Rencontre avec Hooverphonic: « Notre belgitude a toujours été une force »

Rencontre avec Hooverphonic: "Notre belgitude a toujours été une force"
©Carl Rottiers

Après presque 25 ans de carrière, Hooverphonic est toujours en place et continue de créer des tubes. À l’occasion de son passage au Brussels Summer Festival, nous avons rencontré le groupe de trip hop belge afin d’en savoir un peu plus sur les projets actuels du trio. Rencontre.

En novembre 2018, Hooverphonic est revenu sur les devants de la scène avec un 10ème album intitulé « Looking for stars » et une nouvelle chanteuse âgée de 18 ans à peine. Quelques mois avant la sortie de l’album, Luka Cruysberghs a en effet intégré le groupe après avoir remporté la cinquième édition de The Voice van Vlaanderen. Elle faisait partie des talents du coach Alex Callier, qui n’est autre que le bassiste d’Hooverphonic. Suite à la victoire de la jeune femme, il l’a engagée en qualité de chanteuse pour le groupe formé en 1995.

Rencontre avec Hooverphonic

Nous avons eu la chance de rencontrer la jeune chanteuse ainsi qu’Alex Callier (basse) et Raymond Geerts (guitare) quelques heures à peine avant qu’ils ne montent sur la grande scène du Brussels Summer Festival. L’occasion de revenir notamment sur ce choix de chanteuse.

Pour votre album « In Wonderland », sorti en 2016, vous aviez enregistré avec six artistes différents, qu’est-ce qui vous a poussé à revenir à une chanteuse. Était-ce prévu?

Alex: Non, ce n’était pas prévu du tout. J’étais son coach lorsqu’elle a remporté la cinquième saison de The Voice van Vlaanderen. Du coup, je l’aidais à développer son projet à elle. Un jour, je lui ai envoyé 10 chansons à écouter, et le lendemain, je l’ai appelée pour savoir laquelle lui plaisait. Elle m’a répondu sans hésiter: « C’est ‘Romantic’ que je veux enregistrer », et j’ai rétorqué que ce ne serait pas possible, parce que ce morceau était prévu pour Hooverphonic. Elle m’a répondu: « Ok, alors je n’ai qu’à la chanter pour Hooverphonic ». Seulement voilà, au début, je n’étais pas convaincu par cette idée.

À cause de son jeune âge?

Alex: Oui, j’hésitais parce qu’elle était très jeune, elle était encore à l’école. Mais je suis un homme curieux, donc on a quand-même enregistré « Romantic » ensemble. J’avais déjà enregistré ce titre avec trois chanteuses avant de faire la démo avec Luka et je n’étais jamais satisfait, tandis qu’avec elle, le résultat était impeccable au bout de trois prises. Mais ça ne se décide pas comme ça. Il fallait qu’elle soit capable d’assurer tous les morceaux du groupe. Parce que lorsque l’on joue en festival, comme ce soir au BSF par exemple, on fait un best of: ça doit être un bouquet général de tout ce qu’on a fait depuis la naissance du groupe. Donc nous avions besoin d’une chanteuse qui sache aussi bien chanter les nouvelles chansons que réinterpréter les anciennes. Du coup, on a organisé un petit showcase à Ostende. On a laissé trois semaines à Luka pour tout apprendre. Les gens qui étaient là étaient des connaissances professionnelles et des gens du métier, et ils ont tous été ravis et stupéfiés par la prestation de Luka. Ça a été le moment où on a réalisé que ça pouvait vraiment marcher.

Luka, vous n’étiez même pas encore née quand « Mad about you » est sortie, étiez-vous déjà fan d’Hooverphonic avant de participer à The Voice?

Luka: C’est vrai, « Mad about you » est sortie en mai 2000 et je ne suis née qu’en décembre de la même année. Mais je connaissais déjà bien Hooverphonic avant de faire The Voice parce que mes parents ont toujours été de grands fans du groupe. Donc, j’ai toujours écouté leur musique.

Il doivent être très fiers que tu aies intégré le groupe.

Luka: Oui, en effet.

Qu’implique la différence d’âge entre Luka, qui n’a que 18 ans, et le reste du groupe? Vous ne rencontrez jamais de conflits générationnels?

Alex: Pas du tout. L’âge ne crée pas de conflit entre nous. Mais peut-être que mon mauvais caractère, oui (rires). Je peux être très têtu quand j’ai une idée en tête, donc ça peut être difficile de travailler avec moi. Mais on s’entend bien de manière générale. Tu sais, quand on part en tournée, tous les âges sont représentés. On a un backliner de 20 ans, un pianiste de 23 ans, un guitariste de 35 ans, Raymond a près de 65 ans… c’est comme ça dans presque tous les métiers maintenant. Ce qui est intéressant dans le fait de mélanger les générations, c’est que quand on crée un morceau et que tout le monde l’aime au sein du groupe, on sait que c’est quelque chose de fort, qui va toucher et rassembler tout le monde.

Raymond: C’est une bonne façon de filtrer ce qu’on fait, de ne garder que les pépites.

Et dans votre public, on retrouve plutôt les anciennes générations qui vous suivent depuis une vingtaine d’années ou plutôt des jeunes?

Alex: C’est un mix des deux, c’est ça qui est chouette. Notre public est composé d’enfants, d’ados, de jeunes de 25 ans, de trentenaires, d’hommes, de femmes, de gens qui aiment la musique alternative et de gens qui aiment les chansons commerciales, etc. Tout est mélangé. C’est ça qui est sympa aussi avec Hooverphonic: c’est l’un des seuls groupes en Belgique que l’on peut aussi bien entendre sur Vivacité que sur Classic 21 ou, en flandre, sur Studio Brussel et en même temps sur Radio 2. Notre musique met tout le monde d’accord.

Vous avez pas mal de succès à l’étranger, est-ce que vous pensez que votre « belgitude » a été un plus dans votre carrière ou plutôt une faiblesse?

Alex: Cela a toujours été une force. Ce qui est intéressant avec le fait d’être belge, c’est que c’est l’un des seuls pays qui mélange autant de cultures différentes grâce aux trois communautés qui la composent. Pour moi, la Belgique est l’un des pays qui a la plus grande diversité culturelle et ça nous rend beaucoup plus ouverts, ça nous permet d’apprécier davantage les autres cultures. C’est d’ailleurs vraiment dommage que la Belgique se divise de plus en plus, parce que notre force, c’est justement cet éclectisme qui provient du fait que notre pays rassemble toutes ces cultures. Donc quand on va à l’étranger, on est toujours fiers de dire qu’on vient de Belgique.

Et là, qu’est-ce que l’on vous dit?

Alex: En général ils trouvent ça sympa. Même aux États-Unis. Ils ont une expression qui dit « I’m big in Belgium » (en français: « Je suis important en Belgique », ndlr.), qui veut dire en fait que tu n’es personne. Mais malgré cette expression, ils nous aiment bien. De toute façon, un bon travail est toujours reconnu. On l’a vu, avec Stromae qui a joué à Madison Square Garden, par exemple.

Vous en êtes déjà à votre 10ème album, avec à chaque fois des tubes. Comment parvenez-vous encore à vous renouveler tout en gardant un univers musical aussi identifiable?

Alex: Il s’agit d’être très strict avec soi-même. Il faut savoir trouver un équilibre entre les choses qui marchent et celles qui surprennent. Un bon exemple de ça, c’est le morceau « Badaboum », qui est à la fois très « Hooverphonic » et à la fois très différent de ce que l’on fait d’habitude grâce aux voix qui ne sont pas du tout identifiables. Donc ça devient surprenant. Je pense qu’on a toujours réussi à trouver cet équilibre entre le fait de rester proche de notre cœur et innover. On travaille avec des nouvelles personnes, on fait des collaborations, on s’inspire de choses différentes, et en même temps, on garde toujours notre ADN. On a toujours été très conscients du fait qu’il faut évoluer tout en restant fidèle à soi-même. Ce qui nous rend très fiers, c’est que les gens qui viennent nous voir veulent autant entendre « Mad about you » ou « Hidden » que « Jackie Cane », « Badaboum », « Uptight » ou même « Romantic ».

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