Témoignage: «Je suis un autiste insoupçonnable»

Il n’y a pas un autisme, mais des autismes. Certaines formes sont même indécelables. La preuve avec Hugo Horiot, comédien et écrivain français, autiste.

Quand, à 30 ans, Hugo Horiot sort son premier livre L’empereur, c’est moi et révèle son autisme, la presse refuse de le croire et demande des preuves. C’est vrai que l’homme s’exprime parfaitement. Même plus, il a le goût des mots et du beau langage. Nulle trace non plus dans son comportement de ce qu’on imagine être des manifestations de l’autisme: il est séduisant, sûr de lui, à l’aise sur scène ou devant les caméras. Hugo ressort alors un petit film, réalisé lorsqu’il avait 15 ans par son meilleur ami. On l’y voit, le corps raide et la voix lente, parler de son autisme*. La presse est convaincue: Hugo est invité sur tous les plateaux télé français.

Le courage d’une mère

«Jusqu’à l’âge de 6 ans, raconte-t-il, je ne parlais pas. J’évitais les regards, je tournais des roues, j’avais des gestes répétitifs, je ne cherchais pas le contact.» A 2 ans, on préconise pour lui un enfermement psychiatrique. Sa maman (la romancière Françoise Lefèvre, qui a raconté l’autisme de son fils dans Le Petit Prince cannibale et Surtout ne me dessine pas un mouton) l’emmène à l’hôpital de jour une, puis deux, trois, quatre fois par semaine avant de décider, mue par une formidable intuition, d’arrêter toute forme de traitement et de s’en charger elle-même. «Jamais je ne te livrerais en pâture aux institutions dites ‘spécialisées’, écrit-elle en postface de L’empereur, c’est moi. Ils ne me rafleraient pas ce que je considérais comme une de mes plus belles histoires d’amour.» «C’est essentiellement grâce à ma mère que mon autisme a diminué, explique Hugo. Elle a renoncé à tout pendant dix ans pour s’occuper de moi.» Fermement décidée à scolariser son petit garçon, Françoise Lefèvre lui apprend les lettres et les chiffres à 3 ans. «Comme je ne parlais pas, ma mère craignait qu’on ne m’accepte pas à l’école. Elle a alors décidé de me mettre à niveau avant. En une après-midi, elle m’a appris à reconnaître les lettres et les chiffres en les dessinant sur les murs de ma chambre. Grâce à elle, je savais lire, écrire et compter avant de sourire, parler et regarder. L’école a bien été obligée de me prendre.»

Le langage comme arme

Là, parmi les autres enfants, Hugo commence à se sentir différent. «Je détestais les enfants de mon âge. Courir dans la cour, jouer au ballon, ça ne m’intéressait pas.» Cette différence, les autres enfants la perçoivent très vite. «Toute ma scolarité, je l’ai vécue entre des élèves très cruels par rapport à la différence. Mes profs me reprochaient mon décalage, pensaient que j’aurais dû être en centre spécialisé.» Malgré tout, sa mère persiste dans sa décision. Elle le pousse même à faire un maximum d’activités «normales» (judo, escrime, musique, théâtre…). «Vers 6 ans, je me suis dit que si ma mère, la personne qui m’aimait le plus, se donnait tant de mal pour que j’accepte de vivre dans ce monde, ce serait peut-être bien que je le fasse.» Hugo se met alors à parler. Un peu. A 12 ans, comme on le dit trop taciturne et qu’on continue à le harceler, il décide de se mettre à parler extrêmement bien. «Puisque j’étais incapable de me défendre par les coups, j’allais donc combattre par le langage. Les mots qui sortiraient de ma bouche seraient mon arme.» Sa mère est alors convoquée: «Madame, il y a un problème: votre fils parle un langage soutenu. Ce serait bien qu’il cesse et qu’il se mette au niveau de ses camarades!»

Feindre la normalité

A 15 ans, Hugo profite de son entrée au lycée pour taire son autisme. «J’ai commencé à feindre la normalité en observant les autres. Comme un comédien qui répète. Je suis devenu insoupçonnable. Dissimulation? Imposture? Non. Survie. Parce que quand on est différent, on est mort.» Et parce qu’il a appris tout jeune à jouer la comédie, Hugo se retrouve en terrain connu lorsqu’il découvre le théâtre, qui devient sa passion, puis son métier. «Je suis avant tout devenu comédien par paresse, écritil dans Carnet d’un imposteur. Ayant dû mettre en scène et jouer un rôle de composition pour survivre, devenir un professionnel du spectacle se révélait la suite logique.»

Autiste à vie

Mais autiste, Hugo le sera à vie. Certains de ses comportements en attestent. «Je travaille très vite, j’ai une capacité de concentration très grande, ce qui me permet de retenir très vite mes textes. Mais je suis loin d’être Rain Man!» Côté relations sociales, «je m’encombre très peu, je ne côtoie que des gens avec lesquels je me sens bien, je n’aime pas les mondanités.» Les relations amoureuses sont elles aussi difficiles, comme il l’écrit dans Carnet d’un imposteur à propos de sa rupture avec la maman de son fils: «Tu dois vivre. Mais sans moi. Je ne sais pas composer avec les êtres. Je m’occupe des masses. La paix m’endort. La guerre me tient en éveil. Sans plan de bataille, je m’ennuie et je meurs.» A 30 ans, après des années de silence, Hugo éprouve soudain le besoin de parler de son autisme. Il sort son livre L’Empereur, c’est moi (éd. L’Iconoclaste). Ses proches tombent des nues: «En fait, on ne te connaissait pas.» Puis il l’adapte au théâtre. Dans son livre et dans sa pièce, le mot «autisme» n’apparaît jamais. «Ce n’est pas un livre ni un spectacle sur l’autisme, mais sur l’exclusion, le décalage. Plein de gens peuvent s’y reconnaître.» Il ne se veut pas non plus le porte-parole des autistes. Quand on lui demande un conseil pour les parents, il n’a que celui-ci: «Ne laissez pas ghettoïser votre enfant. Vous seuls savez ce qui est le mieux pour lui.»

* A voir sur www.hugohoriot.com.

«AVEC UN ACCOMPAGNEMENT PERSONNALISÉ, ON PEUT DIMINUER LES SYMPTÔMES DE L’AUTISME.»

Le cas d’Hugo Horiot n’étonne pas Florent Chapel, ce père d’un enfant autiste, membre du Collectif Autisme en France et auteur, avec Sophie Le Callennec, de Autisme: la grande enquête (éd. Les Arènes). Pour lui, il n’y a pas un autisme, mais des autismes, avec des degrés d’atteinte qui varient très fort et peuvent diminuer, parfois totalement, par un recours aux bonnes méthodes.

Que sait-on aujourd’hui de l’autisme?

On a la certitude qu’il a une origine génétique. Il touche 4 à 5 fois plus les garçons, davantage les populations blanches et se développe en fonction de facteurs environnementaux, sans doute extrêmement variés.

La neuro-imagerie a-t-elle permis de mieux comprendre ce trouble?

Désormais, on sait que l’autisme consiste principalement en une difficulté de socialisation –probablement liée à une mauvaise capacité à comprendre les intentions des autres – et une difficulté à se faire comprendre, ce qui pourrait expliquer des compor-tements tels qu’angoisse, agitation, comportements répétitifs…

Vous préconisez certaines méthodes?

Les méthodes éducatives et comportementales sont basées sur du bon sens: apprendre à l’enfant à communiquer, le récompenser lorsqu’il a un comportement adéquat, morceler les apprentissages… L’efficacité de ces méthodes a été prouvée. D’autant plus lorsque le travail est réalisé conjointement par les parents et les éducateurs, qu’il est entrepris le plus tôt possible (entre 6 et 15 mois) et de manière intensive (pour en savoir plus: www.inforautisme.be).

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