maman solo
"Ce qui compte vraiment, c'est que mes enfants se sentent heureux et aimés. Le reste, je fais comme je peux", nous dit une témoin. © Andrea Piacquadio/Pexels

Organisation, finances: 4 mamans solos partagent leurs bons plans

Élever un enfant seule, c’est souvent “la débrouille”. Violaine, Nina, Ottilie et Charlotte nous partagent leurs défis quotidiens et leurs filons pour les surmonter.

En Belgique, 496.900 familles sont monoparentales (selon les chiffres de l’économiste Philippe Defeyt, avril 2025), et dans 8 cas sur 10, c’est une femme qui en tient les rênes. Entre charge mentale, organisation millimétrée et quête d’équilibre, ces mères solos composent avec une énergie et une inventivité souvent méconnues. Certaines trouvent du soutien dans la solidarité entre femmes, d’autres dans des astuces très concrètes pour alléger le quotidien. 4 d’entre elles nous racontent comment elles s’en sortent et s’épanouissent.

Violaine, 6 enfants: une organisation stricte

Violaine, 32 ans, d’Hanzinelle, s’occupe seule de ses 2 enfants et des 4 enfants de sa sœur décédée. “Je suis maman de 2 garçons, âgés de 6 et 11 ans. Il y a 5 ans, je me suis séparée de leur papa et, depuis 2 ans, j’en ai la garde exclusive. Cette rupture a été un soulagement: avant, je passais mon temps à demander de l’aide à quelqu’un qui n’était jamais présent. En me retrouvant seule, je ne pouvais me reposer que sur moi-même et, paradoxalement, cela m’a libérée d’un poids.”

Dans cette épreuve, Violaine a toujours pu compter sur sa famille et notamment sur sa sœur aînée, Sophie, elle aussi séparée du père de ses enfants. “Nous étions très fusionnelles et passions énormément de temps ensemble. C’était comme si nous formions une seule et grande famille.”

Dans son testament

Mais en 2021, leur vie bascule. Sophie apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Les métastases se multiplient et, malgré les traitements, la maladie progresse. “J’ai emménagé chez ma sœur pour pouvoir m’occuper d’elle, de sa maison et de ses enfants. Comme ceux-ci n’avaient plus de contact avec leur papa, il était évident que, si elle venait à disparaître, je m’occuperais d’eux comme si c’était les miens. Nous sommes allées ensemble chez le notaire pour l’inscrire dans son testament.”

Ces dernières années, je me suis beaucoup oubliée pour m’occuper des autres.

Quand Sophie décède le 3 décembre 2024, Violaine devient officiellement famille d’accueil des enfants (de 7, 12, 14 et 16 ans). Du jour au lendemain, la voilà à la tête d’une tribu de 6. “Ce fut un énorme bouleversement! Je devais gérer mon propre chagrin suite à la perte de ma sœur, accompagner mes neveux dans leur douleur et, en même temps, assurer l’organisation du quotidien. J’avais souvent envie de craquer (et cela m’arrive encore), mais je devais rester forte en tant que véritable pilier de la famille.”

Routine militaire

Pour tenir le rythme, Violaine met en place une organisation stricte. “Chaque jour, je lance une lessive, sinon le linge s’accumule à une vitesse folle. Les bains, les repas, le coucher: tout est réglé à heure fixe. Au début, je voulais tout assumer seule, mais très vite, j’ai compris que je devais accepter l’aide qu’on me proposait. Certains proches m’apportent parfois des plats ou me dépannent pour des trajets.

Je n’ai pas les moyens de payer une aide-ménagère, alors j’essaie de responsabiliser les enfants. Chacun participe aux tâches: la vaisselle, le rangement, mettre ou débarrasser la table… Côté cuisine, pas question d’y passer des heures! Je privilégie les repas simples et rapides à préparer.”

Manque d’argent et de temps

Violaine l’avoue: financièrement, c’est compliqué. “Rien que pour les courses au supermarché, je dépense environ 1000 euros par mois! Alors, j’essaie d’économiser là où je peux. J’achète nos vêtements en seconde main et j’ai appris, grâce à des tutos sur Internet, à couper les cheveux moi-même, sans devoir passer par le coiffeur.”

Sur les conseils de mes proches, j’ai décidé de penser davantage à moi.

Trouver du temps pour elle est bien entendu un vrai défi. “Ces dernières années, je me suis beaucoup oubliée pour m’occuper des autres. Sur les conseils de mes proches, j’ai décidé de penser davantage à moi. Une baby-sitter du quartier va venir m’aider régulièrement. Cela va enfin me permettre de voir des amis, de me balader et de reprendre le sport. Je sens que j’en ai besoin. On dit toujours que, dans un avion, il faut mettre son masque à oxygène avant de secourir ses enfants. J’ai compris que c’était vrai aussi dans la vie. Pour prendre soin d’eux, je dois d’abord prendre soin de moi!”

Nina, 1 enfant: une colocation de parents solos

Nina, 44 ans, de Braine-l’Alleud, vit avec son fils de 12 ans. “Léon et moi vivons à Braine-l’Alleud, dans une grande maison en colocation. Nous sommes 4 adultes et 2 enfants: un papa solo et sa fille de 16 ans, ainsi qu’un homme et une femme, qui ont chacun leur chambre, c’est ma 3e expérience de colocation.”

Nina s’est séparée du papa de Léon en 2019. “À l’époque, j’étais dans une situation financière critique. Je ne pouvais pas me permettre de louer seule un appartement avec mon fils. Un jour, je suis tombée sur une annonce Facebook d’adultes cherchant à compléter leur coloc. J’étais la seule maman solo, mais ils ont accroché à notre profil. Léon et moi y sommes restés un an et demi. Ensuite, j’ai rejoint une colocation appelée ‘Les Libellunes’, pensée pour accueillir des femmes en transition (après un burn-out, une séparation ou un autre bouleversement de vie). Nous étions 2 mamans solos et 2 femmes célibataires, ce qui créait un bel équilibre. J’y suis restée 3 ans.”

Jamais totalement seule

Quand son fils entre en secondaire, Nina cherche à se rapprocher de son école à Braine-l’Alleud. Mais trouver une coloc adaptée se révèle compliqué. Elle a alors l’idée de créer le groupe Facebook “Colocations parents solos Belgique” pour mettre en lien des parents, des propriétaires et des personnes qui aiment vivre avec des enfants sans forcément en avoir. Aujourd’hui, le groupe compte plus de 1400 membres!

Ce mode de vie m’apporte énormément. Sur le plan humain, je ne me sens jamais totalement seule.

La coloc actuelle de Nina fonctionne de manière assez autonome. “Nous organisons des réunions quand il y a des décisions à prendre, comme récemment, lorsque nous avons choisi d’adopter des poules. Le reste du temps, chacun vit à son rythme, tout en partageant des moments ensemble, quand l’occasion se présente.”

Contre la solitude

“Seule avec mon fils, je n’aurais jamais pu nous offrir une si belle maison, près du centre-ville de Braine-l’Alleud, avec un jardin et de grands espaces communs. Sur le plan humain, je ne me sens jamais totalement seule, même quand Léon est chez son papa. Après une séparation, on passe brutalement d’une vie de famille à une vie où, une semaine sur 2, on se retrouve sans son enfant. La colocation m’a permis de combler ce vide. J’ai pu recréer un équilibre et un nouveau réseau, aussi bien pour moi que pour mon fils.

Nina a cependant un regret: que la colocation reste entourée de préjugés. “Beaucoup l’associent aux étudiants, alors qu’en réalité, c’est une solution de vie écologique, solidaire et épanouissante. Pour moi, la coloc a été une véritable bouée de sauvetage. C’est pourquoi j’encourage toutes les mamans séparées à oser faire preuve de créativité et, pourquoi pas, à inventer leur propre modèle de vie!”

Ottilie, 3 enfants: chasser les bonnes affaires

Ottilie, 29 ans, de Tournai, raconte: “J’ai 3 enfants de pères différents. Mes aînés, âgés de 8 et 5 ans, n’ont jamais été reconnus par leur papa, donc je m’occupe d’eux à 100%, sans aide financière, ni garde partagée. Le père de ma dernière est plus présent. Malgré un métier très prenant, il vient nous voir régulièrement et verse une pension alimentaire, mais ma fille vit à temps plein avec moi.”

Avant sa première grossesse, Otillie travaillait dans l’horeca, mais les horaires décalés n’étaient plus compatibles avec son rôle de maman solo. “Depuis 7 ans, je me suis reconvertie en tant qu’aide-ménagère, un métier fatigant, mais aux horaires mieux adaptés à mon mode de vie actuel. Pour subvenir aux besoins de mes enfants, j’ai également pris un second emploi en extra. Je travaille en journée dans un petit café où mon patron est très compréhensif et me laisse organiser mes heures de boulot selon mes disponibilités.”

Malgré cela, certaines fins de mois sont difficiles: “Je réfléchis à chaque achat et je privilégie les besoins des enfants avant les miens. Près de chez moi, il y a une donnerie. J’y récupère souvent des vêtements gratuits, pour mes enfants, qui grandissent tellement vite. Et j’y dépose, à mon tour, les affaires de ma cadette quand elles sont trop petites.”

La reine des bons plans

Au quotidien, Ottilie reste à l’affût des promotions. “Pour les vacances, je pars chaque année dans un Sunparks avec mes enfants grâce à des réductions trouvées sur le site Internet d’enchères vavabid.be. Ça me permet d’économiser jusqu’à 200€ sur le séjour. On y trouve aussi souvent des tarifs attractifs pour les parcs d’attractions. Et pour les courses, j’utilise l’application Too Good To Go qui propose de récupérer des paniers repas ou produits invendus à prix réduit. Il y en a souvent au supermarché près de chez moi. Ça m’aide beaucoup à réduire mon budget alimentaire.”

Je réfléchis à chaque achat et je privilégie les besoins des enfants avant les miens…

Pour gérer ses finances et prendre conscience de ses dépenses, la jeune femme note chaque centime qui entre et sort dans un carnet. “L’argent que je mets de côté, je le place précieusement dans une tirelire pour visualiser mes économies et me fixer des objectifs. Mon prochain gros projet? M’acheter une maison l’année prochaine!”

Du temps pour soi

Niveau organisation familiale, tout est minutieusement programmé dans la vue d’Ottilie et de ses enfants. “Je fais mes courses, seule, tous les lundis matin, quand je ne travaille pas, et j’établis des menus à l’avance pour acheter uniquement ce dont nous avons besoin. Avant d’aller dormir, je prépare tout pour le lendemain: les vêtements et cartables de chacun, le petit-déjeuner…”

Trouver du temps pour soi reste le plus compliqué dans sa vie de maman solo. “Avec 3 enfants, à mon âge, mon cercle social s’est progressivement réduit, mais j’ai la chance de pouvoir compter sur ma meilleure amie, la marraine de mes enfants. Elle s’en occupe à la maison une fois par semaine, ce qui me permet de souffler un peu et de garder un minimum de vie sociale.”

Ottilie tire une grande leçon de son expérience: “En tant que maman solo, on a souvent envie de jouer à la super-héroïne et de prouver à tout le monde qu’on peut se débrouiller seule. Mais il faut savoir retirer sa cape et accepter les coups de pouce car c’est normal de craquer de temps en temps. On reste des humains avant tout!”

Charlotte, 2 enfants: trouver soutien et réconfort

Charlotte, 39 ans, de Bruxelles, s’est séparée il y a un peu plus de 4 ans. “Nous partageons la garde de nos enfants de 11 et 8 ans. Après notre rupture, trouver un logement seule s’est révélé un véritable parcours du combattant. Les propriétaires faisaient beaucoup moins confiance à une maman avec un seul revenu. J’ai fini par dénicher un appartement 2 chambres, mais le loyer représentait plus de la moitié de mon salaire d’institutrice!”

Pour s’en sortir, Charlotte donne des cours particuliers en plus et doit revoir son mode de vie. Faire appel à un(e) baby-sitter? Un luxe qu’elle ne peut plus se permettre. “Avec d’autres mamans, nous avons créé un petit réseau d’entraide. On garde les enfants les unes des autres quand c’est nécessaire.”

Lâcher du lest

Charlotte apprend aussi à lâcher prise sur ses idéaux de “maman parfaite”. “Aujourd’hui, j’accepte d’être une mère ‘relativement correcte’. Ce n’est pas dramatique si mes enfants passent un peu plus de temps devant les écrans un soir ou s’ils ne mangent pas chaque jour des petits plats bio faits maison. Ce qui compte vraiment, c’est qu’ils se sentent heureux et aimés. Le reste, je fais comme je peux.”

La charge mentale ne disparaît pas, même à distance.

Ce qui la pèse le plus au quotidien? La charge mentale. “Même avec la garde alternée, elle ne diminue pas vraiment: elle se transforme en charge mentale à distance! Je pense toujours aux devoirs, aux pique-niques, aux sacs de piscine… sauf qu’en plus, je dois envoyer des rappels par SMS à leur père et vérifier ensuite que tout a été fait! Ce qui me remonte un peu le moral, c’est de suivre le compte Instagram humoristique La magie de ton ex qui compile les messages les plus cocasses entre parents séparés. C’est hilarant. Et parfois, mieux vaut en rire qu’en pleurer!”

La force des mots

Ce qui l’aide à tenir aussi, c’est l’écriture. “Je suis autrice et je monte sur scène chaque mois avec un collectif de 8 femmes, baptisé ‘Les Confidentielles’. À la manière d’un cabaret littéraire, nous partageons des récits autobiographiques, intimes, parfois politiques. Moi, je parle beaucoup de ma vie de maman solo, parce que c’est une part énorme de qui je suis. Et souvent, après le spectacle, des femmes viennent me dire qu’elles se reconnaissent dans mes mots. Ces échanges sont précieux, car ils nous permettent de nous sentir moins seules.”

Charlotte milite pour les droits des femmes, et en particulier des mères, car elle le constate: “La charge mentale repose encore trop souvent sur elles, même auprès d’hommes qui se disent déconstruits. Malheureusement, le patriarcat reste bien ancré.”

Aides et réseaux pour mamans solos en Belgique

Vous aussi, vous élevez vos enfants seule? Si comme Nina, Ottilie, Charlotte et Violaine, vous cherchez du soutien, des conseils et des bons plans, consultez notre bible des bonnes adresses et ressources.

Texte: Gwendoline Cuvelier

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