Comment accompagner son enfant dans la transidentité?

Comment accompagner son enfant dans la transidentité?
© Getty Images

Daphné Coquelle, présidente et co-fondatrice de l’association “Transkids”, nous explique comment accompagner au mieux un enfant trans dans son parcours identitaire, et comment se faire accompagner en tant que parent.

Selon les chiffres avancés par nos collègues du journal Le Soir, un peu moins de 3% de la population belge serait identifiée comme transgenre. Des chiffres qui ne représentent que les citoyens ayant fait la démarche de changer de sexe administrativement et juridiquement, qu’ils aient choisi de passer par une opération ou non.

Ces données ne prennent pas en compte les individus en début de parcours identitaire, dont des enfants. Et à leurs côtés, il y a des parents qui peuvent se sentir extrêmement démunis face à une situation qui les dépasse. Des familles qu’accompagne “Transkids”, une association belge qui a pour but de soutenir les enfants transgenres et leurs parents, mais aussi de sensibiliser et de former le public et les professionnel(le)s de l’enfance à la question de la transidentité.

Ni une lubie, ni une maladie

Nous avons interviewé Daphné Coquelle, l’une des fondatrices de l’association, elle-même maman d’un enfant transgenre. “Avant de vous expliquer ce qu’est la transidentité, il me semble primordial de définir ce que ce n’est pas: ce n’est ni une maladie, ni une envie, ni un caprice, ni une lubie ou un effet de mode… On naît trans, comme on naît gaucher ou droitier”.

Selon Daphné Coquelle, une personne transgenre se définit, elle, comme quelqu’un dont le genre assigné à la naissance ne correspond pas à celui du genre ressenti. Et de préciser qu’il est important de faire la différence entre l’identité de genre et l’attirance sexuelle: “L’identité de genre, c’est comment on ressent notre genre: garçon, fille, les deux ou aucun des deux. Ce qui est différent d’une attirance sexuelle, qui va définir vers qui on est attiré: les garçons, les filles, les deux ou aucun des deux”.

Formuler ou rejeter son identité

“Certains enfants peuvent exprimer leur transidentité très jeunes, vers l’âge de 3 ou 4 ans”, précise la co-fondatrice. “Souvent, les enfants de cet âge commencent à se définir comme étant fille ou garçon. Dans le cas d’un enfant transgenre, il n’est pas rare qu’il dise à son entourage ‘Je suis une fille’ alors que son genre de naissance est masculin, par exemple”.

L’autre signe clair, selon Daphné Coquelle, est de rejeter l’expression de son genre de naissance: “Un enfant trans aura tendance à rejeter ce qui est représentatif de son genre de naissance, et à se tourner vers le genre ressenti”. Attention cependant de ne pas entrer dans les clichés: “Ce n’est pas parce qu’un enfant né fille aime jouer au foot et qu’un enfant né garçon s’amuse avec des poupées que c’est le signe qu’il est transgenre”, souligne Daphnée, qui rappelle que si l’accumulation de certains signes peuvent mettre la puce à l’oreille, la seule chose à prendre en compte est ce que l’enfant exprime.

Écouter sans brider

C’est qu’en termes d’identité de genre, seule la parole de l’enfant compte, raison pour laquelle il est important d’être dans l’écoute et de ne pas brider les ressentis évoqués. “Un enfant trans qui n’est pas écouté et soutenu va enfouir ses émotions, mais ce n’est pas pour autant que sa transidentité va disparaître! Il fera semblant pendant un temps, risque de souffrir beaucoup et de faire face à des problèmes psychologiques”, détaille Daphné Coquelle. Elle insiste: “La transidentité n’est pas une souffrance à partir du moment où elle est reconnue. Un enfant écouté ne souffre pas”.

Accompagner son enfant dans la transidentité

Lorsqu’un enfant annonce qu’il est transgenre, les parents peuvent avoir l’impression que le ciel leur tombe sur la tête. C’est pourquoi ils vont souvent chercher à “faire évaluer” la situation par un thérapeute. Une démarche inutile selon la spécialiste: “Aucun professionnel de la santé, mentale ou pas, ne peut dire si une personne – adulte ou enfant – est transgenre. Il faut faire confiance à son enfant dans ce qu’il ressent: c’est une personne à part entière. Si votre enfant vous confie qu’il est trans, c’est qu’il l’est”.

1. Dédramatiser la situation

La mère de famille est claire: inutile d’imaginer que l’on devra faire son deuil de l’enfant qu’on a mis au monde ou de la relation qu’on a tissée avec lui: “Un enfant qui confie son ressenti sur son identité de genre exprime juste qui il est. Alors bien sûr, c’est un choc pour nombre de parents, mais on ne doit pas ‘faire le deuil de son enfant’, comme on l’entend souvent. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’on va faire le deuil de ce que l’on avait projeté pour son enfant selon son genre. Mais lui, il est là et bien là, exprimant qui il est vraiment”.

Par ces propos, Daphné Coquelle nous invite à dédramatiser la situation, et nous confie d’ailleurs qu’un enfant ayant exprimé sa transidentité sera plus apaisé et plus joyeux, dès lors que son entourage le prendra positivement.

2. Se positionner de manière affective

Rappeler à son enfant qu’on l’aime est essentiel: “N’ayez pas peur de dire à votre enfant que peu importe son genre, vous l’aimez pour ce qu’il est, et que vous serez présent(e) dans toutes les étapes de son chemin”, propose Daphné Coquelle. Pour l’enfant, il sera très important de savoir qu’il est aimé et compris, afin d’avancer sur le chemin qui est le sien.

3. Partir à la rencontre d’autres personnes trans

Rencontrer d’autres familles avec des membres transgenres est, selon la présidente de l’association, très bénéfique, en particulier en début de parcours: “Notre association propose des rencontres afin que les familles puissent discuter de ce qu’elles sont en train de vivre, et cela les aide beaucoup! Elles partagent leurs points de vue et leurs difficultés, se conseillent”.

C’est aussi l’occasion de côtoyer des familles qui sont plus avancées dans l’acceptation de la situation et dans les démarches. “Et de rencontrer des adultes transgenres qui ont une vie tout à fait ‘normale’: ils ont fait des études, ont un travail et ont bien souvent fondé une famille… C’est extrêmement rassurant pour nombre de parents”.

4. L’épauler et se faire épauler

Être suivis par un thérapeute, que ce soit en famille ou individuellement, peut être utile pour vivre au mieux la situation. Vous l’aurez compris, pas question de passer par une “expertise” afin de savoir si votre enfant est vraiment transgenre ou pas. “L’idée, c’est d’être accompagnés par un expert afin qu’il vous épaule vous, votre enfant mais aussi votre famille, selon vos besoins: cela peut être pour déposer des émotions, pour apprendre à accepter la situation si c’est difficile, mais aussi pour savoir comment en parler à l’entourage ou appréhender sereinement les démarches à venir”, conclut Daphné Coquelle.

Pour vous faire aider

Votre enfant est transgenre et vous souhaitez de l’aide pour l’accompagner au mieux dans son parcours identitaire? L’association Transkids peut vous soutenir, à travers ses groupes de paroles, ses soutiens individuels et ses accompagnements personnalisés. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’ASBL.

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