Pourquoi les faits divers nous fascinent

Pourquoi les faits divers nous fascinent
Et ce n’est pas toujours par «voyeurisme». D’après les scientifiques, il s’agit d’un phénomène normal, souvent utile.

Bruxelles, gare centrale, un après-midi d’avril 2006. Joe Van Holsbeeck, 17 ans, reçoit plusieurs coups de couteau, dont un dans le coeur… La nouvelle du crime se répand comme une traînée de poudre. Vous êtes scotchée. Comment est-il possible d’en arriver à tuer pour un MP3? Lors du procès aux assises qui vient de s’ouvrir, la presse n’aura de cesse de relayer les informations sur le déroulement des faits. Mais il y a bien d’autres situations où les événements négatifs suscitent l’intérêt. Un accident routier vient de se produire, et votre regard est irrésistiblement attiré par la scène. Du sang coule et l’adrénaline monte. Votre visage se fige de stupéfaction.

Pourtant, non seulement «cela ne se fait pas d’être curieux vis-à-vis de l’infortune d’autrui», mais en plus cela peut provoquer des émotions désagréables. Alors, pourquoi sommes-nous fascinées?

 

Une question de programmation

Des chercheurs américains ont étudié les modifications psychophysiologiques qui se produisent lorsque nous voyons des scènes négatives. Concrètement, ils ont invité des personnes à regarder des photos montrant des situations émotionnelles négatives. Certaines scènes étaient relativement peu intenses, par exemple un enfant qui pleure. D’autres étaient modérément intenses, comme un avion qui vient de s’écraser. Quant aux scènes très intenses, il s’agissait entre autres de photos de corps ensanglantés.

En réponse à chaque photo, les scientifiques enregistraient le degré de sueur, l’activité cérébrale, et le rythme cardiaque des spectateurs. Résultat: les photos négatives les plus intenses provoquaient une augmentation de la transpiration et de l’activité cérébrale, et un ralentissement cardiaque. On appelle cela la «réaction d’orientation». Il s’agit d’une réaction biologique automatique de tout être vivant – y compris l’animal – lorsqu’il est confronté à une situation surprenante. Cette réponse nous aide notamment à analyser si une situation est ou non dangereuse pour nous dans l’immédiat. Et s’il y a lieu de la fuir au plus vite, ou d’adopter tel ou tel geste de protection approprié.

 

Des infos utiles… et rassurantes

«Une maman a tué ses enfants à coups de couteau.» La nouvelle tombe le matin, juste avant que vous ne partiez au boulot. Quelques heures plus tard, autour de la machine à café, c’est l’incompréhension totale, et les questions fusent: «Pourquoi a-t-elle voulu supprimer ses enfants?», «Qu’est-ce qui l’a mise dans un tel désespoir?» Autant d’interrogations qui traduisent un besoin humain fondamental: expliquer et comprendre ce qui s’est passé.

De même, si vous entendez parler du viol d’une jeune fille, vous allez vouloir connaître les circonstances de ce crime. Comment l’agresseur l’a-t-il abordée? Comment a-t-il réussi à la coincer? Etait-elle habillée de façon provocante? Vous irez jusqu’à imaginer ses cris, ses gestes, et ses tentatives désespérées d’échapper au pire. Lorsque vous apprendrez que la jeune femme se promenait seule la nuit tombée dans une rue déserte, vous direz peut-être: «Ce qui lui est arrivé est horrible, mais elle n’avait qu’à ne pas se balader seule à cet endroit-là.» Cette information est utile, car elle vous rappelle que, si vous ne voulez pas risquer une telle agression, mieux vaut ne pas vous retrouver seule en rue la nuit.

De manière plus générale, le fait de savoir vous permet de renforcer un sentiment de contrôle par rapport aux faits qui se produisent autour de vous: si vous adoptez ou évitez une attitude donnée, vous serez épargnée des souffrances. Quand on vous parle de cancer ou d’autres maladies, c’est le même mécanisme de réassurance qui est en jeu: «Si je mange de telle manière, je ne serai pas malade.» Appliquer les conseils des experts dans votre quotidien vous conforte dans l’idée que cette maladie ne vous touchera pas. Voilà qui sécurise, même si ce n’est pas forcément facile à appliquer (pensez à la difficulté d’arrêter de fumer malgré la conscience que nous avons tous des ravages de la cigarette!).

 

Apprendre à tout âge

On tire des leçons de ses erreurs. Imaginez: votre enfant s’est tordu l’orteil en courant à pieds nus. Il venait de refuser de mettre ses chaussures. Pour qu’il se chausse sans histoire la prochaine fois, cet incident sera plus efficace qu’une phrase du genre: «Si tu ne mets pas tes chaussures, tu vas te blesser.» Rien de tel que l’expérience personnelle pour apprendre.

Par contre, quand les enjeux sont plus risqués, cette approche n’est pas possible. S’il nous fallait causer une grave collision frontale pour savoir que conduire après une soirée arrosée peut être fatal, il est probable que nous ne soyons plus là pour «profiter» de cette prise de conscience. Les malheurs qui touchent autrui représentent alors autant d’occasions alternatives d’apprendre. D’où l’intérêt d’y porter attention. A condition de doser…

 

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