Suis-je victime de violence conjugale?

Suis-je victime de violence conjugale?
Pexels © Alex Green

En Belgique, les faits de violence domestique sont en augmentation depuis le premier confinement. Ils pourraient être encore plus nombreux si chacun était apte à les repérer. Différencier une “simple dispute” d’un acte de violence est en effet crucial pour savoir si l’on en est victime.

En avril 2020, durant le premier confinement, les lignes d’écoute dédiées aux violences conjugales ont été sollicitées trois fois plus qu’en temps normal, nous apprend l’agence de presse Belga (chiffres de février 2021). Le Centre de Prévention des Violences Conjugales et Familiales a, de son côté, vu son nombre de demandes d’accueil fortement augmenter, jusqu’à atteindre un record: 456 en juin 2020. Malgré ces appels à l’aide toujours plus nombreux, la police de Bruxelles a rapporté que le nombre de plaintes a pourtant baissé. En cause? Les déplacements, fortement réduits au printemps 2020. La tendance s’est poursuivie lors du reconfinement, en octobre de la même année. Pire encore, les situations sont jugées de plus en plus graves par les acteurs de terrain.

Que qualifier de violence conjugale?

En 2006, les ministres fédéraux, communautaires et régionaux du pays statuent sur une définition commune des violences conjugales. “Elles comprennent les agressions, les menaces ou contraintes verbales, physiques, sexuelles, économiques, répétées ou amenées à se répéter, portant atteinte à l’intégrité de l’autre et même à son intégration socioprofessionnelle. Ces violences affectent aussi l’entourage de la victime et de l’agresseur, notamment les autres membres de la famille, dont les enfants”, lit-on sur le site d’Amnesty International.

Sont donc compris: tous les comportements, les actes, les attitudes et remarques qui entraînent des contraintes pour obtenir quelque chose, dans le but de maintenir une forme de contrôle sur le ou la partenaire.

Différencier la violence conjugale d’une dispute

“Quand on parle de violence dans le couple, on se situe d’emblée au-delà de la grosse dispute”, avance le Centre de Prévention des Violences Conjugales et Familiales (La violence dans le couple de Pascale Franck et Paul Van Lint). La violence conjugale peut être physique, psychologique et même économique. Amnesty International a d’ailleurs mis en lumière les huit façons par lesquelles s’exprime cette violence:

  • La violence psychologique et verbale
  • La violence physique
  • La violence sexuelle
  • L’utilisation des enfants (chantage émotionnel, violences physiques ou verbales sur un enfant devant l’autre parent, prise en otage, etc.)
  • L’utilisation de la violence envers des animaux ou des objets
  • Le contrôle excessif (contrôle financier, isolement social, etc.)
  • Le suicide ou les menaces de suicide
  • Le meurtre, tentative de meurtre ou les menaces de mort

Fait inquiétant ces dernières années, l’augmentation de la cyberviolence. Elle s’opère par le contrôle permanent via les SMS, les logiciels espions pour connaître les déplacements de la victime, le contrôle des comptes bancaires (changement des codes et mots de passe). “Aujourd’hui, 9 femmes sur 10 victimes de violences conjugales disent avoir subi au moins une forme de cyberviolence conjugale”, ponctue Amnesty.

Le cycle infernal de la violence

La violence conjugale est un engrenage dont il est difficile de sortir pour la victime: elle fait face à des humiliations verbales, coups, insultes, sautes d’humeur… qui sont toujours justifiés par le partenaire. Ce dernier dira que “c’est à cause du stress, de l’alcool, d’événements négatifs ou, pire, d’une attitude x ou y adoptée par la victime”.

Après la tempête, souvent vient l’éclaircie: le moment de la réconciliation où l’auteur des agressions est gentil et demande pardon. Cette phase est qualifiée de “lune de miel” par les professionnels de la question. Souvent, des promesses sont avancées: “Je vais changer”, “cela ne se reproduira plus”. Des cadeaux matériels peuvent également être offerts. La victime culpabilise alors d’avoir eu envie de s’enfuir et retombe dans ce cercle infernal de la violence. Elle peut alors être au petit soin pour son/sa partenaire.

 

© Amnesty International

Les dégâts: une perte de confiance en soi

Les impacts de ces actes sont évidemment colossaux pour la victime:

  • La victime va douter
  • Elle aura honte
  • Elle pourra se sentir perdue
  • Elle s’isole, même de son entourage le plus proche
  • Des dégâts physiques et/ou psychiques surviennent
  • La médication peut venir soulager les douleurs, elle est souvent importante

Repérer la violence à temps

Certaines victimes se retrouvent coincées dans une routine violente alors que certains signes doivent alerter. Amnesty International les a référencés comme suit:

  • L’auteur crie, vous injurie, vous accuse, vous insulte, vous humilie
  • Il adopte des attitudes menaçantes
  • Il fait pression sur vous en vous culpabilisant
  • Il vous force à prendre des décisions contre votre gré
  • Il ne vous donne pas ou pas assez d’argent pour le ménage
  • Il manipule les enfants
  • Il prend des décisions importantes sans vous consulter
  • Il vous tourne en ridicule devant d’autres personnes
  • Il dit du mal de votre famille et de vos ami(e)s
  • Il ment
  • Il est excessivement jaloux
  • Il ne respecte pas ce qui a été décidé
  • Il n’assume pas sa part de responsabilité
  • Il nie ou minimise ses actes violents
  • Il prétend qu’il est violent par votre faute
  • Il s’oppose à ce que vous travailliez à l’extérieur
  • Il vous reproche vos dépenses
  • Il consomme des drogues et boit trop d’alcool
  • Il menace de se suicider ou de se faire du mal
  • Il menace de dire ou de faire des choses qui auraient des conséquences fâcheuses
  • Il vous empêche de rendre visite à des ami(e)s, des parents
  • Il contrôle vos appels téléphoniques
  • Vous devez avoir son autorisation pour vous rendre dans certains endroits, il vous en interdit d’autres
  • Il profère des menaces contre vous ou d’autres personnes
  • Il arrive à l’improviste ou vous appelle sans cesse au téléphone
  • Il vous surveille
  • Il refuse de s’en aller quand vous le lui demandez
  • Il utilise sa supériorité physique pour vous faire peur
  • Lors de disputes: il vous bloque le passage; il crie; il conduit la voiture brutalement; il s’attaque à des choses auxquelles vous tenez; il frappe des objets, les jette autour de lui; il recourt à la violence contre vous, contre vos enfants, contre les animaux domestiques; il bat, donne des coups de poings, immobilise, mord
  • Il vous traite de manière déshonorante et avilissante
  • Il vous contraint à accepter des relations sexuelles
  • Il vous viole
  • Il utilise des armes ou en porte constamment sur lui

Qui appeler?

Vous avez encore des doutes sur le comportement de votre partenaire? L’Observatoire des violences envers les femmes et l’association En Avant Toute(s) ont mis au point un “violentomètre”, un outil pour aider les femmes à reconnaître les signes d’une relation toxique. Si vous êtes ou pensez être victime de violences conjugales, appelez Écoute Violences Conjugales au 0800 30 0 30. Plus d’infos: amnesty.be.

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