La charge mentale est-elle un truc d’hétéro?

La charge mentale est-elle un truc d'hétéro?
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Dans une société où les femmes luttent encore sévèrement pour se délester de la charge mentale, nous nous sommes demandé si cette dernière était mieux répartie au sein des couples homosexuels. Et avons posé la question à une lectrice ayant vécu avec un homme, puis avec une femme.

Entré dans le Larousse en 2020, le terme de “charge mentale” fait couler beaucoup d’encre. Pour preuve, les différents témoignages de femmes au bout de leurs réserves, lasses d’avoir à gérer la logistique incombant à la vie de famille: s’occuper des lessives, dresser la liste des courses, préparer les panades, puis les boîtes à tartines, conduire les enfants à l’école et aux activités extra-scolaires, penser aux rendez-vous médicaux, s’assurer que les devoirs sont faits, ne pas oublier les cadeaux pour les copains de classe… Penser à tout, tout le temps, en ayant bien souvent une vie professionnelle active. Cette charge mentale peut, à terme, peser lourd sur les épaules des femmes et les mener à l’épuisement, voire au burn-out.

De nombreuses femmes pointent du doigt le manque d’implication de leur partenaire masculin dans les tâches nécessaires au fonctionnement du foyer, mais doit-on pour autant penser que la charge mentale est l’apanage des hétéros? Et que les couples homosexuels y échapperaient davantage? C’est la question que nous avons posée à Natalia, 41 ans, en couple depuis huit ans avec une femme, et ayant vécu plus de dix ans avec un homme avec qui elle a eu deux enfants. Son témoignage, qui lui est propre, ne fait par définition pas office de vérité générale.

La charge mentale, un problème d’hétéro?

Dans son ancienne vie de couple, Natalia et son conjoint avaient une organisation familiale relativement équilibrée: “Mon ex a été élevé par une maman qui lui a appris à participer activement aux tâches ménagères. Pour lui, c’était donc assez naturel de s’impliquer dans la vie de famille: il faisait les courses, allait conduire les enfants à la crèche ou à l’école, s’occupait du ménage… au même titre que moi. Et cela n’a jamais été un problème pour lui”.

Une manière de fonctionner qui était par contre dérangeante aux yeux de la famille de Natalia: “Je viens d’une famille très conservatrice. J’ai deux frères, mais c’est ma mère et moi qui gérions seules la maison. Jamais elle n’aurait pensé demander à l’un de mes frères de faire la vaisselle alors que, pour ma part, dès que j’ai été en âge de passer l’aspirateur ou de repasser, elle n’hésitait pas à me solliciter”.

Des remarques qui ont créé un sentiment de culpabilité chez la jeune femme: “À force d’entendre que prendre en charge les tâches inhérentes à la vie de famille était mon rôle et pas celui de mon conjoint, j’ai souvent eu la sensation d’être une conjointe et une mère pas vraiment à la hauteur”.

Une séparation et une rencontre avec une femme

Il y a huit ans, Natalia se sépare du père de ses enfants et s’installe dans un petit appartement. Elle renoue avec une amie, et très vite, les deux femmes se rapprochent et tombent très amoureuses l’une de l’autre. Elles décident de vivre leur histoire d’amour au grand jour, tout en gardant chacune leur logement, le temps que les choses se mettent en place. “On a fait les choses step by step, comme on dit: quand j’avais mes enfants, elle venait souvent nous rejoindre; quand mes enfants étaient chez leur papa, je me rendais chez elle… Mais on avait aussi pas mal de temps l’une sans l’autre. À ce moment-là, c’était chacune son organisation, chacune sa logistique et donc chacune sa charge mentale”.

C’est lorsque l’envie est venue de s’installer et de former une famille recomposée que la charge mentale s’est immiscée dans la vie du couple. “C’était la première fois que ma compagne vivait avec une autre personne et, comme de son côté elle n’a pas d’enfant, elle n’avait jamais eu à prendre en compte que sa propre organisation… Inutile de vous dire que cela n’a pas été simple”.

Une plus grande charge mentale que dans son précédent couple

“Contrairement à mon ex-mari, ma compagne est quelqu’un de moins axé sur les tâches quotidiennes et l’organisation. Elle a été éduquée par des parents qui l’ont poussée à s’investir dans ses loisirs, ce qui fait d’elle une personne très riche intellectuellement et passionnée, mais de ce fait, les tâches ménagères ne sont pas un but en soi pour elle et certaines passent hors de son intérêt. Ce n’est pas tant qu’elle le fasse exprès, mais cela ne lui saute pas aux yeux. Pour moi, oui, vu mon éducation”.
Des différends qui ont créé des frictions entre les deux femmes et qui ont mis en lumière une réalité pour notre témoin: la charge mentale serait plutôt un problème de couple, peu importe le genre des individus qui le composent! “Je ne demande aucune participation pour gérer mes enfants, puisque la parentalité est le chemin que j’ai choisi (c’est celui qu’elle a emprunté par amour pour moi) mais pour ce qui est de la gestion de la maison, je dois bien l’avouer, il y a eu des râleries lorsque certaines missions n’étaient pas faites et que je devais donc m’en charger”.

En parler, et vite

Si, au début, Natalia garde ses irritations pour elle, elle comprend rapidement que le sujet doit être abordé avec son amoureuse: “Après avoir lu pas mal de livres sur le sujet, j’ai compris qu’il était important de faire état des choses et de trouver notre manière de fonctionner en tant que duo. Ce qui est drôle, c’est que souvent, quand je parle du fait que je suis en couple avec une femme, on me dit que ça doit être plus facile au niveau des tâches, mais ce n’est pas forcément le cas! S’il y a pas mal de stéréotypes autour du couple hétéro, il en existe énormément autour du couple homosexuel, et celui de la charge mentale en fait partie”.

La charge mentale n’a pas de genre

“Pour moi, poursuit Natalia, il est réducteur de penser que la charge mentale est l’apanage des femmes. On oublie alors qu’un couple, c’est la rencontre de deux personnes ayant chacune une éducation, des croyances, une histoire et un quotidien (souvent) différents. À mon sens, c’est tout ce qui précède qui fait que les tâches familiales – et la charge mentale qui en découle – sont bien réparties ou pas”. Pensez notamment aux colocations unisexes: certaines étudiantes ne mettaient jamais la main à la pâte, certains étudiants non plus. Question d’éducation, de respect de l’autre…

Pour notre intervenante, l’idéal serait donc de ne plus donner de genre à la charge mentale pour qu’elle ne soit plus vue comme un problème typiquement hétérosexuel (une stigmatisation supplémentaire entre hétéros et homos).

Un avenir plus serein?

Pourquoi diable alors les femmes se plaignent-elles plus de leur conjoint que l’inverse? Parce que dans les faits, les choses ne sont pas encore tout à fait égales chez les plus de 30 ans. Des hommes bien éduqués, il y en a des tas. Des hommes qui prennent les choses en main et qui anticipent (c’est la clé), aussi. Mais ils sont plus nombreux dans la nouvelle génération. Parce que les parents, l’école et les médias sensibilisent davantage qu’avant à l’égalité des genres.

Une lecture à conseiller

Natalia nous conseille cet essai féministe, qui l’a aidée à réfléchir et à communiquer autour du sujet de la charge mentale. Paru aux éditions Fayard, il est vendu au prix de 17€ sur le site de la Fnac.

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