Écrans: mon ado est-il addict?

Écrans: mon ado est-il addict?
©Getty Images

La cyberdépendance est un mot qui fait peur à de nombreux parents, tant les ados d’aujourd’hui peuvent paraître accros aux écrans. À partir de quand faut-il s’inquiéter? Une psy nous donne ses pistes.

Dans la rue, le métro, les centres commerciaux, à l’école… Les ados ne se déplacent plus sans leur smartphone vissé à la main. Ils semblent même obnubilés par leur écran: du niveau qu’ils veulent atteindre dans Fortnite aux stories qu’ils partagent sur les réseaux, c’est toute leur vie qui tourne autour du virtuel.

De leur côté, les parents s’interrogent sur les profils avec lesquels leurs ados jouent en ligne et sur leur santé physique et mentale. “Ils craignent que leurs enfants soient victimes de cyberharcèlement ou dépendants aux écrans”, nous explique Mélanie Saeremans, psychologue et coordinatrice de la Clinique du jeu et des addictions comportementales du CHU Brugmann, à Bruxelles.

Seraient-ils tous accros?

On pense souvent qu’un ado peut devenir addict aux écrans comme à une substance psychotrope. À la différence de la drogue, de l’alcool ou de la cigarette, les écrans ne contiennent pourtant pas de substance addictive en tant que telle et n’ont donc pas d’effet interne direct sur l’individu. “Les symptômes diffèrent peu de ce que l’on connaît des addictions classiques, mais cela reste des analogies, des apparences… et non une réelle ressemblance”, expliquait le sociologue René Patesson (ULB), dans une étude publiée en 2017 sur l’usage du smartphone, réalisée auprès de 1589 jeunes de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

La vraie dépendance, rare et signe de mal-être

“Beaucoup de parents viennent en consultation avec un diagnostic tout fait et de grosses inquiétudes”, explique Mélanie Saeremans, psychologue. Et de poursuivre: “En réalité, cette étiquette de cyberdépendance n’est adaptée qu’à une infime minorité de jeunes. Elle ne concerne d’ailleurs souvent pas les ados, mais plutôt de jeunes adultes chez qui d’autres troubles psychologiques entrent en jeu. La vraie dépendance aux écrans est assez rare, et c’est souvent le signe que l’ado est en proie à des problèmes plus profonds”.

Si la consommation d’écran est réellement excessive, il y a lieu de comprendre pourquoi l’ado en fait son ultime refuge. “Pour la plupart des jeunes qui viennent chez nous, l’usage problématique est un symptôme parmi d’autres, qui révèlent plus généralement un trouble général de l’adaptation (contexte de vie difficile, gestion émotionnelle compliquée…), précise Mélanie Saeremans, qui rappelle que le propre de l’adolescence est souvent d’être dans l’excès.

Les bienfaits des jeux vidéo

Si l’on regarde la situation sous un autre angle, on se rend compte que l’usage d’Internet peut aussi s’avérer bénéfique: “Quand un ado est sur un écran, il joue, se socialise, s’informe, écoute de la musique, regarde des vidéos…”, explique Yves Collard, formateur de l’ASBL Média Animation. Selon lui, Internet est un outil indispensable aux familles, un produit qui évolue et propose de plus en plus de services et d’usages nécessaires à notre mode de vie moderne.

Selon Mélanie Saeremans, les bienfaits des jeux vidéo, eux, ne sont plus à prouver. “On a pu démontrer que les jeux vidéo étaient positifs pour les ados: ils développent des capacités opératoires grâce à la résolution de problèmes et la mise en place de stratégies, aussi émotionnelles, puisque le joueur s’identifie à son avatar et le fait évoluer à travers une histoire”. Ils contribuent à outiller le jeune dans sa réflexion stratégique, dans sa capacité à se concentrer, à innover, à prendre des décisions, à se concerter en groupe afin de résoudre des difficultés. “Le jeu en réseau va également encourager la socialisation. Sauf pratique excessive et pathologique, il n’est pas synonyme de repli sur soi, bien au contraire”.

Quand faut-il s’inquiéter?

L’étude du sociologue René Patesson indique que cette boulimie d’écran est devenue pour le moins commune à cette génération actuelle d’ados. “C’est ce qui revient comme première inquiétude en consultation, mais ce n’est pas un critère fiable pour parler d’usage problématique”, précise Mélanie Saeremans. Ainsi, c’est surtout l’impact sur l’autonomie de l’adolescent et ce qu’il ne remplit plus comme rôle dans sa vie qu’il faut surveiller lorsqu’on suspecte une cyberdépendance. Les bonnes questions à se poser:

  • Est-ce qu’il délaisse tout ce qu’il aimait faire avant?
  • Décroche-t-il à l’école?
  • S’endort-il en classe?
  • Ressent-il une fatigue oculaire ou est-il victime de malaises?
  • S’isole-t-il de ses amis? Est-il en conflit avec des proches alors que ce n’est pas son habitude?
  • Ment-il? Manipule-t-il?

Si la réponse est oui à plusieurs des précédentes questions, il y a effectivement lieu de consulter un spécialiste.

Imposer ses règles

Pour qu’un ado puisse avoir une relation saine avec les écrans, une des clés est de communiquer! Selon Mélanie Saeremans, la relation qu’il entretient avec ses parents a d’ailleurs un rôle important à jouer: “C’est au(x) parent(s) d’accompagner l’ado dans son utilisation des écrans, et de le prévenir des dangers d’Internet tout en lui posant des limites réalistes d’utilisation. S’intéresser à ce qu’il fait, l’inviter à partager la joie de ses découvertes, s’informer avec lui est donc très important”.

“À la clinique du jeu, nous devons surtout mener un travail psycho-éducatif sur les limites que les parents doivent poser. Les ados ont besoin d’un cadre clair auquel se confronter et nous aidons souvent les parents à le déterminer, en privilégiant le dialogue. Ce que l’on sait aussi, c’est que lorsque la relation parent-ado n’est pas au beau fixe, ce dernier va avoir tendance à trouver refuge derrière son écran, qu’il considère presque comme le dernier repli possible s’il ne peut communiquer”.

Les conseils des psys pour une utilisation positive

  • Soyez à l’écoute de ce que votre enfant/ado vit.
  • Imposez des règles de durée d’utilisation des écrans par jour (semaine et week-end) en prévoyant des moments sans écran. Ne jugez pas en bien ou en mal, posez juste des règles qui vous semblent justes… même si votre enfant les trouve ringardes.
  • Faites observer ces règles pour qu’elles soient tenues, ce qui implique de “jouer au gendarme” si nécessaire.
  • Récompensez le respect des règles (en organisant une nuit du jeu vidéo avec ses meilleurs copains, par exemple).
  • Respectez les normes PEGI (limites d’âge pour les jeux), avec souplesse, selon la maturité.
  • Laissez l’ordinateur dans une pièce commune.
  • Utilisez les contrôles parentaux des consoles.
  • Montrez l’exemple.

Texte: Stéphanie Grosjean, adaptation Web: Tatiana Czerepaniak

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