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« J’ai subi des violences conjugales, mais je me suis tue pendant 10 ans »

Une lectrice explique pourquoi elle a gardé le silence
Par Tatiana Czerepaniak

De très nombreuses femmes victimes de violence au sein de leur couple n’osent ni se confier, ni contacter des associations. Mais pourquoi se murer dans le silence quand on vit le pire? Maria tente de nous l’expliquer.

Vous avez certainement déjà vu passer dans les médias des statistiques effrayantes concernant le nombre de victimes de violences conjugales. Si ces chiffres vous indignent, sachez que la réalité est bien pire, car il est courant que les femmes vivant l’enfer de la violence conjugale restent dans l’ombre, sans jamais oser parler de ce qu’elles subissent au quotidien. Un silence difficile à comprendre de l’extérieur… Maria, 52 ans, peut nous expliquer pourquoi. Cette Belge a vécu l’enfer des violences physiques et psychologiques pendant plus de dix ans sans jamais en parler à qui que ce soit.

Une grossesse pour déclencheur

Maria avait 30 ans quand elle a rencontré celui qui fut son bourreau: « On s’est connus au travail. Une amourette qui s’est transformée rapidement en histoire solide, puisque je suis tombée enceinte quelques mois après le début de notre idylle ». Si cette grossesse est une surprise, Maria et son compagnon l’envisagent comme une bonne nouvelle: « Suite à cela, il est venu s’installer chez moi. Au début, tout se passait pour le mieux ». Mais en fin de grossesse, le vent tourne: « Il est devenu méchant et me rabaissait régulièrement. Il me disait que j’étais grosse, que j’avais perdu de ma beauté, me reprochait d’être fatiguée ou remettait en question sa paternité en me disant qu’il n’était certainement pas le père du bébé ». Petit à petit, la violence s’installe. Psychologique d’abord, puis physique. « J’ai pris cette réalité de plein fouet. Mais enceinte, je ne voyais pas très bien ce que je pouvais faire », nous dit Maria.

Accouchement sous violences psychologiques

Maria accouche et la violence ne fait qu’empirer: « Il ne s’arrêtait jamais: mon accouchement avait été très difficile (j’ai fini aux soins intensifs) et lui, tout ce qu’il faisait, c’est me culpabiliser parce que c’était difficile pour moi de m’occuper de mon bébé. Il me traitait de bonne à rien, de mauvaise mère… C’était horrible, et je me sentais sombrer. Plus il était méchant, plus je m’effaçais. La sage-femme en chef, qui avait remarqué mon mal-être, est venue me faire part de ses observations. Mais j’avais si peur que je n’ai rien dit ».

Se taire par peur de mourir et de ne pas être entendue

De retour à la maison, même topo: « Il pétait un plomb pour un oui ou un non, me rabaissait, levait la main sur moi, me maltraitait verbalement, au début juste en privé ou devant notre fille, et puis en public aussi. Et j’avais tellement honte de ça que, petit à petit, on s’est isolés ». Un isolement qui ne fait qu’accroître la maltraitance que vivent Maria et sa fille. « On a vécu l’enfer pendant presque 9 ans. Et si certaines personnes le soupçonnaient (comme ma sœur), jamais je n’ai osé en parler. Je me sentais menacée. J’avais vraiment peur pour ma vie, car il m’avait dit qu’il me tuerait si je disais quoi que ce soit. Ma hantise était que ma fille n’ait personne pour la protéger de lui ». Mais selon la quinquagénaire, son silence trouve aussi une explication dans l’emprise toxique que son conjoint avait sur elle. « Je n’étais plus qu’un fantôme, ou presque. J’étais incapable d’avoir un avis sur quoi que ce soit, ou prendre une décision me concernant… Alors demander de l’aide me semblait juste impossible à envisager ». Ce que Maria tente d’expliquer, c’est qu’elle se dissociait totalement de ce qu’elle subissait. Un mécanisme de protection courant chez les victimes de telles violences.

Malgré l’emprise psychologique, Maria pense parfois à contacter la police ou une association, et se renseigne sur les démarches… Mais elle se décourage très vite: « On demande aux victimes de violences conjugales de prouver qu’elles en vivent. Mais comment prouver que notre conjoint nous maltraite psychologiquement? Et si on a parfois quelques bleus, souvent les coups ne laissent pas de trace. Et puis il faut aller chez le médecin faire constater les coups, aller à la police pour porter plainte… Et puis quoi? Se confronter à notre bourreau et l’entendre mentir? Devoir se défendre alors qu’on est soi-même au fond du trou? Et aller où, alors que personne ne sait? Non, c’était impossible pour moi ».

La rencontre qui change tout

Maria est plus seule que jamais, et a l’impression de n’être plus qu’une ombre. Mais un jour, elle rencontre une personne qui va lui apporter la lumière dont elle a besoin. « Je me suis liée d’amitié avec une femme qui habitait non loin de chez moi. En sa présence, j’ai petit à petit réappris à m’aimer: j’ai été chez le coiffeur, mis du vernis sur ses conseils, et ça a été comme si elle m’insufflait de l’oxygène ». Une relation de confiance s’installe entre Maria et sa voisine. « Un jour, au détour d’une discussion, mon amie me signale que ce que je vis avec mon compagnon n’est pas normal. Qu’elle a observé son comportement avec moi, qu’elle a vu mes coups, et que ce que je vis porte un nom: la violence conjugale. Elle m’a dit que je devais sortir de cet enfer et m’a proposé son aide ».

Une discussion qui va changer la vie de la mère de famille. Alors qu’elle prend rendez-vous chez une avocate et s’y rend, son amie joue le rôle d’alibi et garde sa fille. Maria prend ses renseignements, mais peine à sauter le pas: « J’avais peur qu’il me tue, qu’il tue ma fille ou qu’il me fasse passer pour une folle. Un jour, je lui ai dit que j’allais le quitter, et qu’il m’avait suffisamment menacée pour que je craigne pour ma vie et celle de ma fille ».

Une intervention de police qui tourne mal…

Un soir, survient une énorme altercation entre Maria et son conjoint: « Il avait découvert que j’entamais des démarches pour partir vraiment. Il est devenu fou. Il a obligé ma fille à s’asseoir sur une chaise et le regarder me frapper. Un moment horrible. Je me suis dit ‘On va mourir' ». Heureusement, Maria arrive à contacter son amie, qui débarque en urgence et appelle la police. Mais elle est confrontée à un policier qui la culpabilise: « Je crois que je m’en souviendrai toute ma vie: le policier, à qui mon conjoint avait dit que je le trompais parce qu’il avait découvert que je rigolais par message avec un collègue, m’a dit que je n’avais qu’à pas à être une femme adultère, et que ça ne servait à rien de porter plainte, que ce ne serait pas pris au sérieux ».

Maria prend pour argent comptant ce que l’agent lui dit, et décide le soir même de ne pas déposer sa plainte. Mais rapidement, elle entre en contact avec le deuxième policier présent ce soir-là sur les lieux. Il aura le discours inverse de son collègue: « Il m’a dit que ce qui s’était passé était ma chance de prouver les violences que je vivais et que je devais contacter mon avocate ». Reboostée, elle fait constater ses coups, porte plainte et part vivre chez son amie le temps d’entamer les démarches.

« Sans ce coup de pouce, jamais je n’aurais osé parler »

Petit à petit, Maria se reconstruit. Elle dépose un dossier au CPAS pour bénéficier d’un toit où se sentir en sécurité avec sa fille, obtient une mesure d’éloignement envers son ex-conjoint et un suivi psy via le service d’aide aux victimes.

Dix ans se sont écoulés depuis. Et si Maria s’estime chanceuse d’être en vie et en bonne santé aujourd’hui, elle garde des traumatismes. « L’emprise que mon ex avait sur moi était telle que je m’étais totalement effacée. Je n’existais plus. C’est difficile à comprendre pour les personnes qui n’ont jamais vécu cette réalité, mais la violence est si puissante et insidieuse qu’on en arrive à accepter l’inacceptable et qu’on se mure dans un silence tel qu’il est difficile d’en sortir ».

Maria déplore un système qui, selon elle, n’aide pas concrètement les femmes battues: « On demande à des femmes qui sont déjà très fragilisées physiquement et psychologiquement de prouver qu’elles vivent l’enfer. Alors qu’on sait très bien que ce qu’elles subissent les détruit et les empêche de mettre des choses en place. Et puis souvent, on ne leur propose pas de vraies solutions. Je trouve, personnellement, que le système est très mal fait ».

Vous êtes victime de violences conjugales?

Voici les conseils des associations de lutte contre les violences intra-familiales:

  • Sortir de l’isolement: c’est la première chose à faire même si, le témoignage de Maria le prouve, cette étape est très difficile. Parlez-en à un ou une proche, une collègue, le prof de votre enfant, ou contactez le 0800/30.030, la ligne d’écoute belge totalement gratuit et anonyme.
  • Télécharger l’application « App-Elles »: elle permet de géolocaliser une potentielle victime de violences et de lui proposer l’aide la plus proche, d’enregistrer un environnement sonore en une seule manipulation et de déclencher une alarme pour appeler les secours. Téléchargez l’application via ce lien.
  • Prendre contact avec un professionnel: comme Marie, prenez contact avec un avocat pour être conseillée et épaulée dans vos démarches.

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