Unsplash © Chris Gallagher

Inondations à Liège: “J’ai perdu ma voiture, une partie de ma maison…”

Après avoir observé, impuissante, sa maison se faire inonder, Carole (48 ans) nous raconte le drame ainsi que ses efforts pour se reconstruire et surmonter son trauma.

Il y a un an, des inondations dévastaient une partie de la Belgique et ôtaient la vie à 38 personnes. Un bilan lourd qui a plongé le pays dans une profonde tristesse. Suite à cette catastrophe, un nombre important de familles se sont retrouvées sans toit, sans voiture, avec une seule obligation: tout reconstruire.

Pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts un an après, Assuralia (la Maison de l’Assurance) communiquait quelques chiffres-clés, ce lundi 27 juin 2022: au total, 75.496 dossiers liés à ces inondations ont été ouverts. Parmi eux, 90% des sinistrés ont reçu leurs indemnités, et les 10% restants les recevront avant la fin d’année. Des aides qui ne combleront évidemment jamais les souvenirs perdus ainsi que le traumatisme engendré.

La nuit de l’horreur

Carole, 48 ans, habite dans le centre de Verviers avec ses deux enfants qui vivent en partie chez leur papa, dont elle est séparée. “La nuit du 14 au 15 juillet 2021, j’ai suivi avec angoisse les eaux monter dans la région de Limbourg dont je suis originaire. À aucun moment, je n’ai cru que nous serions touchés nous aussi. Aujourd’hui encore, j’ai l’impression que ce qui est arrivé était impossible. Sur le plan psychologique, se reconstruire et prendre conscience que ce qu’on pensait inimaginable ne l’est pas vous met dans une situation d’angoisse permanente”. L’arrivée de l’été terrorise la maman. Et elle sait que c’est le cas pour beaucoup d’autres victimes. “Plus jamais nous ne nous sentirons totalement à l’abri dans nos maisons”.

Carole se remémore cette nuit qui lui a semblé interminable: “J’ai d’abord vu ma voiture dévaler la rue. Puis, c’est l’eau qui a commencé à monter. D’abord dans les caves, puis au rez-de-chaussée. J’ai tout perdu: ma cuisine, ma salle de bains et mes meubles de salon. La première chose que j’ai tenté de sauver, ce sont mes cours. Ça peut sembler étrange, mais j’avais repris des études en marge de mon métier d’enseignante et je voulais mettre ces documents à l’abri”.

S’entourer, la clé pour avancer

La Verviétoise se sent extrêmement chanceuse d’avoir pu compter sur son grand réseau: “Dès le lendemain du drame, des centaines de personnes se sont manifestées pour m’aider à vider la maison. J’ai aussi pu compter sur un ami qui n’a pas hésité à me prêter sa voiture pendant un mois pour que je puisse partir en vacances avec mes enfants. Symboliquement, je voulais qu’on puisse vivre ce moment de détente tous les trois”.

Le plus difficile, c’est l’après

Pendant cinq mois, Carole et ses enfants se sont installés chez sa mère, le temps que la maison sèche et que les travaux s’organisent. En septembre, la maman a repris le chemin de l’école pour y enseigner et reprendre ses études, tout en jonglant avec la venue des ouvriers et le reste. “Sur le moment, j’avais l’impression de bien gérer la situation, mais en novembre, j’ai craqué. J’étais noyée dans ce drame mais, au fond de moi, je refusais de l’accepter. La psychologue que j’ai consultée m’a permis de comprendre que, quoi que j’en pense, je n’étais pas toute-puissante. Le plus difficile, c’est de vivre l’après. On voudrait pouvoir dire qu’on a tourné la page, mais la souffrance est toujours là”.

Positiver, mais…

La petite famille a finalement pu regagner sa maison pour Noël. “La nouvelle cuisine n’était pas encore installée, alors on a campé. Ma fille de 15 ans et mon fils de 21 ans (atteint de trisomie 21, ndlr) ont été fantastiques. Notre capacité à positiver nous a portés. Je me sens extrêmement chanceuse d’avoir été à ce point entourée. Certains de mes voisins étaient seuls et parfois incapables de gérer les démarches administratives. Malgré ça, le deuil n’est pas fini. Le quartier où nous vivons ressemble à un immense chantier qui nous empêche d’oublier”. Il y a aussi les détails qui marquent une vie à l’indélébile: “Je me souviens du bruit de l’eau qui frappait contre les façades, des phares des voitures qui clignotaient dans le noir et de notre rue transformée en un nouveau bras de la Meuse. Ces images-là ne s’effaceront jamais”.

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