enfants. Après une heure, un violent orage a éclaté. On s’est réfugiés dans un café, attendant que le déluge cesse. Cela faisait un moment que nous étions attablés quand un homme est arrivé, tout excité; il criait: « Ah, vous êtes là, vous êtes là! Et les enfants? Tout le monde va bien? » C’était Toni, le propriétaire du camping sicilien Luminoso où nous résidions depuis trois jours. Inquiet, il était parti à notre recherche dans les villages environnants. Il nous a embarqués tous les dix, vélos et remorques de vélos compris, dans sa camionnette, au mépris des 50 cm d’eau qui recouvraient la route. Quand nous sommes rentrés au camping, tout le monde nous attendait. Il faut dire qu’ayant le plus petit mobil-home avec le plus de gens dedans, nous passions rarement inaperçus…

La vita è bella

Sous le climat méditerranéen de cette fin d’automne, nous n’avons pas vu Noël approcher. A force de vivre sans horaires, on en avait presque oublié que ce voyage avait une fin. Comme nous, les filles rêvaient de prolonger cette belle aventure familiale de trois mois. Mais nos proches – et l’employeur d’Arnaud – attendaient notre retour pour les fêtes.

Cela fait maintenant six mois que nous sommes rentrés. Arnaud a repris les allers et retours vers Londres et moi, mon boulot à l’université. Comme nous le supposions, ce quotidien, avec trois jeunes enfants, n’est pas de tout repos et nous courons après les petits moments magiques de chaque jour. Mais le souvenir encore très présent de ces semaines où nous avons vécu le meilleur de nous-mêmes nous aide à revenir à l’essentiel. Certes, nous n’avons pas eu le temps de visiter tous les musées et autres lieux pittoresques qui nous intéressaient, mais nous avons une collection de moments fabuleux qui nous accompagneront longtemps. Et puis, les musées, on compte bien les voir plus tard…»

 

Texte Marie Bryon

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