Témoignage: “J’ai demandé à être placée pour m’éloigner de l’alcoolisme de mes parents”

Témoignage: "J'ai demandé à être placée pour m'éloigner de l'alcoolisme de mes parents"
© Getty Images

On dit que dans notre société les enfants sont rois. Mais c’est loin d’être le cas pour toutes les familles. Certains vivent des situations très compliquées, et le foyer dans lequel ils grandissent ne peut répondre à leurs besoins, même les plus fondamentaux.

C’est ce qu’à vécu une de nos lectrices. Mélanie, 39 ans, a demandé aux services sociaux d’être placée alors qu’elle était adolescente. Sa propre famille n’était pas en mesure de la nourrir, de l’aimer et de la protéger, en partie à cause de l’alcoolisme dans lequel avaient sombré son père et sa mère. Une histoire très douloureuse dont elle s’est aujourd’hui sortie, grâce à sa furieuse envie de vivre et une belle rencontre: son mari, qui est aujourd’hui son pilier.

Une séparation et la descente aux enfers

“Petite, mon enfance était assez ‘normale’, jusqu’à ce que mes parents se séparent, lorsque j’avais 8 ans. Mon père avait accumulé de nombreuses dettes et les avait cachées à ma mère. Elle l’a mis dehors lorsqu’elle l’a découvert et on s’est retrouvées noyées par des factures très urgentes à payer. Rapidement, tout nous a été coupé: eau, gaz, électricité… Avec mes sœurs et ma mère on a dû vivre sans rien, ou presque. On se débrouillait pour manger, on allait chercher des vêtements à la croix rouge, on demandait des colis alimentaires… Cette situation était si difficile que ma maman est tombée dans une profonde dépression”.

La mère de famille sombre alors dans l’alcoolisme, ce qui plonge encore un peu plus la famille dans la pauvreté. L’alcool lui fait perdre littéralement pied: elle va jusqu’à demander à Mélanie de voler pour elle des bouteilles lorsqu’elle fait les courses. Sa sœur ainée part vivre sa vie et Mélanie devient peu à peu la “petite maman” de la maison. Elle fait ce qu’elle peut pour s’occuper de sa petite sœur, alors qu’elle n’a elle-même que 10 ans à peine.

À 11 ans, la première prise de conscience

“Pour moi, vivre de cette manière était la normalité… Jusqu’à ce que j’aille un jour chez une copine d’école. Elle avait l’eau courante, le chauffage, des vêtements à sa taille et des jouets, à manger tous les jours et des parents qui s’occupaient d’elle… Cela a été comme un choc pour moi. Je me suis rendu compte que ce que je vivais chez moi n’était pas du tout normal”. Mélanie décide, du haut de ses 11 ans, de quitter sa mère et d’aller vivre chez son père, afin de trouver un peu d’aide.

Mais après la séparation, le père de Mélanie est lui aussi tombé dans l’alcoolisme. Mélanie et sa sœur vivent malgré tout chez lui pendant quelque temps, mais les conditions ne sont pas plus sereines: l’homme vit dans un tout petit studio et est saoul la plupart du temps. La jeune fille vit des années toutes aussi compliquées que les précédentes et entre en total décrochage: elle est en échec scolaire et rencontre des personnes peu fréquentables. Heureusement, Mélanie prend conscience – à nouveau – de la dure réalité dans laquelle elle vit. Elle a 15 ans quand elle se rend à la police avec sa petite sœur, afin de demander qu’on les aide à sortir de cet enfer.

Un début de reconstruction

Les deux sœurs sont placées en institution. Elles intègrent un home pour enfants en difficultés, au sein duquel Mélanie devra se faire une place, non sans mal. Mais c’est dans cette maison d’enfants que la jeune fille trouve du confort et de la sérénité: elle peut se laver, manger à sa faim, s’habiller avec des vêtements corrects, aller chez le médecin quand elle en a besoin et avoir des choses à elle. “Cela peut paraître anodin pour la plupart des enfants, mais ce sont des choses auxquelles je n’ai jamais eu accès. Je me souviens qu’à la Saint-Nicolas, on avait pu choisir un cadeau, ce que l’on voulait… C’était totalement fou pour moi, parce que je n’avais jamais reçu de cadeaux. Je n’avais pas non plus la possibilité de me soigner ou d’aller chez le coiffeur: tout ça était nouveau pour moi”.

Mélanie apprend à prendre soin d’elle, tant physiquement que mentalement. Pendant ce temps-là, son papa se prend lui aussi en main et fait tout pour sortir de son addiction. Ils suivent ensemble une thérapie familiale et l’homme trouve un logement correct pour accueillir de nouveau ses filles. Mélanie a alors 17 ans quand elle repart vivre chez son papa. La famille en reconstruction est suivie pendant plus de deux ans par des éducateurs afin de s’assurer que les deux sœurs ne manquent de rien, ce qui est le cas, même si le papa a bien du mal à répondre aux besoins affectifs de ses enfants.

Trouver de l’affection ailleurs

Entre temps, sa maman décède et c’est une nouvelle épreuve pour Mélanie. Elle commence des études supérieures mais s’égare. Elle fait beaucoup la fête et cherche de l’affection auprès d’hommes plus âgés ou eux-mêmes perdus. “Je sens que les choses commencent à m’échapper et que je flirte sérieusement avec les ennuis. Je fréquente surtout des hommes qui sont dans l’alcool, la drogue ou toute autre sorte d’addiction. En bref, des gens paumés. Avec le recul, je me rends compte que je cherchais l’affection dont j’avais manqué et que je n’avais tout simplement pas de repères sains”. Après avoir vogué en eaux troubles, Mélanie tente de se reprendre en main. C’est à cette période qu’elle rencontre l’homme de sa vie, qui l’aidera dans sa démarche et qui deviendra son pilier.

Très vite, ils vivent ensemble et Mélanie trouve un chemin de vie plus sain et qui lui correspond. Le couple s’unit et la jeune mariée reprend ses études d’infirmière. Elle obtient son diplôme et commence à travailler en milieu hospitalier. Pour autant, l’infirmière n’envisage pas de devenir mère: “Je ne voulais pas d’enfant, principalement parce que j’avais l’impression que je ne pourrai subvenir à leurs besoins matériels et, surtout, affectifs. Enfant, j’avais manqué de tout et je refusais de faire vivre cela à un autre enfant. Je me disais que même si je vivais confortablement, un jour je pourrais tout perdre et je n’envisageais pas de mettre un petit en difficulté. Et puis comment donner de l’amour à un enfant lorsqu’on en n’a nous même pas reçu?”. Pour Mélanie les choses sont claires: elle ne sera jamais maman.

Un nouveau coup dur

La jeune femme suit son chemin, apaisée et comblée. Mais les choses déraillent lorsque son père meurt, quelques jours avant le mariage de sa sœur cadette. Mélanie est extrêmement touchée par cette perte et sent qu’elle est en prise avec des idées noires. Elle se fait suivre par un psy mais cette nouvelle épreuve impacte aussi son couple. Son mari et elle connaissent beaucoup de difficultés. Ils sont au bord du divorce, mais Mélanie refuse que sa vie s’écroule: “J’aime tellement mon mari et ce que l’on a construit ensemble… Alors je me suis battue pour sauver mon univers. Nous avons entamé une thérapie de couple et tenté de nous reconstruire”. Une thérapie qui sera bénéfique, puisque les amoureux réussiront à se retrouver, plus amoureux et alignés.

Après s’être relevée de la tempête à laquelle elle a dû faire face, Mélanie ressent pour la première fois l’envie d’avoir un bébé. Et malgré ses craintes toujours bien présentes, elle devient maman. Un lien fort se crée entre elle et son enfant: ils sont extrêmement fusionnels et elle le dorlote, le couvre d’amour, le surprotège même parfois. “En devenant maman, je me suis rendue compte combien le fait d’avoir manqué de tout avait été un traumatisme pour moi. Alors je fais en sorte que mon fils ne manque de rien: je le couvre d’amour et je le gâte un peu trop. C’est peut-être un peu excessif parfois mais c’est ma manière d’être mère, en réaction avec mon vécu”.

Mélanie est fière de son parcours

Si Mélanie sait qu’elle aura toujours des blessures, son parcours est aujourd’hui pour elle une véritable force. Chaque jour, elle se bat pour vivre la vie qu’elle souhaite et refuse de subir. “Je veux que ma vie soit belle et je fais en sorte qu’elle le soit. Et surtout, je refuse de vivre dans le passé, je préfère qu’il soit plutôt un moteur pour moi”. Pour avancer, Mélanie n’a pas peur de se remettre en question et d’aller voir un thérapeute lorsqu’elle sent que sa vie prend une tournure qui ne lui plaît pas: “Être suivie par des psychologues m’a vraiment aidée à avancer malgré mon enfance difficile. Et comme mes parents étaient tous les deux dépressifs et sujets aux addictions, je fais très attention à ma santé mentale: je n’ai pas peur de prendre rendez-vous chez un spécialiste pour trouver le moyen de rebondir lorsque j’ai un coup dur ou des idées noires. Et je peux dire que je suis fière de mon parcours, parce que la vie n’a pas été tendre avec moi. Pourtant j’ai réussi à me construire une vie qui me rend heureuse. Et c’est pour moi une grande réussite”.

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