SOS Suicide: comment prévenir et aider?

SOS Suicide: comment prévenir et aider?
Getty Images

Avant l’arrivée du coronavirus, la Belgique faisait déjà partie des pays fortement touchés par le suicide: pour 100.000 habitants, le taux de mortalité par suicide s’élève à 17,11 alors que la moyenne européenne est estimée à 10,33. L’isolement, qui guette de nombreuses personnes depuis un an, n’a rien amélioré.

La pandémie de Covid-19 n’aura pas mis que le personnel soignant à genoux. Étudiants en décrochage, parents à bout, acteurs du tourisme cloués au sol, prestataires culturels muselés, restaurateurs, coiffeurs, esthéticiennes, tatoueurs et tant d’autres ne peuvent plus exercer leur activité. Ce sont des centaines de milliers de concitoyens qui sont aujourd’hui en détresse, parce qu’ils n’ont plus de perspectives, plus de contacts sociaux, plus de revenus. Ne reste que l’incertitude, parfois la solitude et l’impossibilité de se projeter dans l’avenir.

Quand le tunnel semble ne pas avoir de fin et qu’aucune main ne se tend, il est tentant de baisser les bras, de tout abandonner, même la vie, pour s’en aller sous d’autres cieux. Il en faut alors, du courage, pour reconnaître qu’on a besoin d’aide. Et vite.

S.O.S. d’un entrepreneur en détresse

Ces aides, elles ne manquent pas. Malheureusement, comme le souligne Thomas Thirion, administrateur délégué d’Un pass dans l’Impasse (le centre de référence de prévention du suicide dédié aux professionnels), “le souci, c’est qu’en Wallonie, les gens ont beaucoup de mal à reconnaître qu’ils ne vont pas bien. Alors, pousser la porte d’un centre de prévention suicide, c’est inconcevable. Plus encore pour les indépendants, de par leur mode de fonctionnement” (ils ont l’habitude d’avancer seuls, ndlr). Or, l’an dernier, 30 à 40% des appels passés au 1718 – pour les urgences sociales – l’étaient par des indépendants.

Détecter que quelqu’un va mal pour l’aider

Ces appels ont poussé l’ASBL Un pass dans l’Impasse à mettre en place un service d’aide psychologique pour entrepreneurs et indépendants en souffrance aigüe. Cela s’est traduit par l’ouverture d’une ligne d’écoute et par la formation d’un réseau de “sentinelles, c’est-à-dire toute personne qui est amenée à être en contact avec le public cible, et qui veut apprendre à détecter un individu en détresse pour lancer l’alerte le cas échéant”, explique Thomas Thirion. “L’objectif n’est pas que les sentinelles deviennent psychologues ou assistants sociaux”, indique-t-il, “simplement qu’ils soient sensibles à cette détresse”. L’alerte est alors déclenchée – toujours en accord avec l’indépendant – via le numéro vert 0800 30 025 et ensuite transmise à un conseiller qui prend lui-même contact avec la personne. “C’est là toute l’importance du dispositif, qui se veut proactif: ce n’est pas à la personne en souffrance d’appeler, c’est nous qui appelons”.

Au bout du fil, la voix apaisante d’Océane ou de sa collègue Margaux. “Ce qu’on apporte, c’est un support psychologique, ce n’est ni une thérapie ni un accompagnement à long terme. L’urgence, c’est de mettre la personne en sécurité le plus rapidement possible. Puis, nous lui proposons quatre entretiens par téléphone, à raison d’un par semaine, qui nous permettront de voir ce qui peut être mis en place”. Le dispositif, mis en place en novembre seulement, a déjà permis d’aider quelque 200 indépendants.

Toute la population est touchée

Mais ils sont loin d’être les seuls en situation de détresse ou de désespoir. Le mal-être et le découragement se fait ressentir dans toutes les franges de la population. Surtout lorsqu’on est amené à traverser des épreuves de vie comme la perte de son emploi ou de ses revenus, le décès d’un proche, une séparation… “Tous ces événements peuvent mener au suicide s’il y a d’autres facteurs prédisposants (des antécédents familiaux, des addictions, de l’isolement, des troubles psychologiques) qu’aucun facteur de protection (une bonne estime de soi, la capacité à demander de l’aide, la confiance en ses ressources…) n’arrive à contrebalancer”, explique Marie Remy, psychologue. Qui ajoute que “de tous les facteurs de protection qui existent, le plus important est le support social: les relations interpersonnelles, la famille et les amis”.

Sortir de l’isolement est déjà un premier pas

Les mesures sanitaires étant ce qu’elles sont, elles imposent de faire preuve de créativité pour rompre cet isolement. Cela demande un peu d’efforts, largement récompensés. Déborah Deseck, du centre de prévention du suicide, insiste: “Pour traverser cette période très compliquée et ses turbulences, il est indispensable d’être accompagné. ‘S’isoler’ ne veut pas dire ‘rester seul’! Il faut garder le contact, avoir quelqu’un de confiance à qui parler et si ce n’est pas le cas, appeler une ligne d’écoute”.

C’est aussi parce que l’entourage sera présent et attentif aux signes avant-coureurs, que l’on pourra mieux prévenir les suicides. Tous ensemble, nous pouvons agir. “D’abord en prenant régulièrement des nouvelles de nos proches par téléphone. Mais aussi en écoutant avec bienveillance celui qui semble en crise suicidaire, sans émettre de jugement. Connaître les dispositifs et ressources d’aide qui existent, et proposer à la personne en souffrance de les appeler avec elle”.

Un problème qui date d’avant la crise sanitaire

En 2017, soit bien avant la crise, la Belgique a recensé près de 2000 suicides. En Wallonie, c’est deux suicides par jour, dont un indépendant tous les trois jours. Le suicide est aussi la première cause de mortalité chez les 25-44 ans.

Comment agir?

Vous vous inquiétez pour une personne qui semble ruminer des idées suicidaires?

  • Ne dites pas “Ne vous inquiétez pas, ça va aller” car vous n’en savez rien. Admettez qu’en effet, les choses ne se passent pas bien en ce moment, entendez la détresse de l’autre, amenez-le à verbaliser ses émotions. Il faut briser le tabou du suicide, ne pas avoir peur d’en parler, creuser un peu pour comprendre ce qu’il y a derrière.
  • Ne minimisez pas. Au contraire, montrez que vous êtes inquiet pour la personne, dites-lui que vous voyez bien que ça ne va pas. Assurez-vous qu’elle soit entourée, puis travaillez sur ses ressources, sur ce qui pourrait la tirer vers le haut . Et surtout, favoriser l’espoir.
  • Informez la personne des aides qui peuvent être mises en place. Proposez-lui de prendre contact pour elle, avec elle.
  • Ne tenez pas de discours culpabilisant. Pas de phrases du type “Tu me déçois, as-tu pensé à tes enfants?”. Évidemment, qu’elle y a pensé… Encouragez-la plutôt à faire appel à un professionnel de la santé et accompagnez-la dans ses démarches si nécessaire.

Engagez-vous!

Les sentinelles ne sont pas formées uniquement pour venir en aide aux indépendants. Tout un chacun peut suivre cette formation d’une demi-journée pour apprendre à déceler les situations de détresse. Pour rejoindre le réseau, inscrivez-vous par mail contact@info-suicide.be ou par téléphone au 081/77.78.78.

Le centre de prévention suicide lance un appel aux bénévoles, et assure la formation et le soutien. Prenez contact par mail benevolat@prevention-suicide.be ou par téléphone au 0499/88.32.70.

Les numéros utiles

Tous les numéros qui commencent par 0800 sont gratuits, ainsi que le 107, le 103 et le 1718.

  • Centre de Prévention du Suicide: 0800 32 123
  • Écoute-Enfants: 103
  • Écoute violences conjugales: 0800 30 030
  • SOS Parent: 0471/41.43.33
  • Télé Accueil: 107
  • Bruxelles-Soutien (pour les urgences sociales): 0800 35 243
  • Wallonie numéro vert (également pour les urgences sociales): 1718
  • Un pass dans l’impasse (pour les indépendants): 081 777 150
  • N° appel d’urgences (pour les indépendants): 0800 30 025
  • Si vous avez entre 14 et 21 ans, des permanences psy-ado sont organisées par le SSM ULB: 02/650.59.84 ou permanence.psy.ado@ssmulb.be
  • Si vous résidez en maison de repos et que vous vous sentez seul: 0800 21 020

Texte: Stéphanie Ciardiello (avec Déborah Deseck, Océane Ghijselings, Marie-Cécile Remy et Thomas Thirion). 

La détresse psychologique touche tout le monde

Vous ne voulez rien louper de nos news mode, beauté, déco, voyages? Vous cherchez des conseils psycho, sexo, santé pour être au top en tant que femme et/ou que maman? Suivez-nous sur Facebook et Instagram et inscrivez-vous à notre newsletter

Continuez votre lecture ci-dessous, après la publicité

Attendez le prochain article de Femmes d’Aujourd’hui, il en vaut vraiment la peine :)