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© Stephen Monterroso/Unsplash

Hate-watching: pourquoi regarde-t-on des films et séries qu’on déteste?

Par Soline de Groeve

Elite, Plan Cœur, Dynastie, The Room… Aujourd’hui, les films et séries sortent à la chaîne, et bon nombre d’entre eux s’avèrent franchement mauvais. Pourtant, on se force à les regarder pour ensuite les critiquer: c’est ce qu’on appelle le hate-watching.

Dès la sortie d’une nouvelle série sur notre plateforme de streaming préférée, nous sommes nombreuses à nous installer dans notre canapé et à ne plus bouger jusqu’au dernier épisode. Et ce, même si on déteste l’intrigue ou le jeu des acteurs… Pourquoi donc s’infliger tant de mal? Cette pratique, appelée le hate-watching, est très courante et serait même bénéfique.

Qu’est-ce que le hate-watching?

Le terme a été inventé en 2012 par Emily Nussbaum, une journaliste du magazine New Yorker, à propos de la série Smash: cette dernière suivait un groupe de comédiens qui souhaitait réaliser une comédie musicale à Broadway, basée sur la vie de Marilyn Monroe. « J’ai trouvé la série absolument déstabilisante car je n’arrivais pas à déterminer si elle était vraiment nulle ou si c’était un somptueux chef-d’œuvre », écrivait la jeune femme dans sa critique. Dès le premier épisode, la journaliste a ainsi détesté les personnages grotesques et fut ébahie par les retournements de situations ridicules, pour finalement regarder l’entièreté des deux saisons.

Pourquoi « hate-watcher »?

Le hate-watching est donc cette tendance à regarder un film ou une série que l’on considère comme nulle. À ne pas confondre avec un plaisir coupable: celui-ci est une œuvre que l’on sait pertinemment sans intérêt, mais qu’on adore. Dans le cas du hate-watching, on n’apprécie pas (vraiment) ce qu’on regarde. Mais alors pourquoi se forcer si l’on ne trouve aucun plaisir? Selon Stephen Dehoul, psychologue et psychothérapeute en addictologie interrogé par le Huffington Post, « trouver une satisfaction à regarder un film ou une série qui ne provoque en vous que de la haine, du dégoût ou du mépris, c’est permettre à votre inconscient de libérer des pulsions agressives sans aucun danger ». Le hate-watching a donc une fonction cathartique.

Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle on regarde des films et séries qu’on déteste. Beaucoup de spectateurs hate-watchent un programme car ils en ont entendu du bien. Dès lors, ils tentent de comprendre l’engouement qu’ils ne partagent pas. C’est alors constructif. Parfois, il y a également dans cette pratique une forme de nostalgie: on a adoré la première saison et on s’accroche à la deuxième; on regarde la série de notre adolescence alors qu’une fois adulte, on la trouve insupportable.

4 films et séries qu’on a hate-watchés

Nous avons toutes été au moins une fois adeptes du hate-watching… À la rédaction, on plaide coupable! Voici quatre films et séries que nous avons regardés jusqu’au bout alors que dès le premier épisode, on savait que l’on n’aimerait pas la suite.

1. Uncut Gems

Soline, journaliste: « À sa sortie, Uncut Gems fut applaudi de tous les côtés et maintes fois cité dans la course pour les Oscars (où il ne sera finalement pas nommé). Le pitch? Avec des dettes qui s’accumulent et des percepteurs qui le cernent, un bijoutier new-yorkais volubile risque tout dans l’espoir de rester à flot… et en vie. Un chef-d’œuvre avec Adam Sandler dans le rôle principal, c’est forcément intrigant! Il ne fallait pas passer à côté de ça et j’ai donc lancé le film sur Netflix. Pendant 2h15, je me suis fait souffrance: ça partait et criait dans tous les sens, l’histoire n’était que rebondissements inutiles et les personnages exécrables… Je me suis forcée à rester devant mon écran en espérant comprendre l’engouement des critiques, en vain ».

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2. Soundtrack

Liza, journaliste: « Je suis tombée sur cette série par hasard en jetant un œil à mes recommandations sur Netflix. Le résumé évoquait un drame musical romantique autour des liaisons amoureuses qui se tissent au sein d’un groupe hétéroclite de personnes vivant à Los Angeles. A priori, je ne suis pas fan des comédies musicales, mais quand j’ai vu que Jenna Dewan (Sexy Dance), Madeleine Stowe (Revenge) et Callie Hernandez (La La Land) étaient au casting, la curiosité a pris le dessus et je n’ai pas pu m’empêcher de lancer le premier épisode… Un geste que j’ai vite regretté! Si l’intrigue et les relations entre les personnages sont intéressantes, j’ai dû faire un gros effort pour ne pas passer en accéléré les séquences musicales qui viennent (trop souvent) interrompre l’histoire. Ces scènes où les personnages se mettent à faire du playback pour exprimer leurs émotions, c’était trop… Cela dit, je voulais absolument connaître la fin et j’ai donc pris sur moi pour regarder les 10 épisodes dans leur entièreté ».

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3. Emily in Paris

Lauranne, journaliste: « Des Français qui parlent anglais entre eux au travail, déjà, ça n’existe pas. Des coups d’un soir, chaque soir, non plus. Je n’ai cru à rien dans Emily in Paris, j’ai trouvé l’ensemble minaudant, et pourtant, j’ai été prise d’une envie irrépressible d’aller jusqu’au bout. Et au final, je conseillerais cette série à n’importe qui ayant une journée off devant lui. À n’y rien comprendre ».

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4. Plan Cœur

Soline, journaliste: « Je plaçais la première saison de Plan Cœur dans la catégorie des plaisirs coupables: la série est franchement gnangnan mais se laisse regarder et décroche même quelques sourires. Je m’étais prise d’affection pour les personnages d’Elsa et de Jules, bien que leur histoire soit sans surprise. Lors de la sortie de la seconde partie, j’ai donc décidé de la regarder… ou plutôt, de la hate-watcher! Les personnages se révèlent insupportables et leurs décisions sont plus idiotes les unes que les autres. Pas une fois pendant les six épisodes, je n’ai pu comprendre les relations toxiques de ce groupe d’amis ou je ne suis parvenue à me sentir mal pour ce qui leur arrivait. Et cette fois-ci, le couple Elsa-Jules n’a pas pu sauver la mise. Mais allez savoir pourquoi, je vais sûrement hate-watcher la saison 3″.

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