Le boom des célibataires: portrait d’une situation dans l’air du temps

Le boom des célibataires: portrait d'une situation dans l'air du temps
© Getty Images

Près de 45% des ménages belges sont composés de personnes isolées ou de familles monoparentales, soit 500 000 de plus qu’il y a 20 ans. Une montée en flèche de la vie en solo que nous allons tenter de décrypter.

Situation amoureuse: c’est compliqué. Tel pourrait être le statut sentimental de notre pays, à en croire les chiffres Statbel – l’Office belge de statistiques – avec presque 35% de ménages composés d’une seule personne et près de 10% de familles monoparentales, soit 2,2 millions de personnes. Un niveau qui n’avait jamais été atteint jusque là, mais surtout une croissance qui semble destinée à se poursuivre, vu la constante augmentation des ménages isolés depuis 20 ans. Des chiffres qui posent question, d’autant qu’ils semblent être en totale contradiction avec la vie ultra-connectée que nous menons. Le célibat est-il un choix assumé ou une situation subie? Une preuve d’une évolution de nos mœurs ou la preuve qu’il est de plus en plus compliqué de trouver – et garder – l’amour? En vérité, il semblerait la raison de ce boom des célibataires soit un subtil mélange de tout cela.

De la vie de Bridget Jones à l’amour de soi…

Durant des siècles, le célibat a été considéré, au choix, comme un échec majeur ou un rejet profond des mœurs établies. Une idée encore répandue, inconsciemment ou non, dans la société actuelle et parfaitement incarnée par le personnage de Bridget Jones qui, à 35 ans et sans partenaire ni enfant, se considère comme ratée et craint devenir vieille fille, le corps dévoré par des chiens. Une vision peu reluisante, poussiéreuse du célibat… bien loin de la réalité des célibataires d’aujourd’hui. Pour preuve, le témoignage de Gwenn, 35 ans et célibataire depuis 6 ans.

“Je peux affirmer que le célibat m’a sauvée”

“Je me suis retrouvée célibataire après plusieurs relations plus ou moins longues. Étrangement, elles devenaient à chaque fois plus courtes. Peut-être est-ce dû au fait qu’en se connaissant toujours plus soi-même, on accepte de moins en moins de faire des compromis… Après avoir connu tant d’années de vie à deux, il est clair que se retrouver seule n’est pas toujours facile, surtout au début. Le manque de l’autre est là. Mais on s’y habitue, et même, dans mon cas, on y prend goût. On en arrive à aimer cette indépendance et la possibilité de laisser libre cours à ses petites manies, au risque d’avoir beaucoup de mal à les délaisser un jour. Aujourd’hui, je me sens très bien. Je peux même affirmer que le célibat m’a sauvée. Après pas mal de relations néfastes, je ne me force pas à trouver un partenaire ni à avoir des enfants à tout prix, comme le dicte la société. Si cela arrive, c’est que je l’aurai mûrement réfléchi et choisi. Mais pas pour correspondre aux injonctions que l’on tente de m’imposer”.

Un célibat souvent craint et rejeté… du moins au début

L’expérience de Gwen est symptomatique de l’image actuelle du célibat: toujours craint mais qui, au fil du temps et pour certaines, se mue en choix conscient. Non pas celui de fermer la porte à un nouvel amour, mais plutôt de la laisser grande ouverte à une relation épanouie avec soi-même. Un principe théorisé par l’actrice Emma Watson sous le terme “self-partnered”, être son propre partenaire. La solitude devient alors cathartique et permet parfois de se découvrir une force intérieure insoupçonnée jusque-là. C’est ce qu’a connu Justine qui, après deux relations de 8 ans, est célibataire depuis 2 ans et demi.

“Dire que j’ai toujours bien vécu le célibat serait mentir. Le dimanche en solo, les innombrables matins à se réveiller sans quelqu’un à ses côtés, le fait de n’avoir personne à qui raconter sa journée en rentrant du boulot ou avec qui se projeter… c’est difficile, vraiment. J’en ai versé, des larmes. Le plus dur est de ne pas savoir si un jour on va retomber amoureuse, rencontrer quelqu’un de bien. Cette incertitude est très compliquée à gérer, surtout une fois passée la trentaine, quand on voit tous ses amis avancer. Mais chacun sa route et son rythme. Avec le recul, je réalise que je devais apprendre à vivre seule, à voler de mes propres ailes et à me faire confiance. J’ai découvert ce qui me faisait du bien et à quel point mes amitiés étaient fortes. Je suis convaincue que ces années de célibat, certes douloureuses parfois, m’ont apporté un précieux bagage, que je garderai toute ma vie. Savoir que l’on n’a besoin de personne, ça n’a pas de prix”.

Le poids de la solitude, une réalité

Le célibat serait-il une nouvelle manière d’armer son indépendance et promesse d’amour vis-à-vis de soi, comme l’affirme Catherine Gray dans son livre “The Unexpected Joy of Being Single” (Le bonheur inattendu d’être célibataire)? Une invitation à prendre son indépendance à l’égard des hommes, du mariage et du patriarcat? Peut-être, mais pas que. Selon une étude de l’Ined, l’Institut national d’études démographiques françaises, si les hommes sont 74 % à estimer que le célibat n’a pas d’impact négatif sur leur vie quotidienne, c’est moins le cas pour les femmes, qui sont elles 69%. Surtout sachant, comme l’expliquait Statbel, que le pourcentage de femmes célibataires grimpe en flèche pour les familles monoparentales, avec 81% contre seulement 19% d’hommes.

Un célibat avec lequel il semble alors particulièrement difficile de rompre, et qui peut peser de plus en plus lourd au fil des années, comme en témoigne Micheline qui, à 64 ans, supporte difficilement cette solitude: “Mon mari m’a quittée il y a presque 10 ans. Dix ans! Et je le vis toujours mal. Même si ma vie de célibataire m’a permis de me reconstruire et de comprendre bien des choses sur mon passé, qu’elle m’a appris à vivre seule et à me recentrer sur l’essentiel, j’aimerais rencontrer quelqu’un car cette solitude ne me correspond pas du tout”.

“Je n’ai que peu de relais pour souffler et avoir du temps pour moi”

Solange voudrait, elle aussi, retrouver un partenaire avec qui partager des moments de complicité et le quotidien. Mais avec une petite fille de 8 ans dont elle assume l’entièreté de la garde, cette maman de 42 ans a bien du mal à faire des rencontres: “Mon ex-compagnon voit rarement notre fille et je n’ai que peu de relais pour souffler et avoir du temps pour moi. Ma fille est la plus belle chose qui me soit arrivée, mais cette solitude est parfois difficile à porter. Solitude des actes du quotidien, solitude dans les décisions importantes et les moments difficiles… Les rencontres via internet? J’ai déjà tenté, mais je trouve ces relations souvent faussées et superficielles. Et je ne veux pas imposer mes errances amoureuses à mon enfant, donc je me refuse à laisser rentrer dans ma vie un potentiel partenaire. Je ne ferai une place à quelqu’un dans mon monde, notre monde, que le jour où je serai vraiment sûre de lui comme de moi”.

Internet et les supermarchés de l’amour

Dans un monde où tout passe par Internet, les plateformes censées aider les célibataires à rencontrer l’amour sont légions: Happn, Tinder, Fruitz, Meetic, Cupid, Bumble, Ok, Zoosk, Match… les applications de rencontres ne manquent pas – particulièrement depuis la pandémie – entraînant dans leur sillage une infinité de potentielles relations sentimentales, semblant ne demander qu’à éclore. Trop, peut-être? “Dès le début de mon célibat, je m’y suis inscrite. Je supprime les applis de temps en temps, puis je finis par les remettre. C’est très pratique lorsqu’on cherche de l’affection ou à assouvir certains besoins, mais pour une relation sérieuse, je trouve que c’est plus compliqué. Ce côté ‘supermarché de l’amour’ est très déprimant. Il y a toujours la tentation d’avoir mieux au ‘swipe’ suivant, ce qui amène à des pratiques comme le ‘ghosting’, c’est-à-dire rompre sans un mot, sans explication, ce que je trouve immoral. C’est le jeu, j’imagine” explique Justine. À la lumière de ce témoignage, une question: l’infinité de possibilités conduit-elle à la frustration et l’overdose?

Il semblerait que, à en croire les propos tenus le psychologue américain Barry Schwartz dans son livre “The paradox of choice”: “Nous craignons que, parmi les options abandonnées, certaines aient pu mieux nous convenir”. Et qui trouve toute sa résonnance dans le trafic record atteint par Tinder en 2020, avec 3 milliards de swipes en une seule journée. Avec le risque de friser le “syndrome Starbucks”, du nom de la chaîne de café américaine, dont la quantité de formules et de recettes peut aisément faire tourner la tête, voire rendre tout choix impossible.

Le slow dating: le moyen de contrebalancer la surconsommation des relations?

Cela dit, parcourir des profils en ligne durant des heures et faire connaissance par claviers interposés est loin d’être la seule option s’offrant aux célibataires, et les moyens de nouer des liens offline ne manquent pas. Comme le “slow dating”, qui vise à se reconnecter avec les premiers rendez-vous “à l’ancienne”, en prenant le temps de connaître l’autre et de sentir naître les papillons dans son ventre. En acceptant de ralentir aussi, à l’instar du “slow life” d’où il tire son nom. Loin de Tinder et des speed-datings chronométrés, les activités choisies sont volontairement calmes et laissent la place aux discussions mais aussi aux silences. À la spontanéité des dialogues que l’on ne peut réécrire 10 fois avant de cliquer sur “Envoyer”.

Attendre la bonne personne ou être la bonne personne?

Célibattante savourant sa liberté ou célibataire aux espoirs déçus, seule par choix ou par contrainte, pour la journaliste et auteure Tracy MacMillan, peu importe le statut amoureux que l’on coche sur un état civil ou sur un profil Facebook: “Ce que l’on cherche chez l’autre, quoi que ce soit, il faut d’abord le trouver en soi. Car toutes les relations que vous entretiendrez dans votre vie seront forcément le miroir de la relation que vous entretenez avec vous-même. La plupart des gens conçoivent l’amour comme un élément qui se trouve là, quelque part, que quelqu’un vous donne. Mais en réalité, il s’agit de ce que vous avez à l’intérieur de vous et partagez avec le monde”.

Dans sa conférence Tedx de 2018, elle expliquait ainsi avoir divorcé trois fois. Des histoires qui lui ont été nécessaires pour comprendre qu’en réalité, elle n’épousait pas la bonne personne: elle-même. S’aimer inconditionnellement, en se promettant respect et bienveillance, dans le meilleur comme dans le pire. Et continuer à croire au prince charmant, sous les traits d’une princesse. Celle que nous renvoie notre reflet dans le miroir.

Pour aller plus loin dans la réflexion

Ce livre, découpé en 21 mots, s’inspirant du slow, propose à chacun des pistes de réflexions pour tenter d’en finir avec l’obsolescence programmée de l’amour et du couple. Une ode à l’amour durable vendu au prix de 12€ sur le site de la Fnac.

Texte: Barbara Wesoly

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