Témoignage: « J’ai quitté mon mari pour vivre avec une femme »

Témoignage: "J'ai quitté mon mari pour vivre avec une femme"
© Getty

Sasha* était mariée et maman de deux jeunes enfants lorsqu’elle a tout plaqué pour vivre son homosexualité.

« C’était l’homme de ma vie. On formait le couple parfait. Toutes mes copines m’enviaient! J’étais avec Guillaume depuis 7 ans, on était mariés, on avait deux enfants. On ressemblait à la famille idéale. Mais au fond de moi, je me sentais mal… Alors, un jour, tout cela a volé en éclats. J’ai quitté mon mari pour enfin vivre ma vie: avec une femme. N’imaginez pas un coup de folie. Non, c’est une longue histoire. Je me suis longtemps forcée à être comme tout le monde…

Rentrer dans le moule

J’ai grandi dans un petit village des Ardennes où j’étais la seule noire. Et dans la petite école du village, j’étais la seule fille de mon année. Pendant toute mon enfance, j’ai donc eu l’impression d’être la seule de mon espèce. C’était étrange. Un peu désagréable. Cette impression s’est encore renforcée à la puberté, lorsque j’ai compris que j’étais attirée par les filles. À 17 ans, je suis tombée follement amoureuse d’une copine de l’école. Le jour où on a été surprises à s’embrasser, ça a fait un psychodrame. J’ai annoncé à ma mère que j’étais lesbienne.

Elle m’a répondu : ‘C’est bien! Au moins, tu ne tomberas pas enceinte!’ Je crois qu’elle a pris ça pour une passade d’adolescente. J’en ai aussi parlé à un ami d’enfance. Il m’a répondu : ‘Quoi? T’es déjà noire, t’es la seule fille, et en plus t’es lesbienne?’ J’ai compris que ça allait être vachement compliqué. Il fallait que je rentre dans le moule, que je fasse comme tout le monde. Je ne pouvais rien changer au fait d’être une fille et d’être noire. Par contre, je pouvais peut-être faire un effort pour aimer les garçons…

Le dernier recours

Je suis sortie avec plein de garçons. Lorsque j’ai rencontré Guillaume, mon mari, c’était le vingtième homme que je mettais dans mon lit. On ne pourra pas dire que je n’ai pas essayé! Mais ça ne durait jamais… Je me rendais vite compte que je n’étais pas bien dans la relation. Jusqu’à ce que Guillaume entre dans ma vie. Nous étions dans le même cours à l’université. Ce n’était pas le coup de foudre, mais j’ai senti que nous étions très compatibles. Alors, j’ai réfléchi. Qu’est-ce que j’attendais d’un potentiel mari? Qu’il soit un colocataire facile – du genre qui ne laisse pas traîner ses chaussettes partout –, un vrai ami, un bon amant et le père idéal. Guillaume était le mec qu’il fallait! Je me suis dit : ‘Si ça ne marche pas avec lui, ça ne marchera avec personne. C’est mon dernier recours!’ Je n’étais pas amoureuse de lui, mais j’ai appris à l’aimer.

Nous étions en deuxième année d’études quand on a décidé de faire un bébé. La décision a été prise de commun accord, mais l’idée venait de moi. J’avais plein de bons arguments très rationnels: je n’aurai plus jamais autant d’énergie que maintenant, ce sera encore plus compliqué d’être enceinte en arrivant sur le marché du travail, mon père vieillit et j’aimerais qu’il connaisse ses petits-enfants… En réalité, j’avais une espèce de manque à combler.

En robe blanche

J’étais sincèrement bien dans mon couple, mais il y manquait quelque chose. Je me disais que ça irait mieux lorsque nous aurions un enfant… Aujourd’hui, j’ai compris qu’il y a une suite logique dans la vie hétéro: on se rencontre, on couche ensemble, on emménage, puis on se marie et on fait des bébés ou l’inverse. Et moi, je voulais à tout prix m’assurer que j’étais bien dans cette logique. Inconsciemment, j’ai tout fait pour rentrer dans le schéma. Théo est né lorsque j’avais 22 ans. Nous menions une petite vie parfaite, mais j’avais sans cesse besoin d’autre chose. Il fallait que je passe à l’étape suivante de la suite logique. C’est ainsi que nous nous sommes mariés – un mariage en bonne et due forme avec robe blanche et nœud papillon. Puis nous avons eu un deuxième bébé, une petite Zoé. Les enfants se portaient bien, mon mari était toujours aussi adorable, nous avions tout pour être heureux. Et je pensais vraiment être heureuse. Il faut dire qu’entre les études, le boulot, les enfants et la maison, je n’avais pas franchement le temps de me poser trop de questions.

Un pas en avant

Au fond de moi pourtant, je ressentais une étrange sensation de mal-être. J’essayais de me raisonner: ‘Tu as rencontré l’homme de ta vie, tu es mariée, tu as des enfants… Qu’est-ce que tu veux de plus?’ À l’époque, j’avais interrompu mes études. J’ai décidé de les reprendre et il se fait que j’ai alors été amenée à lire pas mal de choses relatives aux discriminations. Ça m’a tout à coup ouvert les yeux. Je n’étais plus la seule de mon espèce. Mais qui étais-je vraiment? Est-ce que je vivais selon mes envies? Ou m’étais-je forgé une identité qui convenait aux autres ? J’étais envahie de doutes.

Un jour, lors d’un cours sur les inégalités, le professeur a demandé quelques volontaires pour monter sur l’estrade. J’y suis allée. Il nous a alignés, puis il a demandé aux hommes de faire un pas en avant, aux blancs de faire un pas en avant… J’étais toujours derrière les autres. Ensuite le prof a demandé aux hétéros de faire un pas en avant. J’ai tendu la jambe pour rejoindre le reste du groupe… et j’ai arrêté net le mouvement! Ça m’est soudain apparu comme une évidence: non, je ne suis pas hétéro!

Des papillons dans le ventre

Guillaume et moi avons toujours été très ouverts et très honnêtes l’un envers l’autre. Il savait que je me cherchais et on en parlait. Au moment où il m’est apparu clairement que je n’étais pas hétéro, lui est tombé amoureux de quelqu’un d’autre. Notre couple était en danger. On a beaucoup discuté mais on a choisi de ne pas se séparer. On s’était mariés, on avait construit une famille, ce n’était pas pour tout laisser tomber au premier coup dur. Alors, on a tenu bon. Pendant un an. Jusqu’au jour où j’ai rencontré une fille avec laquelle j’ai passé la nuit. On a fait l’amour, on a parlé, on a dormi. Et j’ai eu des papillons dans le ventre.

Je n’avais jamais ressenti cela pour mon mari. Il fallait que j’arrête de me mentir. Je n’étais pas attirée par les hommes. Je m’étais forcée pendant toutes ces années. Je m’étais enfermée dans un placard en pensant que ce serait plus simple… Mais ce n’était pas simple du tout! C’était même invivable. Intolérable. Il fallait que ça s’arrête. Il fallait que je sorte du placard. Que je sorte du moule. J’avais besoin d’être moi, de vivre ma vie et d’être heureuse.

En harmonie

Quand je suis rentrée à la maison, Guillaume faisait la vaisselle. Il a tout de suite compris, il m’a prise dans ses bras. C’est ainsi qu’a commencé notre divorce. Théo était en 3ème maternelle. On lui a expliqué que Papa allait déménager. ‘Ah bon, pourquoi  – Parce que Papa et Maman se séparent. – Ah bon, pourquoi? Parce que Maman n’est plus amoureuse. – Ah bon, pourquoi? Parce que Maman aime les filles… Aaah, O. K.!’ Dans sa petite tête, c’était très logique: Maman aime les filles, Papa n’est pas une fille, donc c’est normal. Nos amis ont été plus surpris. Ma mère m’a dit: ‘T’es pas obligée d’expliquer à tout le monde que t’es lesbienne!’ Ah si! Je me suis tue pendant 15 ans, maintenant c’est terminé!

Je vis aujourd’hui en couple avec une femme. Nous avons les enfants en garde alternée. Et je me sens bien. Je suis enfin en harmonie avec moi-même. Si j’avais pu affirmer mon homosexualité plus tôt, je me serais évité 15 ans de traumas, mais je me dis que je n’aurais pas vécu cette histoire avec Guillaume… Je ne peux pas regretter ces années. Guillaume est l’homme de ma vie pour toujours. Mais j’aime les femmes et je ne m’en cacherai plus jamais! »

Texte: Christine Masuy / Coordination: Stéphanie Ciardiello

*Les prénoms ont été modifiés

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