Interview: Loïc Nottet décode Sillygomania, son nouvel album

Interview: Loïc Nottet décode Sillygomania, son nouvel album
© Nicolas Witczak

Le 29 mai 2020, après plusieurs mois d’attente, les fans de Loïc Nottet ont enfin pu découvrir son nouvel album: Sillygomania. Ce dernier était initialement prévu pour le 20 mars, avant d’être reporté en raison de la pandémie de coronavirus.

Trois ans après Selfocracy, sa pochette sombre, et un artiste qui tournait le dos à son propre reflet, Loïc Nottet livre Sillygomania, un deuxième album à la cover maculée où Loïc ne rejette plus ses démons, mais semble vouloir les dompter, tout au moins, les accepter. En ressort quatre personnages qui hantent les 14 pistes de ce disque fluide, pop, habité et toujours aussi bourré de talent. Rencontre et décodage.

Quelle est la genèse de ce titre, Sillygomania?

Elle m’est venue une fois l’album fini. J’avais déjà cherché comment on appelait les personnes qui accumulaient et refusaient d’abandonner des affaires parce que je suis comme ça, j’accumule beaucoup de choses mais je n’aime pas le bordel, ce qui est un peu contradictoire. Du coup, le mot syllogomanie m’est revenu. Cet album est très éclectique, il va dans beaucoup de directions: je me suis lâché, j’ai osé des choses que je n’avais pas forcément osées sur le premier album et je me suis rendu compte que tous les titres correspondaient à des moods par lesquels j’étais passé lors des compositions, des moods tristes, ou plus confiants où j’étais euphorique, en mode séducteur, ou plus en colère, plein de rage et enfin, des moods plus nostalgiques par rapport à l’enfance… De là est née l’idée des quatre personnages imaginaires.

Syllogomania, outre l’aspect éclectique, bordel organisé qu’il reflète, c’est aussi parce que je me suis rendu compte que je suis quelqu’un qui accumule beaucoup de choses en lui, j’ai du mal à lâcher prise, j’ai du mal à passer à autre chose. Ça me rend malheureux parce que je vis dans le remord et les regrets. Je dois apprendre à apprivoiser le passé afin d’aborder au mieux le futur. Je trouve que vivre comme ça, c’est stupide, surtout quand on en a conscience donc c’est pour ça que j’ai remplacé « Syllo » part « Silly » (idiot en anglais) et j’ai mis « mania » parce que je voulais un mot qui sonne anglais vu que 95% de l’album est dans cette langue. Mais je voulais quand même que ce terme ait une french touch puisqu’il y a une petite nouveauté sur l’album: un titre en français (ndlr: découvez-le ici).

« Je découvre un Loïc que je ne connaissais pas. »

Ça veut dire que ce « bordel » est musical, il ne se traduit pas dans les paroles?

Je prends les deux, je pense. J’ose m’adresser aux gens en « je », en mode confesse comme dans 29 ou Mr/Mme ou même On fire. J’ai prêté encore plus d’importance aux paroles, ainsi qu’aux prod pour ouvrir une palette plus large que celle de Selfocracy.

Sur 14 titres, 9 parlent d’amour. Un sujet important pour toi?

C’est un sujet qui m’a beaucoup touché parce que je suis un jeune homme et donc je découvre pas mal de choses sur moi, aussi en amour. Je découvre un Loïc que je ne connaissais pas, ce qui est très bizarre, mais du coup, oui, je pense que ça m’a pas mal nourri.

La syllogomanie est une pathologie, est-ce que ça veut dire que l’écriture a été cathartique?

(Silence…) Peut-être. C’est sûr que le fait d’en parler, c’est prendre le taureau par les cornes, c’est oser affronter, peut-être même tourner la page et passer à autre chose. C’est vrai qu’il y a cette volonté de cracher sur le papier tout ce que j’ai en moi et de me dire: maintenant, ok, c’est une remise à zéro, je peux commencer autre chose.

Aujourd’hui que l’album est sorti, que tu as traversé cette écriture qui a mis à jour ces « moods », peux-tu dire que tu as dompté ces personnages?

Je ne sais pas si je les ai domptés, mais avoir humanisé ces émotions me permet de pointer du doigt un certain moi intérieur et de lui dire: ok maintenant, tu te calmes, ça suffit, tu me laisses tranquille. C’est une image, mais ça m’aide à doser parce que je suis quelqu’un qui est constamment dans le tout ou rien, c’est noir ou blanc mais jamais gris…

Comme quoi, il y a un aspect cathartique…

Ouais, c’est vrai.

À la fin de l’album, tu parles de murmures, de cauchemars, de fantômes du passé et tu conseilles de s’en débarrasser. Tu l’as dit, au début de l’interview, tu as toi-même tes propres démons… Tu parviens à t’en débarrasser?

(Rires) Ça va mieux. Ça me hante encore tous les jours, mais ça va mieux. En avoir pris conscience aide beaucoup, mais de là à les faire partir… Parce qu’il faut toujours se souvenir du passé, garder ses racines, savoir d’où l’on vient. Mais juste… ne pas être tenté par lui.

Qui sont ces quatre personnages qui forgent la personnalité de Sillygomania ?

Le mélancolique, c’est cette personne qui nous torture l’esprit à force de ressasser, qui provoque des insomnies à cause de regrets, de remords, de déceptions… C’est aussi le personnage que je préfère parce que c’est celui qui me nourrit le plus, qui me pousse à me surpasser et je lui suis très reconnaissant. C’est celui qui a composé Million Eyes… C’est aussi le plus vulnérable, à la fois très faible et très fort. Il faut que cette partie de moi soit toujours nourrie parce que c’est celle qui m’épanouit artistiquement. C’est un peu cliché parce qu’on dit souvent « Oui… les artistes… Ils doivent être tristes pour pouvoir créer », mais il y a une vérité là-dedans. Quand tu es triste, tu as quelque chose à raconter, quelque chose de fort et de poignant et tu ne prends pas de gants, tu parles directement, en toute franchise… Et c’est ça qui plaît, parce que tu parles avec ton cœur. Pour moi, c’est grâce à la sincérité qu’une musique marche ou pas. Donc je n’ai pas envie de me débarrasser de ce mélancolique parce que je l’aime, malgré tout. Même si c’est une relation dangereuse.

Le séducteur, c’est celui que j’ai le moins en moi. Je ne suis pas quelqu’un qui a énormément confiance en lui, mais il ne faut pas être hypocrite: on a tous été à un rendez-vous en ayant assez d’assurance pour se dire « Allez, faut que je fasse bonne impression », pour essayer de lâcher des mots doux que ce soit sur Tinder, sur une autre application ou même en vrai! C’est la partie la plus confiante de nous-même, la plus forte. C’est la plus bélier que j’ai en moi en fait, celle qui fonce sans réfléchir.

Le clown, c’est la partie la plus machiavélique, méchante, fourbe… Beaucoup d’entre nous ont déjà dit des choses un peu méchantes pour blesser, en le regrettant. On a tous fait des bêtises ou des choses pour embêter l’autre. Même en couple! Ça nous est sans doute tous arrivé de dire des choses qu’on ne pense pas vraiment, juste parce que l’autre nous casse les bonbons. On sait que ce qu’on dit, ce n’est pas bien, mais on a besoin de le dire parce que parfois, ça fait du bien de faire un peu mal à l’autre finalement. Je prends l’exemple des relations amoureuses, mais j’ai l’impression que c’est la même chose dans les relations amicales ou entre frère et sœur… Personne n’est 100% gentil. Heureusement d’ailleurs, c’est ce qui fait que nous avons du caractère. Et il en faut!

L’enfant, c’est la part d’enfance qu’on a et qu’il faut tous garder, sinon la vie est dénuée de rêve, de magie, d’imaginaire… Lorsque la vie est terne, notre part d’enfant peut y remédier. Ça peut être juste boire un coup avec des potes et commencer à faire des trucs stupides qui nous font rire, fumer un petit joint ou faire des trucs qu’on faisait plus jeunes et qui nous amusent. C’est important d’avoir ce genre de lâcher prise, cette innocence, cette ouverture d’esprit, ce côté naïf. Se dire que rien n’est impossible, ça fait du bien parfois. Alors, c’est sûr, ce n’est pas toujours facile mais il faut continuer à rêver. Rêver, c’est gratuit.

Sillygomania (Sony Music), disponible en version physique et digitale.

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