Les béguines, des femmes d’hier qui nous inspirent encore aujourd’hui

Les béguines, des femmes d'hier qui nous inspirent encore aujourd'hui

Apolline Vranken, architecte et féministe, a étudié le modèle d’habitation des béguinages dans son travail de fin d’études réalisé à La Cambre. Un ouvrage passionnant qui explore comment des femmes au 13e siècle se sont emparées de l’architecture pour concevoir des espaces d’émancipation. 

Dans son livre Des béguinages à l’architecture féministe. Comment interroger et subvertir les rapports de genre matérialisés dans l’habitat?, Apolline Vranken a trouvé le moyen d’articuler sa passion pour l’architecture à son engagement féministe. 

Apolline Vranken, architecte et féministe

Les béguinages, une spécificité belge

Les béguinages sont les premières communautés féministes en Europe. Les béguines étaient des femmes célibataires qui se sont organisées pour vivre de manière autonome et indépendante, libérées du joug de l’église et du patriarcat. Ce mouvement qui se traduit par une architecture particulière, est une spécificité belge (houra!). Les béguinages se trouvent pour la majorité en Flandre et offrent l’occasion de faire de belles excursions.

La vie en communauté

L’architecture des béguinages inspire encore aujourd’hui des architectes, des promoteurs immobiliers et des urbanistes. Elle se caractérise par un ensemble de maisons autour d’une cour centrale avec un jardin qui favorise les contacts et les échanges au sein de la communauté. Solidarité, éducation, démocratie, sont autant de valeurs qui guidaient la vie quotidienne des béguines. Mais Apolline ne manque pas de souligner un autre qualificatif: l’urbanité. « Au 13e siècle, les béguinages se trouvaient au centre des villes. Or on constate aujourd’hui dans l’éducation des filles, qu’elles ont davantage été habituées à avoir peur de la ville et à établir des stratégies d’évitement ».

Espace féminin VS espace masculin

Plus qu’une architecture féministe, Apolline défend une architecture (et un urbanisme) égalitaire qui favoriserait une symétrie des mouvements entre l’espace domestique traditionnellement féminin et l’espace public, plutôt masculin. « Les femmes sont sorties dans la rue pour revendiquer leurs droits mais à l’inverse, les hommes ont encore du mal à s’emparer de l’espace domestique ». Or, l’une des façons d’y parvenir est de décloisonner les espaces dédiés aux tâches ménagères traditionnellement réservés aux femmes. « Les  béguines avaient placé les lavoirs au centre des habitations. C’était une tâche inévitable pour laquelle elles ont créé un espace central qui devenait un lieu d’échange et de bavardage ». Une approche originale quand on observe que les tâches domestiques ont souvent été reléguées dans des caves, des sous-sols, des endroits sombres et inhospitaliers qui coupaient à la fois les femmes du reste de la vie collective et qui n’encourageaient pas les hommes à y participer.

Des « neo-béguinages »

Aujourd’hui, des communautés de femmes s’organisent en Allemagne, en Autriche et en France. « Si des femmes perpétuent ce mode d’habitation, c’est qu’elles en ressentent le besoin. Le besoin de se protéger d’un sexisme omniprésent dans la vie professionnelle, institutionnelle et bien sûr, aussi au sein de la sphère domestique. Aujourd’hui encore, les femmes sont plus souvent en danger au sein de leur propre foyer, qu’à l’extérieur. Il n’y a qu’à voir les chiffres sur la violence conjugale ». Une triste réalité à laquelle s’ajoute l’habituelle inégalité des répartitions des tâches ménagères.

Alors que les femmes se sont battues pour s’émanciper des tâches ménagères et fuir leur cuisine, faut-il voir d’un mauvais œil l’intérêt grandissant pour Marie Kondo et ses méthodes de rangement, la prolifération des home organisers et des tutos DIY pour réaliser ses produits d’entretien? « Non », répond Apolline. « L’espace intérieur permet de créer des solidarités en dehors de la violence de l’espace public. Développer un espace à soi dans lequel on se sent bien est vital pour exprimer sa personnalité et s’épanouir ensuite à l’extérieur« .

Pour acheter le livre d’Apolline Vranken : L’université des femmes

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