Ecrans: mon ado est-il addict?

Ecrans: mon ado est-il addict?
Reporters / BSIP

Cyberdépendant. Geek. Accro. En manque. Des mots connotés et angoissants que l’on utilise à tout va pour décrire un enfant passant son temps sur sa console. Faut-il vraiment s’inquiéter?

Parce que leur ado s’arrête difficilement de jouer ou semble obnubilé par le niveau qu’il veut atteindre dans Minecraft, parce qu’ils ne comprennent rien à ce qu’il y fait, parce qu’ils s’inquiètent des personnes avec qui il joue en réseau, ou pour sa santé physique et mentale, parce qu’il rechigne à faire ses devoirs ou à venir à table… les parents se retrouvent souvent démunis.

Seraient-ils tous devenus malades?

«Beaucoup de parents viennent avec un diagnostic tout fait et beaucoup d’inquiétude», explique Mélanie Saeremans, psychologue et coordinatrice de la Clinique du jeu et autres addictions comportementales du CHU Brugmann. «Mais en réalité, cette étiquette de ‘cyberdépendance’ n’est adaptée qu’à une petite minorité, et ne concerne souvent pas les ados mais des jeunes adultes chez qui il y a d’autres facteurs de troubles qui entrent en jeu.» Ouf. On se rassure, on fait confiance. Ce qui ne nous empêche pas de reprendre le contrôle en imposant des règles.

Ce qu’il y a derrière l’écran

L’ado serait accro aux écrans comme à une substance psychotrope. Or, à la différence de la drogue, de l’alcool, de la cigarette, les écrans ne contiennent pas de substance addictive en tant que telle (pas d’effet interne direct sur l’individu). Le terme ‘cyperdépendance’ n’est d’ailleurs reconnu par aucun manuel de psychiatrie, ni par l’OMS. «Les symptômes que l’on détecte diffèrent peu de ce que l’on connaît des addictions classiques, mais cela reste des analogies, des apparences», explique le sociologue de l’ULB René Patesson, dans une étude publiée en novembre dernier (Smart.use, enquête sur l’usage du smartphone auprès de 1 589 jeunes de la Fédération Wallonie-Bruxelles). Et si l’on prend la situation par l’autre bout de la lorgnette, on se rend compte que l’usage d’Internet peut s’avérer bénéfique: «Le problème quand on est sur écran, explique Yves Collard, formateur de l’ASBL Média Animation, c’est qu’on n’est pas que sur écran: on joue, on socialise, on s’informe, on écoute de la musique, on regarde des vidéos… Et il y a des usages que l’adulte légitimise plus facilement que d’autres.» Sans compter qu’Internet est «un produit» qui évolue, proposant de plus en plus de services, d’usages et donc de sollicitations. A y regarder d’encore plus près, si la consommation d’écran est réellement excessive, il y a lieu de comprendre pourquoi l’adolescent en fait son ultime refuge. «Pour la plupart des jeunes qui viennent chez nous, l’usage problématique est un symptôme parmi d’autres, qui révèlent plus généralement un trouble général de l’adaptation (contexte de vie difficile, gestion émotionnelle compliquée…). Le propre de l’adolescence est d’être dans l’excès. A nous de voir s’il y a d’autres choses dont l’écran ne serait que le révélateur.»

Quand s’inquiéter?

L’étude récente du sociologue Patesson montre que, statistiquement, il est devenu «normal» d’emmener son nouveau compagnon aux toilettes, de le laisser à côté de son lit éteint pendant la nuit, de manger avec lui quand on est seul… Révélant par là que dans la grande majorité des cas, cette boulimie d’écran reste «ordinaire», commune à cette génération. Les heures passées sur écran ne seraient d’ailleurs pas un critère de troubles. «C’est ce qui revient le plus souvent comme première inquiétude en consultation, mais ce n’est pas un critère fiable pour parler d’usage problématique», témoigne la psychologue Mélanie Saeremans. «C’est surtout l’impact sur l’autonomie de l’adolescent et ce qu’il ne remplit plus comme rôle dans sa vie qui est déterminant», poursuit-elle. «S’il délaisse tout ce qu’il aimait faire avant, s’il décroche à l’école, s’endort en classe, ressent une fatigue oculaire, des vertiges, s’isole de ses amis, ment et manipule, est en conflit avec ses proches… alors que ce n’est pas son habitude.» Ce qu’Yves Collard nomme «la perte de sa liberté intérieure». L’étude de Patesson montre aussi que la qualité de la relation avec les parents (l’écoute, la confiance, la communication) constitue un facteur important de la dépendance, l’ado trouvant refuge derrière son écran, dernier repli s’il ne peut communiquer, se sent incompris et non valorisé.

Prévenir, accompagner, imposer

Une des clés est donc de com-muni-quer! S’intéresser à ce qu’il fait, l’inviter à partager la joie de ses découvertes, s’informer. Mais aussi réglementer! «Avec les familles que nous recevons à la Clinique du jeu, explique Mélanie Saeremans, nous devons surtout mener un travail psycho-éducatif sur les limites que les parents doivent poser. Les ados ont besoin d’un cadre clair auquel se confronter et nous aidons souvent les parents à le déterminer, en privilégiant le dialogue.»

Les bienfaits des jeux vidéo

Mélanie Saeremans, psychologue «On a pu démontrer que les jeux vidéo étaient positifs car ils développent des capacités opératoires (résolution de problèmes, mise en place de stratégies) et émotionnelles (le joueur s’identifie à son avatar et le fait évoluer à travers une histoire). Ils contribuent à outiller le jeune dans sa réflexion stratégique, dans sa capacité à se concentrer, sa capacité à innover, à prendre des décisions, à se concerter en groupe afin de résoudre des difficultés. Le jeu en réseau va également encourager la socialisation. Sauf pratique excessive et pathologique, il n’est pas synonyme de repli sur soi, bien au contraire.»

95,6%

C’est le pourcentage d’adolescents belges à posséder un smartphone (dont 78 % acheté neuf), d’après l’étude de René Patesson. Ils passent en moyenne 3 h 45/jour en semaine sur un écran, et 4 h 20/jour pendant le week-end.

Les conseils des psys

  • Soyez à l’écoute de ce que votre enfant/ado vit.
  • Imposez des règles de durée d’utilisation des écrans par jour (semaine et week-end) en prévoyant des moments sans écran. Ne jugez pas en bien ou en mal, posez juste des règles qui vous semblent justes (même si votre enfant les trouve ringardes).
  • Faites observer ces règles pour qu’elles soient tenues, donc «jouez au gendarme» si nécessaire.
  • Récompensez le respect des règles (en organisant une nuit du jeu vidéo avec ses meilleurs copains, par exemple).
  • Respectez les normes PEGI (limites d’âge pour les jeux), avec souplesse, selon la maturité.
  • Laissez l’ordinateur dans une pièce commune.
  • Utilisez les contrôles parentaux des consoles.
  • Montrez l’exemple.

POUR ALLER PLUS LOIN

Cyberdépendance et autres croquemitaines, Pascal Minotte, préface de Serge Tisseron, à télécharger gratuitement sur le site www.yapaka.be.

Texte: Stéphanie Grosjean

Continuez votre lecture ci-dessous, après la publicité

Attendez le prochain article de Femmes d’Aujourd’hui, il en vaut vraiment la peine :)