Témoignage: “Je suis en décrochage scolaire à cause de la pandémie”

Témoignage: "Je suis en décrochage scolaire à cause de la pandémie"
© Getty Images

La crise sanitaire que nous vivons n’a pas seulement un impact sur la santé et la vie sociale des Belges, mais aussi sur l’instruction de nos jeunes, qui ont de plus en plus de difficultés à suivre leurs cours à distance.

Depuis mars 2020, les jeunes doivent faire face à une nouvelle manière de vivre leur scolarité. Les mesures prises pour contrer l’épidémie de coronavirus leur imposent de suivre 50% de leur cours à distance à partir de la 3ème secondaire, voire la totalité pour les étudiants des écoles supérieures et des universités. Un confinement scolaire qui crée de plus en plus de problèmes chez les élèves de plus de 15 ans: selon la Fédération des étudiants francophones, pas moins de 60% d’entre eux se sentiraient perdus et sombreraient dans le décrochage scolaire. C’est le cas d’Aude, 20 ans, qui est en 3ème année de Communication et Journalisme. Elle a partagé avec nous les difficultés qu’elle rencontre au quotidien et les sentiments ambivalents qui l’animent depuis le début de la crise sanitaire.

“On est dépassés par la situation”

D’emblée, Aude tire la sonnette d’alarme: “Les mois de cours virtuels pèsent trop lourd sur les épaules des jeunes. On est démotivés, épuisés et on a l’impression que les enseignants ne s’en rendent absolument pas compte”. Selon la jeune femme, une démotivation profonde envahit les students, et elle l’explique de plusieurs manières: “Tout d’abord, il faut comprendre que suivre des cours en virtuel via un écran est beaucoup plus fatiguant que de les suivre en présentiel. Et pourtant, rien n’est mis en place pour que l’on puisse souffler. Pire encore, les professeurs nous donnent beaucoup plus de travaux qu’avant, sous prétexte que l’on est chez nous. On croule littéralement sous le boulot et cela devient ingérable”.

Aude, qui est pourtant une élève assidue et qui n’a pas pour habitude de brosser les cours, nous explique qu’il est désormais impossible pour elle de les suivre tous. Elle a donc pris la décision d’en zapper certains, afin d’avoir la possibilité de rattraper son retard ou de souffler entre les cours qui s’enchaînent virtuellement. “Je me sens dépassée… Et je ne suis clairement pas la seule, puisque dans mon groupe scolaire, moins de 20% des élèves arrivent à suivre. Nous avons fait un sondage et 60% d’entre nous ont avoué se sentir vaciller vers le décrochage scolaire. Les 20% restants ayant quant à eux totalement décroché”.

Le virtuel qui déshumanise l’école

Mais le plus difficile selon Aude, c’est que l’école devenue virtuelle est désormais totalement déshumanisée: “Les profs ne nous voient plus et donnent leurs cours comme s’ils étaient seuls. Ils ne peuvent plus se rendre compte lorsqu’on ne suit pas ou si l’on n’a pas compris la matière. Ils parlent vite et passent d’info en info sans que l’on ait le temps de souffler. De notre côté, on n’a même plus la possibilité de poser de questions ou d’arrêter le professeur si l’information n’est pas claire… On doit les poser par mail ou sur un forum, et s’estimer heureux si le prof y répond, car ce n’est clairement pas toujours le cas: on doit souvent attendre plusieurs semaines avant d’obtenir des réponses”.

Heureusement, un élan de solidarité mobilise les groupes d’élèves: ceux qui ont eu la chance de comprendre la matière n’hésitent pas à prendre un peu de leur temps pour expliquer aux autres, et les jeunes “se refilent” notes et réflexions pour avancer    .

Les stages, une charge mentale supplémentaire

Outre la manière de donner les cours, la recherche de stages pose elle aussi problème, et encore une fois, Aude a le sentiment que les élèves sont abandonnés par le système scolaire. “Cette année, on devait notamment suivre des journalistes sur le terrain. Bien entendu, de nombreuses portes sont restées closes, puisque l’épidémie interdit aux personnes extérieures de rentrer dans les rédactions, et que la presse papier est elle-même en télétravail. Nous avons donc essuyé de nombreux refus, et mes amis étudiants et moi avons commencé à nous démotiver. On a donc contacté nos profs pour qu’ils nous viennent en aide, et la seule réponse que nous avons eue est ‘démerdez-vous’. C’est difficile de rester motivé quand on a l’impression que personne ne veut nous tendre la main, et je dois bien avouer que je ressens un sentiment de colère mais aussi de déception face à tout ce que l’on vit”.

Changer d’études?

Désillusionnée, Aude arrive à un point où elle se demande si elle va continuer son cursus scolaire: “l’année prochaine, je suis censée commencer mon Master pour une durée de deux ans, mais honnêtement je ne me vois pas continuer dans ces conditions. Et surtout, le fait de ne pas être entendue par les professeurs et le gouvernement m’amène à me demander si j’ai choisi la bonne voie. Pour moi, la liberté d’expression est une chose primordiale, or cette crise sanitaire nous prouve chaque jour que les citoyens ne sont pas entendus, à commencer par les jeunes qui ne trouvent aucun soutien auprès de leurs professeurs. Alors je me pose vraiment des questions sur mon avenir en tant que journaliste”.

Malgré la colère et le sentiment de n’être rien de plus qu’un dommage collatéral, l’étudiante tente de garder la tête hors de l’eau. Elle s’est créé un planning de travail pour ne pas se sentir trop dépassée et tente de rester focus sur les examens du mois de janvier. Mais elle a depuis mars un goût amer en bouche: “J’ai l’impression qu’on oublie que c’est nous, les jeunes, qui sommes censés reprendre le flambeau et que notre instruction doit être une priorité”.

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