Témoignage: «J’ai eu un bébé après un cancer du sein»

Témoignage: «J'ai eu un bébé après un cancer du sein»

A 32 ans, Déborah se découvre un cancer du sein particulièrement agressif. Les traitements sont lourds et longs. Et si elle les interrompait le temps d’une grossesse? Le pari est peut-être risqué, mais l’envie de donner la vie va l’emporter!

«Je suis maman et c’est la chose la plus magnifique qui me soit jamais arrivée! Je profite de ce bonheur au quotidien, d’autant que ma petite Emma est arrivée après un cancer du sein… J’avais 32 ans. Je pensais avoir toute la vie devant moi. J’étais en couple avec Nico depuis les études, on s’était dit qu’on fonderait une famille, qu’on aurait deux enfants. Mais on était jeune, on avait bien le temps. On voulait d’abord s’installer, voyager, s’amuser… Puis, un jour, je me suis rendu compte que quelque chose clochait dans mon sein gauche. J’ai fait des examens et le diagnostic est tombé, c’était un cancer. Un coup de massue Cancer du sein. Quand la gynéco prononce ces trois mots, j’ai la sensation physique que mon horizon se réduit. C’est un coup de massue. La tumeur est tellement importante qu’elle est inopérable dans l’immédiat. Il faut commencer par une chimio pour tenter de la réduire. Je suis effondrée. Nico aussi. Avant d’entamer les traitements, les médecins nous expliquent qu’ils pourraient avoir un impact sur ma fertilité. C’est vrai que nous avions toujours imaginé avoir des enfants… Mais à ce moment-là, croyez-moi, on ne pense pas à cela! Le diagnostic est grave et je n’ai qu’une seule idée en tête: sauver ma peau. Mon échelle du temps s’est modifiée, je ne suis plus capable de me projeter dans l’avenir. Je suis juste dans l’instant présent. Quand est-ce que je peux entamer ma chimio? Et d’abord: quelle est mon espérance de vie? Les médecins ne veulent pas se prononcer. Ils esquivent en me disant que ce sont seulement des statistiques, qu’un cas n’est pas l’autre… Mais je les harcèle. De guerre lasse, l’un d’eux me donne l’adresse d’un site médical où je trouverai la réponse à ma question. J’encode toutes mes données, le résultat s’affiche à l’écran: mon espérance de vie est de 7 ans. J’ai 32 ans, à 39 ans ce sera fini. Par chance, mon corps répond bien à la chimio. On peut envisager l’ablation du sein. Je vis cette opération comme une délivrance. Puis je reprends les traitements: chimiothérapie et radiothérapie, mais aussi hormonothérapie. Comme je suis atteinte d’un cancer hormonodépendant (voir encadré), je dois prendre un traitement hormonal qui met mon corps en ménopause afin de diminuer le risque de récidive. Pendant ce temps-là, évidemment, je ne peux pas être enceinte. Le traitement est prévu pour cinq ans, mais mon médecin m’explique que je peux l’interrompre si j’envisage une grossesse…

Des glaces dans mon bain

Interrompre l’hormonothérapie? Les premières années, c’est impensable pour moi. Je suis hantée par la peur des métastases, je demande des examens tout le temps, je ne pense qu’à ma survie. Puis, peu à peu, je reprends confiance. J’apprends qu’une connaissance vient d’avoir une petite fille après avoir interrompu son hormonothérapie. Je me renseigne. Je lis sur Internet que, en Allemagne, on interdit aux femmes dans mon cas d’interrompre leur traitement. C’est trop risqué. J’en parle à mon oncologue. Elle tempère. J’en parle bien sûr avec mon mari. ‘Le plus important, c’est toi’, me dit-il sans cesse. D’un côté, il est inquiet; de l’autre, il aimerait que l’on reprenne notre vie là où elle s’est arrêtée. Moi aussi. Faire un bébé, ce serait le plus beau des projets d’avenir… Alors, au bout de trois ans, je décide d’arrêter l’hormonothérapie et de laisser faire la nature. Vu mon âge, j’ai 30% de chances de tomber enceinte. Mais les statistiques, on s’en fiche, hein! Et deux mois plus tard, je n’ai plus mes règles… Nico n’y croit tellement pas que je dois faire trois tests de grossesse dans la semaine pour qu’il réalise. Nous allons avoir un bébé! C’est trop beau! Je parle très vite de ma grossesse à la famille et aux amis. J’ai un gros sentiment de culpabilité d’avoir plongé mes proches dans la tristesse et l’inquiétude en étant malade. Je suis pressée de leur apporter une bonne nouvelle. Ils savent que j’ai arrêté mon traitement. Je pense qu’ils sont un peu inquiets pour moi, mais ils ne me l’ont jamais dit. Au contraire. Ils m’ont encouragée quand j’hésitais: ‘Vas-y, lance-toi, ce sera fantastique!’ Ils sont tout le temps dans une optique de vie. Je suis bien entourée. J’ai l’impression d’être la plus choyée des femmes enceintes. Je décide aussi de me chouchouter. Je fais le choix de travailler moins, je mange des glaces dans mon bain, je profite à mille pourcents. J’essaie de ne pas penser au traitement interrompu, au risque de rechute… Je veux ne penser qu’à mon bébé: une petite Emma, qui va naître à terme et en pleine santé.

Savourer le moment présent

Je choisis de ne pas allaiter mon bébé. Avec un seul sein, c’est un peu compliqué… Mais surtout: je n’ai aucune envie de mettre mon sein entre ma fille et moi. Je perçois toujours mes seins comme une source de danger. J’ai tourné pas mal de pages au fil des années, mais il m’arrive encore d’avoir des angoisses. Je me demande parfois si je verrai grandir Emma… J’ai passé le cap des 39 ans, mais je sais que mon espérance de vie est plus courte que celle d’une autre femme. Je ne suis pas guérie, je suis juste en rémission. Il y a de gros risques que le cancer réapparaisse. J’ai donc demandé à pouvoir reprendre l’hormonothérapie. Mon oncologue ne savait pas trop si c’était indispensable. Sur le sujet, les avis divergent. Elle a demandé l’opinion de deux confrères étrangers: l’un a répondu qu’il me remettrait sous traitement pendant cinq ans, l’autre pendant dix ans. Mais dans cinq ou dix ans, je n’aurai définitivement plus l’âge d’être maman! Si je veux donner un petit frère ou une petite soeur à Emma, c’est donc maintenant, avant de recommencer l’hormonothérapie… Je ne parviens pas à me décider parce que j’ai du mal à me projeter dans l’avenir. Même si, depuis la naissance de ma fille, j’ai dépassé le stade de la survie pour être de nouveau dans la vie. J’ignore de quoi sera fait demain, je savoure simplement le moment présent.»

Risquer sa vie pour donner la vie?

Peut-on avoir un bébé sans prendre de risques après un cancer du sein? Cela reste une question pour les médecins. Comme Déborah, la majorité des jeunes femmes atteintes d’un cancer du sein souffrent d’une forme hormonodépendante de la maladie. C’est-à-dire que les cellules cancéreuses se nourrissent de leurs propres oestrogènes. Pour éviter une récidive, les femmes concernées doivent prendre un traitement hormonal (ou hormonothérapie) qui bloque la production d’oestrogènes. Il en résulte une ménopause artificielle qui rend impossible toute grossesse. Les hormonothérapies sont souvent prescrites pour une durée minimale de cinq ans. Les femmes voient donc filer les années et la chance de devenir maman. A moins que, comme Déborah, elles interrompent leur traitement… Mais avec quels risques? A ce stade, les scientifiques n’en savent rien. Une campagne de crowdfunding a été récemment lancée pour financer une étude clinique internationale à ce propos. L’étude BIG Time for Baby a pour objectif de déterminer dans quelle mesure le traitement hormonal peut être suspendu sans augmenter le risque de récidive du cancer du sein.

Infos: www.bigtimeforbaby.org.

Texte Christine Masuy / Coordination Anne Deflandre / Photo Doc perso.

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Attendez le prochain article de Femmes d’Aujourd’hui, il en vaut vraiment la peine :)