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Témoignage: “Ma bisexualité a fait de moi une femme engagée”

Par Tatiana Czerepaniak

Notre société a tendance à nous mettre dans des cases selon notre genre, mais heureusement, certains se battent pour que chaque être humain puisse vivre librement sans être stigmatisé par ses choix et son orientation sexuelle. C’est le cas d’Aude, une jeune bisexuelle pour qui mettre en lumière la singularité de chacun est une mission de vie.

C’est autour d’un café que nous avons rencontré Aude Gaspar, 30 ans, un petit bout de femme hyper dynamique se revendiquant Queer (ou personne dont l’orientation sexuelle ne correspond pas aux modèles établis). Une identité qui a poussé la jeune femme à se battre pour que tous les humains soient respectés et reconnus, peu importe leur genre ou leurs choix sexuels. Pour elle, il est urgent que nous luttions contre les normes imposées par la société.

Sortir des clichés sur la sexualité

Lorsqu’on entend le terme bisexualité féminine, beaucoup imaginent deux femmes en train d’avoir des rapports intimes, souvent dans le but d’émoustiller un ou plusieurs hommes. Cette représentation, véhiculée par les films pornographiques, est un cliché qui en dit long sur le manque de connaissance que nous avons sur le sujet. Aude nous explique que la bisexualité ne se limite pas du tout à une attirance purement sexuelle, mais se traduit plutôt par la manière dont on se définit soi et les autres. “Enfant, je ne me définissais pas comme étant une fille ou même un garçon. J’étais juste moi. De la même manière, mes amis étaient pour moi des personnes avec lesquelles j’aimais être et le fait qu’ils soient fille ou garçon m’importait vraiment peu. C’est une mentalité qui m’a poussée à fréquenter des groupes très mixtes. Lorsque je suis devenue adolescente, et alors que je ne savais rien des différentes orientations sexuelles possibles, c’est vers les garçons que je me suis tournée afin d’expérimenter les premiers émois amoureux. Pour moi, c’était le seul choix possible. Mais ce chemin fut assez difficile à emprunter”.

Vers l’âge de 14 ans, la jeune femme se sent attirée par une amie très proche. Et s’il ne se passe rien entre elles, les deux adolescentes se posent beaucoup de questions sur l’amour et le sexe, sujet dont elles parlent beaucoup toutes les deux. Ce n’est que vers 16 ans qu’Aude se rend compte qu’être uniquement attirée par les garçons n’est pas dans sa nature: “C’est à cette époque que je commence à sortir avec ma bande d’ami(e)s. On danse, on s’amuse et, comme beaucoup de jeunes de notre âge, on s’embrasse. Je me rends alors compte qu’embrasser une autre fille me fait ressentir beaucoup de choses, autant que lorsque j’embrasse un garçon. Je découvre aussi que je peux avoir de véritables coups de cœur amoureux pour des personnes du même sexe que moi. Ce sera le début d’un réel questionnement”.

Une adolescence en quête de sens

Aude se rapproche alors d’un ami qui, lui aussi, se pose des questions sur sa propre orientation sexuelle. “On est tous les deux un peu perdus concernant notre attirance envers des personnes de l’autre sexe mais aussi du même sexe que nous. On a l’impression d’être dans cette même quête, alors on décide de ‘voyager’ ensemble. On essaie de trouver des lieux où on pourra rencontrer une communauté LGBT. On trouve des endroits et des soirées à Bruxelles, qu’on commence à fréquenter en cachette. Mais dans ces endroits sont surtout présents des hommes gays et on y voit peu de femmes bi ou des lesbiennes. Une réalité qui me saute aux yeux! Et s’il trouve lui quelques réponses à ses questions, j’ai l’impression de manquer de modèles”.

Très vite, les rumeurs

Dans sa recherche identitaire, Aude se confie à quelques personnes qu’elle pense de confiance. Très vite, des rumeurs la concernant se répandent au sein de son établissement scolaire, et les gens tentent de mettre la jeune femme dans une case: “On me dit que non, je ne suis ni lesbienne ni bi, que je veux juste faire l’intéressante et que veux qu’on parle de moi. On me colle l’étiquette de la fille facile et j’ai l’impression de ne pas être prise au sérieux dans ma recherche identitaire. Comme si la bisexualité et l’homosexualité n’existaient pas chez les femmes”. Aude se rend compte que les femmes sont très stigmatisées par leurs choix sexuels, comme si la société ne leur laissait que la possibilité d’être des hétéros, sous peine d’être cataloguées de personnes aux mœurs légères.

Ne pas rentrer dans une case

Une fois ses secondaires terminées, Aude part à Liège pour faire ses études supérieures. Si elle ne comprend toujours pas pourquoi la société semble si réticente à l’idée de mettre en lumière les orientations sexuelles différentes des femmes, elle décide de vivre sa vie et de ne plus se poser de questions. Mais à 20 ans, son grand-père décède. Un événement qui va littéralement faire éclater sa famille et qui sera un choc pour la jeune femme. Elle trouve alors du réconfort auprès d’un homme. Elle ne le sait pas encore, mais cette relation, toxique, va faire naître la femme engagée qu’elle est aujourd’hui. “La mort de mon grand-père et tout ce qui en a découlé a été un véritable tsunami. Sans m’en rendre vraiment compte, je suis rentrée dans la case de l’hétérosexuelle, et ce, pour deux raisons: afin de me sentir en sécurité, et parce que je ne voulais pas causer plus de tort à ma famille. Mais petit à petit, cette relation confortable va se transformer en véritable prison”. L’homme avec qui Aude vivait devient de plus en plus méprisant et essaie de la faire changer, négligeant qui elle est vraiment. Pendant cinq ans, elle vivra dans le déni, avant de tout envoyer valser. Alors que son amoureux de l’époque la demande en mariage, elle se rend compte qu’elle est en train de s’éteindre et le quitte du jour au lendemain.

Se retrouver seule et devenir soi, pour de vrai

Célibataire, Aude se trouve un logement au sein d’une colocation avec quatre femmes. De “chouettes nanas” avec qui elle prend beaucoup de plaisir à vivre et à refaire le monde. Elle décide de ne pas se remettre en couple rapidement, se rendant compte qu’elle a besoin de se reconstruire après cette relation qui a bien failli l’engloutir. Pendant cette période de célibat, la jeune femme va se constituer une bande d’amis très libérés, refusant d’être mis dans des cases. Et si Aude découvre de nouveaux horizons amicaux et amoureux, c’est aussi à ce moment qu’elle décide de s’engager pour la cause féministe et LGBT. Elle crée une page féministe, ‘Pourquoi devenir féministe’, et s’implique dans des collectifs prônant la fin du patriarcat. “Après avoir vécu cette expérience de couple si destructrice, j’ai ressenti un besoin de rencontres et de sororité, mais aussi de remettre l’image des femmes en avant, quels que soient leur parcours, leurs choix, leur orientation sexuelle, leur image, etc. Lorsque j’étais adolescente, j’ai trouvé tellement peu d’autres modèles que la femme cis hétéro, et pourtant, on est si nombreuses à sortir de cette case étriquée que je lutte aujourd’hui pour qu’on puisse se montrer telles que nous sommes”.

Graphiste freelance, la féministe donne souvent priorité à des projets qui correspondent à ses valeurs: des associations LGBT, des collectifs féministes, des ASBL de lutte anti-raciste… L’engagement vers un monde plus libre et plus juste est aujourd’hui pour elle une véritable mission de vie.

 

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En couple, mais libre

Aujourd’hui en couple avec un homme, Aude envisage l’avenir sans barrière. Avec son compagnon, ils ont choisi de vivre l’expérience du couple libre. “Je n’ai pas envie de faire reposer mes envies et mes désirs sur une seule personne. Je vois mes relations, qu’elles soient amicales ou amoureuses, comme de petites bulles qui font leur chemin en toute liberté et qui peuvent changer, devenir autre chose, et ce, sans barrière de genre”. Si elle envisage peut-être un jour de devenir maman, Aude ne se met ici non plus aucune limite: “La maternité est pour moi le fait de materner et d’éduquer, pas forcément d’enfanter. J’imagine tout aussi bien adopter ou accueillir des enfants sans famille ou reniés par leurs parents à cause de leurs choix ou leur préférence sexuelle, par exemple”.

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