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Écoles belges: les différentes pédagogies actives

À côté des établissements “traditionnels” fleurissent des écoles proposant d’autres manières d’apprendre. Portraits d’écoles dites actives et de leurs différentes pédagogies.

Depuis quelques années, la Fédération Wallonie-Bruxelles voit s’ouvrir plusieurs écoles proposant des projets pédagogiques différents de ceux mis en place dans le circuit scolaire traditionnel. Toutes ont pour objectif de solutionner le problème de plus en plus courant des enfants qui ne s’épanouissent pas pleinement dans l’enseignement classique. Prônant la pédagogie active, ce mode de scolarité alternatif propose des méthodes rendant l’élève acteur de ses apprentissages.

Des écoles qui ont de plus en plus de succès

Selon Sophie Vanden Plas, enseignante et créatrice du festival Out of the Books – permettant de faire connaître toute une série d’enseignements différents-, ces écoles ont du succès car de nombreux enfants ne trouvent pas leur place dans l’enseignement proposé par la Fédération: “L’enseignement traditionnel met principalement en avant l’intelligence logico-mathématique et linguistique, et impose des rythmes ne convenant pas à tous. Dans les écoles à pédagogies actives, le fil conducteur est de toujours placer l’enfant au centre de la pédagogie: il pourra souvent choisir son activité, gérer son temps et verra sa créativité et son esprit critique stimulés”.

Le tâtonnement expérimental plutôt que les cours ex-cathedra…

Si ces écoles ont chacune leur propre projet pédagogique – deux établissements qui se revendiquent de la pédagogie Steiner-Waldorf, par exemple, peuvent être au final très différentes -, elles ont en commun de privilégier les activités globales plutôt que les exercices segmentés, le tâtonnement expérimental plutôt que les cours ex cathedra… Mais aussi de partir des questionnements des enfants au lieu de suivre les directives de l’enseignant! “Les enfants sont véritablement les acteurs de leurs apprentissages, d’où le terme de pédagogie active”, nous rapporte Renaud Keymeulen, psychopédagogue et auteur de “Les pédagogies actives dans ma classe”. Il note aussi que de nouvelles écoles alternatives se définissent plutôt comme “multipédagogiques” et mettent en exergue les intelligences multiples, la neuropédagogie et la ludopédagogie. “Il y a aussi de plus en plus d’écoles communales ou libres qui intègrent les pédagogies actives. Mais ce sont toujours des initiatives venant de la direction et/ou des profs”, précise-t-il.

Focus sur 3 écoles (très!) différentes de l’école classique

Notre journaliste a visité trois écoles dites à pédagogie active, afin de nous dresser le portrait de la manière dont elles s’organisent au quotidien.

L’école Da Vinci, Perwez

Cette école secondaire fait partie du réseau libre, est reconnue et subsidiée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, et aucun minerval n’est demandé. Née il y a 7 ans, sa pédagogie est basée sur les “intelligences multiples”. Les professeurs reçoivent une formation officielle, le programme est classique mais les façons d’apprendre la matière diffèrent.

Les trois enfants de Laurence sont allés à Da Vinci, et elle en est très contente: “Ils intègrent la matière à l’aide du ‘mind mapping’ par exemple. Ils utilisent la méthode ‘P90’ qui organise les cours en 4 sessions de 90 minutes par jour. Ils vont plus en profondeur dans les sujets et gagnent du temps qu’ils peuvent utiliser pour organiser des ateliers donnés par les profs en fonction de leurs talents: musique, chinois… En fin de rhéto, les élèves ont un TFE à remettre. Cela peut être un travail de recherche sur un sujet précis ou bien un projet plus pratique. Mon fils a créé une tiny-house avec des matériaux recyclés!”

La Nouvelle École Démocratique de l’Orneau, Gembloux

Cette école primaire n’étant pas subsidiée, le minerval s’élève à une centaine d’euros par enfant et par mois. Par ailleurs, l’un des parents doit venir jouer le rôle d’encadrant un jour par semaine. Selon l’Aped (Appel pour une école démocratique), une école démocratique “combat les mécanismes économiques, les réalités institutionnelles, les choix budgétaires, les discours idéologiques et les pratiques pédagogiques qui tendent à maintenir ou à développer l’inégalité sociale devant l’école ou à réduire l’enseignement à une fabrique de main-d’œuvre productive”.

Nancy, maman de trois élèves, explique: “En début de journée, on tient le ‘conseil du matin’ où l’on décide avec les enfants quelles seront les activités de la journée. Si un enfant ne veut rien faire, il s’occupe comme il veut”. Les activités sont menées par les parents ou les élèves de l’école eux-mêmes, car il n’y a pas de professeur à proprement parler: “On a un papa informaticien qui donne des cours de codage, une ado passionnée de peinture qui donne des cours d’art, mais aussi des parents qui, heureux hasard, sont enseignants”. Ici, pas de classes non plus! Les 24 enfants de 3 à 18 ans évoluent ensemble, “Ils apprennent les uns des autres. Chacun à leur rythme. Mes jumeaux de 10 ans ont voulu passer leur CEB avec un copain plus grand. On a dit ok, on les a préparés et ils ont tous les deux réussi”.

École Steiner-Waldorf, Châtelineau

La pédagogie Steiner, du nom de son créateur, s’inspire et vit au rythme des saisons. “Chez nous, les enfants passent au moins 2h par jour dans le jardin, le parc voisin ou la forêt, quelle que soit la météo. C’est tout à fait particulier à notre école”, explique Mérédith Limage, institutrice maternelle. “On met un point d’honneur à soigner la tête (par les apprentissages, ndlr), mais aussi le cœur, souvent oublié dans l’enseignement traditionnel, et le corps, qui est notre outil de base”. Quant aux parents, ils sont fortement impliqués dans la vie de l’école, notamment en entretenant les locaux, les espaces extérieurs, en étant présent à chaque réunion et en participant activement aux événements organisés par le Collège pédagogique, qui réunit tous les enseignants, sans qu’il y ait besoin d’un directeur.

Si l’école reçoit des subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ils ne suffisent pas à financer les salaires de tous les intervenants, prof de musique, de travaux manuels… “On demande aux parents de faire ‘don’ de 150€ par mois, 75€ à partir du 2e enfant, mais on ne veut pas que l’argent soit un frein à l’inscription. Certains nous aident autrement, et puis nous mettons sur pied pas mal d’actions pour augmenter nos fonds propres.”

L’idéal… vs la réalité

Si l’envie de proposer un autre enseignement est séduisante, tout n’est pas tout rose pour autant! “Il faut souvent quelques années avant que l’organisation de l’école soit rodée, précise Renaud Keymeulen. Il n’existe pas de formation officielle pour les pédagogies actives, et les profs – quand ce ne sont pas des parents tout simplement – proviennent souvent d’horizons différents. Entre le projet pédagogique imaginé et la réalité, il y a de nombreux obstacles”.

Quelques inconvénients

  • Les parents sont mis à contribution, et pas qu’un peu: “Si l’enfant n’est pas hyper autonome et responsabilisé, il risque de ne pas apprendre grand-chose, pointe Charline. On s’est rendu compte par exemple que notre fils accusait de gros retards en écriture et avons dû beaucoup travailler avec lui à la maison. Ce genre d’école nécessite un gros investissement de la part des parents, ce qui peut creuser les inégalités entre les élèves qui ont cette chance, et ceux dont les parents ne sont pas très présents”.
  • Beaucoup de ces écoles sont socialement très homogènes: “Dans l’école de mes enfants, la population est presque exclusivement constituée de familles favorisées financièrement et culturellement”, explique Charline. La promesse de mixité sociale n’est pas vraiment tenue, étant donné que la plupart de ces établissements réclament une participation financière. Néanmoins, l’école étant gratuite en Belgique, ces contributions ne peuvent être obligatoires, d’ailleurs les ASBL chargées de récolter l’argent font preuve de souplesse. Quant aux directions et aux équipes pédagogiques, elles ne peuvent, ni ne veulent, avoir aucun droit de regard sur les comptes. Personne ne sait au final qui paie ni combien.
  • Certains enfants ont besoin de plus d’encadrement: si les pédagogies actives favorisent l’apprentissage de la vie en groupe et la prise d’initiatives ainsi que la créativité, elles laissent aussi un (trop?) grand espace de liberté aux enfants, menant parfois à un manque de discipline. La pédagogie traditionnelle peut être plus adaptée aux élèves qui peinent à intégrer les règles, en leur offrant un cadre de vie et de travail plus strict et ordonné. Enfin, les parents tiennent souvent aux repères traditionnels tels qu’un journal de classe, des contrôles réguliers, des bulletins, des devoirs, des points… Autant de balises qui les rassurent.

Pour aller plus loin dans la réflexion

  • L’école de l’impossible – Fragments de vie, film documentaire de Thierry Michel et Christine Pireaux. Une immersion pleine d’humour et de tendresse dans l’univers des élèves du collège St-Martin à Seraing, école multiculturelle souvent qualifiée de la dernière chance. Au cinéma à partir du 15/09
  • 3eédition du festival Out of the Books, les 15 et 16/10, à la ferme de Mont-Saint-Jean, à Waterloo. Info et rés. festivalootb.com

Texte: Lucie Hage  Adaptation Web: Tatiana Czerepaniak

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