Témoignage: “J’aurais tant voulu un enfant…”

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Un problème douloureux pour près d’une femme belge sur dix, entre 35 et 45 ans. Car ne pas avoir pu devenir maman alors qu’on le souhaitait demeure une souffrance…

Isabelle, 31 ans, a à peu près tout essayé

«L’accomplissement de mon rêve de bébé est loin d’être un long fleuve tranquille! J’ai déjà été opérée d’un fibrome: j’ai pris énormément de médicaments, j’ai fait des tonnes d’injections. J’ai ‘à mon actif’ six inséminations, deux essais de FIV (Fécondation In Vitro)… et malheureusement deux fausses couches dont la dernière date d’il y a deux semaines. Après chaque déception, je vais puiser loin dans mes ressources pour redémarrer un nouvel essai, pleine d’espoir. Ce n’est pas évident de se focaliser sur l’avenir et non sur le passé et ses échecs. Pour évoquer toutes les solutions, les perspectives, il faut des trésors de patience… Tout ça en essayant que toute la vie ne tourne pas autour du monde médical, afin de continuer à travailler, de ne pas mettre trop de pression sur le couple, etc. Heureusement, j’ai une nature très positive et je peux compter sur le soutien de mon compagnon et de ma soeur qui a, elle aussi, parcouru un long chemin avant d’abandonner son désir de maternité, en tout cas pour le moment. De mon côté, je me dis que ce sera peut-être pour le mois prochain: l’espoir (me) fait vivre!»

Miranda, 50 ans, a eu un cancer de l’utérus

«J’avais arrêté la pilule depuis plus d’un an lorsque nous avons décidé d’aller consulter. Quand le verdict est tombé, Pierre (mon époux) et moi, sommes restés sans voix: j’avais un cancer de l’utérus. Comme la tumeur était considérable, il fallait agir vite. Le médecin a été formel: nous ne pourrions jamais avoir d’enfant. J’ai alors dit à Pierre que s’il souhaitait me quitter, il était libre de le faire. Il n’imaginait pas l’avenir sans moi et, par chance, je m’en suis sortie. Nous avons donc envisagé l’adoption mais suite à une séance d’information, nous avons décidé que ce n’était pas pour nous. Ensuite, nous avons rempli notre vie autrement: nous avons fait de magnifiques voyages, nous nous sommes investis dans une foule de hobbys et dans les réunions de quartier. De temps à autre, la douleur réapparaît. Lors de la fête des mères ou d’une naissance dans la famille, je peux m’y préparer. Mais les questions et les remarques telles que ‘Pourquoi n’as-tu pas voulu d’enfant?’ sont plus difficiles à gérer. Comme si l’absence d’un bébé était forcément un choix! Depuis, je me suis faite à l’idée: cette souffrance fait partie de ma vie. Cela dit, il n’est pas question que je devienne une vieille dame aigrie. Je me concentre donc sur ce que j’ai: une belle vie, un homme craquant, une jolie maison, beaucoup d’amis, des nièces et neveux pour qui je suis une chouette tata (Rires) et par-dessus tout, une bonne santé car depuis l’épisode du cancer, je réalise la chance que j’ai!»

Elise, 53 ans, a renoncé à son désir de maternité par amour

«J’aurais adoré devenir maman mais mon mari a toujours catégoriquement refusé. Jusqu’au bout, j’ai espéré qu’il change d’avis. Il n’en a rien été. Parfois, je me dis que c’est bien ainsi et parfois, je le regrette. Trop tard.»

Béa, 36 ans, hésite à refaire une FIV

«Voilà cinq ans que nous essayons de faire un bébé et que nous passons par un arc-en-ciel d’émotions. J’ai décidé de faire une pause pour récupérer un peu, tant physiquement que psychologiquement. J’avoue que je me sens coupable vis-à-vis de mon compagnon car je songe de plus en plus à abandonner.»

Laurence, 43 ans, pense qu’il est trop tard

«Nous commencions à parler bébé quand mon ex a décidé de rompre, il y a trois ans. Entre-temps, je suis toujours célibataire et je pense que j’ai raté le train.»

Valérie, 47 ans, a vu son couple succomber suite aux traitements

«Mon époux souffrait d’azoospermie (absence de spermatozoïdes) et moi, d’anovulation (absence d’ovulation). Les solutions qu’on nous proposait étaient toutes très invasives. Nous avons fait quelques essais mais notre couple n’y a pas survécu.»

L’AVIS DE LA PSY

Yvonne Prins, psychologue qui a, elle aussi, dû affronter l’impossibilité d’avoir un enfant nous éclaire à ce sujet. Autrefois, quand la grossesse n’arrivait pas, il n’y avait pas grandchose à faire. A présent, la science a tellement progressé que quand l’enfant ne paraît pas, la situation est encore plus dure à vivre… Il faut affronter les remarques de l’entourage du genre: «Tu as essayé la FIV?», comme si de rien n’était: or, il s’agit d’un traitement exigeant qui n’est pas toujours couronné de succès! Vous dites que le chagrin ne disparaît jamais vraiment. Attention, on pourra malgré tout être heureux! Il s’agit d’appréhender la vie différemment. L’absence d’enfant fait partie de soi, de son identité, même si, de temps à autre, cette peine ressurgit. Tout s’éclairerait lorsqu’on cerne la source du désir d’enfant? Quand j’interroge des patientes, j’essaie de trouver l’origine de ce désir d’enfant: prendre soin des autres, perpétuer la famille, etc. Une fois le fondement du besoin identifié, on peut essayer de le combler autrement comme en devenant une tata gâteau ou en parrainant un enfant défavorisé, par exemple.

L’AVIS DE LA GYNÉCOLOGUE

Sylvie Gordts, gynécologue spécialisée dans le domaine de la fertilité à LIFE (Leuven Institute for Fertility and Embryology), répond à nos questions.

Dans quel état d’esprit sont les couples que vous rencontrez en consultation?

Souvent, ils ont déjà parcouru un long chemin. Ils ont été ballottés entre espoirs et déceptions. Parfois, ils éprouvent un sentiment d’échec de ne pas avoir pu avoir d’enfant «spontanément». Certains ressentent aussi de la culpabilité. Nous mettons donc l’accent non seulement sur le traitement médical mais aussi sur le soutien psychologique. Nous leur offrons une structure et peut-être un peu d’espoir à un moment où la situation semble désespérée. Evidemment, sans aucune garantie de succès car malgré les progrès de la science, nous sommes confrontés à des limites.

Que se passe-t-il quand on a tout essayé?

Malheureusement, nous n’avons parfois plus aucune alternative à la procréation médicalement assistée. Quand nous annonçons cette nouvelle à un couple, nous mettons un point d’honneur à l’accompagner dans son processus de deuil, s’il en a besoin, bien sûr.

Ce deuil n’est pas une mince affaire…

Renoncer à son désir d’enfant, à ses rêves et se reconstruire… est une épreuve. Notre porte reste toujours grande ouverte, même quand le traitement médical est achevé. Parfois, c’est un collègue psychologue qui prend le relais. Quand cela concerne des patients que j’ai longuement accompagnés, c’est un moment difficile pour moi aussi de les voir repartir les «mains vides», sans grossesse, sans bébé… Vous savez, les médecins sont comme tout le monde.

Texte Carine Stevens / Adaptation Régine Segers

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