Témoignage: « J’étais dealer, je serai médecin »

Témoignage: "J'étais dealer, je serai médecin"
© Mathieu Thauvin

Roman termine ses études de médecine. À 18 ans, personne n’aurait pourtant parié sur son avenir. Toxicomane et dealer, il se destinait à une carrière de petit voyou. Pour passer de la poudre à la blouse blanche, il lui a fallu une bonne dose de ténacité et le soutien sans faille de ses parents. Aujourd’hui, à 31 ans, Roman regarde la vie en face.

« Mon destin était d’être un voyou. Je dealais depuis que j’étais gamin et je gagnais un max de fric. Je ne voyais pas l’intérêt d’aller à l’école… À 18 ans, je me suis retrouvé devant la Justice. Quand la juge a prononcé ma condamnation à 3 mois de prison, mon cœur s’est arrêté net. Oh non! Pas la taule! Pas ça! Puis elle a ajouté: ‘Avec sursis’… Ouf. Elle me donnait une seconde chance, mais il fallait que je la saisisse. Qu’allais-je faire de ma vie? Du banditisme et de la prison? Non. Je voulais être médecin. Les gens ont rigolé: ‘Médecin, c’est trop compliqué! Tu ne vas jamais y arriver!’ Ça a été compliqué, c’est vrai, mais je me suis accroché. Moi qui dealais de la mort, je sauve désormais des vies ».

Appelez-moi Bond, James Bond

« Comment bascule-t-on dans la drogue? Je n’en sais trop rien. Moi, j’ai eu une enfance parfaite. Je regardais le Club Dorothée, je jouais à Dragon Ball, je faisais du motocross et je rêvais de devenir champion du monde. J’étais plutôt bon élève. Jusqu’à 12 ans, quand j’ai fumé mon premier joint dans la cour de l’école. Au départ, j’avais juste envie d’essayer. Pour faire comme les autres. Mais je suis très vite tombé dans l’addiction ». Roman est passé de simple consommateur à dealer. « J’achetais 25g de shit, je découpais la marchandise en parts de 5€ et je vendais à mes potes. Puis je réinvestissais la somme gagnée pour acheter de plus grosses quantités. C’était simple, mais c’était un engrenage. Quand j’essaie de comprendre pourquoi j’ai mis le doigt là-dedans, je me dis que je m’ennuyais et que j’avais envie de sensations fortes. Envie de vivre dangereusement comme dans un film de James Bond ».
À 16 ans, le jeune homme engrangeait déjà des bénéfices de 1500€ par mois. « Puis mon trafic s’est développé. J’achetais le shit par kilos entiers et des gars vendaient pour moi. Je ne foutais plus rien mais l’argent tombait. Du coup, pourquoi s’embêter à encore aller au lycée? ».

Des années d’enfer pour toute la famille

« Mes parents savaient que je dealais, mais ils étaient totalement paumés. Moi, j’ai grandi avec Internet, les réseaux sociaux, le téléphone portable… Eux avaient toujours une longueur de retard sur ces trucs-là. Je les doublais comme je voulais. Ils ne savaient plus comment s’y prendre. À un moment, ils ont retiré la porte de ma chambre pour me tenir à l’œil. Ça ne m’empêchait pas de me casser à la nuit tombée. Une année, ils ont tout organisé pour m’envoyer l’été au Canada afin que je rompe avec mon environnement qu’ils jugeaient malsain ». Mais Roman a alors fait exprès de rater son avions. « Aujourd’hui, je me rends compte que mes parents auraient eu mille fois raison de me foutre à la porte. Heureusement, ils ne l’ont jamais fait. Ils ne m’ont jamais lâché. S’ils m’avaient mis dehors, si j’avais dû me débrouiller seul, c’est sûr que j’aurais fait des conneries encore plus bien graves. Ils ont pris leur mal en patience et je les en remercie infiniment. D’autant qu’ils ont vécu des trucs pas drôles… Quand les flics m’ont coincé pour trafic de stupéfiants, il y a eu une perquisition à la maison. J’ai franchi le seuil menotté. Ma mère pleurait. Puis ils sont allés sonner chez ma mamy. Et là, franchement, j’ai eu honte ».

« Les drogues étaient mon seul refuge »

La prison ou la mort comme seul avenir

« Lorsque la condamnation à 3 mois de prison avec sursis est tombée, ça m’a fait un déclic. J’ai réfléchi ». Le dealer se dit que bandit, finalement, ce n’est pas un métier. « Il fallait que j’arrête les conneries et que je reprenne une vie normale. Mais quand on a gagné 5000€ par mois – et parfois plus – ce n’est pas si simple de retourner sur les bancs de l’école. Ni d’envisager un métier qui paiera nettement moins bien ». Roman a ensuite enchaîné les petits boulots et formations. « J’ai passé quelques mois dans une école hôtelière, mais je détestais être un commis qui pue l’oignon. Ensuite, j’ai été livreur. Puis j’ai essayé de m’engager dans l’armée, mais ils n’ont pas voulu de moi. J’avais l’impression que tout ce que j’entreprenais pour m’en sortir échouait. Alors, j’ai replongé. Les drogues étaient mon seul refuge. Je ne dealais plus, mais mon addiction était pire que jamais. Après le cannabis, l’alcool et la coke, j’ai essayé le LSD. C’était horrible. Je voulais m’en sortir, mais je n’y arrivais pas. Jusqu’au jour où j’ai failli tuer un copain en voiture ». Ce moment est le deuxième déclic pour Roman, et le bon cette fois. « Ce jour-là, je me suis dit que si je continuais comme ça, tout ce qui m’attendait, c’était la prison ou la mort. Voire les deux. Il était temps que j’arrête mes conneries une bonne fois pour toutes ».

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À lire: Roman Sanchez, Un parcours stupéfiant, éd. Michel Lafon. À retrouver ici.

Texte: Christine Masuy, Coordination: Stéphanie Ciardiello

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