Billet d’humeur d’Émilie: l’univers domestique récupéré par les « tradwifes »

Billet d'humeur d'Émilie: l'univers domestique récupéré par les "tradwifes"
Getty images

Elles revendiquent le choix de ne pas travailler pour s’occuper du mari, des enfants et de la maison. Mais elles passent aussi une bonne partie de leur temps sur les réseaux sociaux pour parler du bonheur qu’elles éprouvent à repasser les chemises de leur époux. Les « #tradwifes » sont la nouvelle génération des femmes au foyer. 

À l’origine de cette tendance, on retrouve Alena Kate Pettit, une anglaise qui a créé sa chaîne YouTube « Darling Académy » (2800 abonnés) sur laquelle elle parle d’étiquette, célèbre les valeurs britanniques et défend le rôle de la femme au foyer. C’est aussi elle qui a lancé le hashtag « #tradwife », contraction de « traditionnal » (traditionnel) et de « wife » (épouse). Une tendance mise en lumière par un reportage de la BBC.

La femme au foyer récupérée par l’extrême droite

Mais d’où viennent les « tradwifes »? Si le terme a été popularisé par Alena Kate Pettit, il est à l’origine utilisé par une frange de l’extrême droite américaine appelée « alt-right » (droite alternative) qui essaie d’attirer plus de femmes dans leur camp. « #wifewithapurpose » taguent-elles sur leurs profils Instagram. En effet, leur seul et unique but est de procréer un maximum pour assurer la survie de la communauté blanche. On se croirait presque dans la série « La servante écarlate« .

Tendance anti-féministe

Alors qu’on assiste à l’émergence d’une quatrième vague féministe depuis 2012, qu’on remet en question plus que jamais les genres, qu’on rappelle ce qu’est le consentement, il y a des femmes qui clament haut et fort sur YouTube que « la volonté du mari devrait toujours passer devant celle de sa femme et que le rôle de la femme est d’être à la maison ». Choquant, troublant. Il y a comme un air de provocation. Aller à contre-courant du mouvement féministe en lançant le pavé #tradwife dans la marre serait-il le meilleur moyen de se faire remarquer?

Toutes des desperate housewifes?

Mais les femmes au foyer sont-elles nécessairement rétrogrades, conservatrices et soumises à leur mari? Non. Le problème pour moi n’est pas de rester à la maison, mais d’y associer systématiquement d’une part le rôle des femmes (les hommes aussi peuvent rester à la maison) et d’autre part une notion de soumission. On peut choisir de s’occuper du foyer sans passer systématiquement après les intérêts de son conjoint. Faire le ménage, repasser, cuisiner, s’occuper des enfants ne veut pas dire qu’on vaut moins que l’autre. En revendiquant une soumission à leur mari, les « tradwifes » dévalorisent une fois de plus les tâches domestiques. « S’occuper de la maison, c’est être au service de son mari ». Voilà en somme le message qu’elles véhiculent. Et pas qu’un peu, puisqu’elles s’emparent des réseaux sociaux.

Je remercie les féministes dont le combat a permis de ne plus être esclave de la maternité ni de la maison. Grâce à elles, les femmes ont aujourd’hui la possibilité de travailler et de se forger une place dans la société. Mais elles disposent encore du choix, comme les hommes, de choisir de s’occuper de la maison. Un choix que je respecte entièrement et dont on mesure de plus en plus les bienfaits. Travailler moins pour s’occuper de l’essentiel: ses proches, son nid et un peu plus de soi aussi. Car si l’on n’est plus esclave de l’espace domestique, ne devient-on pas esclave de son métier, de son patron, de sa boîte? Se tuer au travail pour payer une maison dont on n’a pas le temps de profiter et pour laquelle on doit payer du personnel pour l’entretenir, cela a-t-il encore du sens?

Ceci devrait aussi vous intéresser

Pour être au courant de toutes nos astuces modebeautéjardinmaisonparentalitécuisine et l’actualité, suivez-nous sur notre page Facebook, notre compte Instagram et Pinterest, et inscrivez-vous à notre newsletter.

Continuez votre lecture ci-dessous, après la publicité

Attendez le prochain article de Femmes d’Aujourd’hui, il en vaut vraiment la peine :)