Lettre à l’enfant que j’étais
Que diriez-nous à la petite fille que vous étiez si vous en aviez la possibilité? Quels souvenirs partageriez-vous avec elle? De quels événements actuels lui parleriez-vous? Quelle leçon de vie lui transmettriez-vous?
Et si on donnait des nouvelles à l’enfant que nous étions? 4 journalistes de la rédaction ont fait l’exercice… avec beaucoup d’émotions!
“Aie confiance en toi et sache que cette petite fille joyeuse sera toujours au fond de toi, même quand tu la penseras disparue.”
Réalisation et apaisement
Justine,
Regarde, je te publie cette lettre dans le magazine pour lequel tu écris chaque semaine. Waouh, tu peux être fière de toi, toi qui, déjà toute petite, écrivais dans tes carnets d’amitiés Diddl que tu voulais devenir journaliste. Tu as réalisé ton rêve de petite fille à force de travail, mais surtout de passion et tu peux aujourd’hui vivre d’un métier qui te fait vibrer.
Pourtant, il t’en a fallu du temps pour te faire un peu confiance, pour te donner un peu de valeur, car certaines épreuves t’ont poussée à te détester et à faire taire cette adorable petite blondinette crollée et pleine de vie qui existait en toi. L’estime de toi a toujours été très compliqué et tu fais partie de ces personnes que l’anxiété ronge. Imaginer le pire scénario, prévoir tout ce qui pourrait toujours mal se passer, douter de tout, tout le temps… oh que c’est épuisant! Mais petit à petit, ne te tracasse pas: tu vas trouver un certain type de sérénité. Quel bonheur de se voir évoluer au fil des années.
Et tu sais quoi? C’est en farfouillant dans ce qui te faisait vibrer petite fille que tu trouveras l’apaisement. En plongeant des heures dans tes livres et tes bédés, en allant jouer dans la nature, en te reconnectant à la petite fille créative que tu étais, et que tu as parfois oubliée. Tu vas te mettre à la photo et tu vas adorer ça, tu vas éduquer un petit chien qui ressemble fortement à ton doudou souris que tu emmenais partout (coïncidence? Je ne pense pas!), tu vas rencontrer un homme qui te respecte et qui te donnera même envie de fonder peut-être un jour une famille, tu vas apprendre à te mettre en priorité, à poser tes limites.
Alors par contre, tu garderas ton côté volcanique, celui qui te faisait piquer des crises enfant, et te jeter à terre de temps en temps. Mais tu apprendras, avec le temps, à exprimer tes émotions désagréables, à tempérer ce feu en toi, mais surtout à accepter ta sensibilité et cette impulsivité qui te caractérisait déjà enfant. À l’apprivoiser. Non, tu n’es pas une enfant “colérique”: tu es juste une enfant qui a besoin qu’on l’écoute, qu’on lui demande comment elle se sent, une enfant qui supporte mal l’injustice. Alors plus tard, tu feras de cette sensibilité une force, en développant une empathie dont tu as peut-être manqué petite. En faisant de ton écoute aux autres ton petit pouvoir magique.
Alors, aie confiance en toi et sache que cette petite fille joyeuse sera toujours au fond de toi, même quand tu la penseras disparue.

“Tu vois que tu l’avais déjà en toi, cette force… Tu peux sourire en grand aujourd’hui.”
Force et polyvalence
Nathalie,
Quand je te vois, la mâchoire tremblante, les larmes au bord des yeux, avec ces petites fossettes que tu as encore aujourd’hui et que tu as léguées à tes filles, je me dis que jamais tu n’aurais imaginé être là où tu es aujourd’hui, à l’aube de tes 60 ans. C’était ton 1er jour d’école primaire, toi, la petite fille timide, un peu rondelette, grande sœur d’un frère plutôt “turbulent”, élevée par tes parents médecins, mais aussi par des jeunes filles au pair, qui ne restaient jamais très longtemps…
Je te vois vulnérable, mais je sens aussi une grande force… en devenir. Malgré ton stress et sans doute un peu ta peur, tu tiens le coup, les larmes ne coulent pas, tu esquisses presque un sourire… pour faire plaisir aux autres. C’est tout toi, ça. Faire plaisir aux autres. C’est ta façon de te faire aimer. Tu feras plaisir en étant une bonne élève, tu ne diras rien quand tes profs de rhéto donneront tous les prix que tu méritais à quelqu’un d’autre, tu t’inscriras en fac’ de droit parce que “quand on est littéraire, on devient juriste. Si on ne l’est pas, on est médecin ou polytechnicien”.
Puis tu basculeras: 1er échec, un vrai. Ça a été dur, hein? Violent même… Fin des études juridiques. C’est un tirage au sort qui décidera de ton avenir: journaliste ou criminologue? Ce sera journaliste. Et pourtant, tu voulais vendre des fleurs à la Grand-Place ou des gaufres au Bois de la Cambre… Ta créativité gourmande pointait déjà le bout de son nez. Mais tu n’as pas insisté. Pour faire plaisir. Tu as réussi ton master haut la main, et tu y as sérieusement pris goût. Tu as aiguisé ta plume à gauche et à droite, alors que ta bonne-maman avait fait (presque) toutes tes rédactions et dissertations! C’est le comble quand même!
Journaliste free-lance pour Flair et La Lanterne (aujourd’hui La Capitale), attachée parlementaire pour un syndicaliste français, employée au service communication de 2 ministres, attachée de presse dans une société américaine de relations publiques, tu as croisé la route de Femmes d’Aujourd’hui quelques mois avant tes 35 ans. À ce moment-là, tu as déjà tes 2 filles et tu es mariée depuis 10 ans.
Femmes d’Aujourd’hui… Moi, je dis, un concours de circonstances, une disponibilité et beaucoup de chance. D’autres disent une attitude positive, une passion tangible et une compétence de couteau suisse… Force et polyvalence: une comparaison qui te colle encore tellement à la peau. Et qui t’a aidée à traverser toutes ces années: tu as divorcé, vendu ta maison, fait de la télé, retrouvé un nouveau nid, intégré le coming-out de ton ex, créé une relation complice avec tes filles, tu as fait 23 ans de journalisme culinaire et aujourd’hui, tu es rédac’ cheffe… Tu vois que tu l’avais déjà en toi, cette force… Tu peux sourire en grand aujourd’hui. Continue de faire plaisir aux autres, c’est ton ADN, mais en te faisant plaisir aussi… et d’abord. Ça va aller 😉

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“Ce que tu ne savais pas à l’époque, c’est que tout ce qui faisait ta différence deviendrait un jour ta force.”
La force des différences
Chère petite Christelle,
Tu vas t’en souvenir toute ta vie, de cette journée d’hiver dans la cour de récré écrasée de neige alors que tu as 10 ans. Ce souvenir a-t-il duré une heure, un jour, une semaine, un mois, une année? En tout cas, c’est l’image que tu vas retenir de ta scolarité primaire. Il y en avait pourtant sûrement d’autres…
Tu étais seule, face à tes “copines” qui, menées par une nouvelle élève, avaient décrété du jour au lendemain que tu n’étais plus leur amie et te bombardaient de boules de neige et de haine… Il n’y avait que ta petite sœur pour veiller sur toi à quelques pas de là, impuissante, mais présente.
Tes “défauts”? Ne pas être comme elles. Trop appliquée en classe, trop sensible, trop stressée par les actualités, trop timide, trop choyée par tes parents, trop gentille – tu partageais avec elles les collations préparées par ta maman. Avec ton manteau et tes cache-oreilles rouges, ton goût pour les livres et les rédactions, tu détonnais face à elles, plus intéressées par les garçons, le maquillage, les cigarettes qu’on fume en cachette… Tu te sentais différente, et pourtant c’était avec elles, les filles populaires, que tu voulais être amie.
Ce que tu ne savais pas à l’époque, c’est que tout ce qui faisait ta différence deviendrait un jour ta force. Que ton application en classe t’ouvrirait les portes des études que tu souhaitais et de ce métier de journaliste (celui de ton papa) dont tu rêvais depuis toujours sans l’imaginer possible, tant ta timidité te semblait insurmontable. Tu ignorais aussi que ta sensibilité et ta gentillesse te permettraient de te spécialiser dans les articles de psychologie d’un magazine féminin et de mettre en confiance les gens que tu allais interviewer. Sans le savoir, ces qualités, décriées par tes amies, seraient celles qui feraient la différence plus tard.
Ce que tu ne savais pas non plus, c’est que cet épisode marquant te servirait de tremplin tout au long de ta carrière. Que cette petite phrase: “Je ne suis pas à la hauteur de votre amitié? Eh bien, vous allez voir!” serait un moteur tellement puissant qu’il te ferait dépasser tes propres limites et jeter (parfois) ta timidité aux orties.
Ton chemin intérieur ne sera pas facile. Bien souvent, cette petite fille perdue et sans défense resurgira telle quelle, intacte, avec toutes ses questions, son sentiment de décalage et son besoin d’humanité. Mais sache qu’un jour, tu seras entourée de gens qui t’aimeront telle que tu es et qui feront rempart autour de toi: ta sœur, toujours au 1er rang, une famille adorable et toujours présente, un compagnon extraordinaire, plus serein que Bouddha, des amies merveilleuses, et un petit garçon bien dans ses baskets qui, heureusement, traversera sa scolarité avec plus d’aisance que toi. Et quand tu le verras rire dans la cour, avec ses copains, tu repenseras à cette journée d’hiver. La glace aura fondu depuis longtemps, mais toi, tu sauras que la petite fille au manteau rouge a enfin trouvé sa place et appris à danser sous la neige.

“Tu peux avancer avec confiance, pousser toutes les portes qui te font envie, parce que si tu vas parfois te tromper, tu apprendras toujours.”
Des tempêtes et des chansons
Coucou petite Julie,
Je t’ai écrit une 1re lettre hier, mais je me suis réveillée ce matin en me disant que je n’avais pas été tout à fait honnête. Ou du moins que je t’avais menti par omission. J’y dressais le portrait de l’enfant joyeuse, joueuse et toujours chantant, que tu es. Qui se fait une copine partout où elle passe et peut compter sur son petit frère pour l’accompagner dans toutes ses aventures (“On disait qu’on était sur un bateau…”).
Je te disais que tu pouvais avancer avec confiance, pousser toutes les portes qui te font envie, parce que si tu vas parfois te tromper, tu apprendras toujours. Et vu de mon âge, tout se passera bien. Tu auras une jolie vie et un métier qui te permettra de découvrir sans cesse de nouvelles histoires – toi qui les adores – et de vivre tout un tas d’aventures, en vrai!
Mais tu ne serais pas dupe en recevant cette lettre, car tu connais déjà les tempêtes. Tu sais qu’il y a des colères qui glacent, des cris qui brisent le cœur. Mais tu as la force de l’enfance et toujours, quand le silence revient, tu finis par y glisser une chanson. Un morceau de vie bruyant. C’est ça que j’ai vraiment envie de te dire: des tempêtes, il y en aura encore. Des disputes, des liens qui se brisent ou qui se défont sans bruit, des injustices qui étouffent, du travail à se noyer dedans. Une vie de douceur, ça n’existe pas. Mais au pire des orages, je veux que tu saches qu’ils n’auront qu’un temps. Que ce qui te semble si grave, ce n’est pas la fin. Que revient le soleil et le temps des chansons.
Pour terminer, j’aimerais te donner un conseil. Il concerne les garçons. À ton âge, c’est juste des copains pour jouer, mais un jour tu en aimeras très fort. Certains vont te blesser, mentir, prendre ce qui leur plaît sans trop se demander si c’est ok pour toi, si tu en as envie aussi, si ça ne va pas trop vite. Je voudrais te dire: écoute-toi, même si la culture dans laquelle tu baignes ne t’y pousses pas. Ce n’est pas parce que tu as accepté d’embrasser un garçon que tu lui dois tout. Ce serait tellement plus joyeux d’avancer au rythme des 2 amoureux, ce ne serait pas l’un qui prend, l’autre qui attend que ça se passe. Il y aurait une envie commune de découverte et de partage. D’ailleurs, tu rencontreras un homme avec qui s’installera ce rythme partagé, dans le respect et dans la joie. Et ce sera le plus durable des amours.
Je t’embrasse, petite Julie. Ne pense pas trop aux orages à venir, mais au creux de ceux-ci rappelle-toi ma promesse: ils passeront. Continue d’avancer avec confiance et avec joie!

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