Maternité: c’est quoi le “mois d’or”?
Venu de Chine, le Mois d’Or propose de repenser les semaines qui suivent l’accouchement. Au programme: repos, chaleur et soutien logistique pour aider les jeunes mères à traverser le post-partum et, surtout, les remettre au centre.
Vous êtes enceinte ? Vous avez sans doute reçu quantité d’informations sur la grossesse et l’accouchement : les nausées, les envies de fraise, la péridurale… Mais sur les 6 semaines qui suivent – la définition du post-partum selon l’OMS – le discours reste étonnamment discret. Comme si le plus difficile était passé. Une étude de La Ligue des Familles souligne pourtant que beaucoup de parents ne sont pas préparés à cette période et ignorent ce que leur corps et leur esprit s’apprêtent à vivre.
Parmi les témoignages recueillis, elle évoque le sentiment de nombreuses jeunes mamans d’être “lâchées dans le vide”. “On a l’image qu’avoir un bébé, c’est merveilleux, explique la Dre Karine Mendelbaum, directrice médicale de la Clinique La Ramée (réseau Epsylon) et cheffe de service de l’Unité 3 (hospitalisation mamans-bébés). Et c’est vrai. Mais lors des premières semaines, les mamans sont parfois très démunies : perte de repères, fatigue, responsabilité d’un bébé totalement dépendant, bouleversements hormonaux, peur de mal faire… Pendant que les proches, eux, n’ont bien souvent d’yeux que pour le bébé !”
Contrer la solitude
La vie en famille nucléaire et le désir d’indépendance renforcent cette impression de responsabilité. Comme l’expliquent Céline Chadelat et Marie Mae Poulain dans leur livre Le Mois d’Or, le principal facteur de difficulté du post-partum n’est pas médical, mais psychique : la solitude. Elle contribue au baby-blues chez 50 à 80 % des jeunes mamans, à la dépression post-partum pour une femme sur 5, et à des séparations chez 20 à 25 % des couples.
Il est pourtant possible de vivre cette période autrement. Dans certaines cultures (Chine, Corée du Sud, Inde, Amérique latine, Gabon), un véritable réseau entoure la jeune mère pendant 30 à 40 jours, afin de la soulager des tâches quotidiennes et lui offrir repos, chaleur et soutien. L’objectif est simple : favoriser un rétablissement en douceur. C’est le “Mois d’Or”.
Bonne nouvelle : ce concept arrive progressivement chez nous. “La formule a bien sûr été mise à la sauce occidentale, souligne Farah Bombaerts, accompagnante postnatale du Mois d’Or, mais l’idée générale reste la même : créer un cadre qui permette la récupération physique et psychique. Qu’au bout de ces 30 à 40 jours, la mère se sente apte à s’occuper de son bébé.”
Repos, chaleur et soutien
Le Mois d’Or repose sur 4 grands principes. Un repos maximal, bien entendu, de la chaleur, une alimentation nourrissante et, surtout, un soutien logistique. “Le mot d’ordre, c’est ‘communauté’, explique Farah Bombaerts. Les parents ont besoin d’une communauté pour soutenir leur organisation quotidienne : préparer les repas, assurer les tâches ménagères, garder l’enfant le temps d’un bain, s’occuper des aînés…” Ce soutien peut venir d’une grand-mère, d’une sœur, d’amies organisées en relais ou d’une accompagnante formée.
“En déchargeant la maman, constate Farah Bombaerts, on rend celle-ci psychologiquement plus disponible pour son bébé. Elle retrouve sa vitalité et un sentiment de confiance maternel s’installe. Et alors qu’on parle de 10 à 15 % de mamans qui font une dépression post-partum, je n’en connais pas parmi les mamans que j’accompagne. En tout cas pas de dépressions liées à l’isolement – car elles peuvent également provenir de traumatismes plus profonds.”
L’idée du Mois d’Or est aussi de permettre à la jeune maman de vivre en symbiose avec son bébé, et ainsi de créer le lien maman-bébé. La Dre Karine Mendebaum nuance : “Je dis souvent aux mamans que le plus important est de développer un lien qualitatif avec son bébé. Ce n’est pas parce qu’une maman est en permanence avec son bébé que les liens qui les unissent sont exceptionnels. Je rencontre parfois dans ma pratique des situations compliquées de mamans qui ne savent justement pas se séparer de leur bébé.”
Lire aussi: Mamans solos: les bons réseaux en Belgique
Adapté à chacune
Aussi idéal soit-il, le Mois d’Or n’est cependant pas toujours possible à instaurer : parent n°2 peu disponible, aînés à gérer, absence de réseau… Sans oublier les freins psychologiques. “En tant que maman, il faut être capable de déléguer ou de demander de l’aide, souligne la Dre Karine Mendenbaum. Certaines n’y arrivent pas. Elles pourraient également se sentir dévalorisées de ne plus rien prendre en charge en dehors de leur bébé, ou avoir envie de continuer leur vie d’avant… Bref, le Mois d’Or est une bonne idée, mais il faut vraiment l’adapter aux besoins de la maman et à sa personnalité.”
Le Mois d’Or ne résout pas tout – en réalité, le corps d’une jeune maman aurait besoin d’un an (!) pour retrouver une forme physique optimale – mais il a le mérite de remettre la jeune maman au centre, d’attirer l’attention sur cette période délicate et de proposer des solutions pour la vivre avec plus de douceur.
En pratique
• Anticipez. Le Mois d’Or se met en place au plus tard vers le 7e-8e mois de grossesse. Voyez de quoi vous avez besoin, quelles sont vos ressources, qui est prêt à vous aider, comment vous allez distribuer les tâches… Vous pouvez aussi profiter de ce moment pour préparer des petits plats que vous congèlerez pour plus tard.
• Trouvez des relais. L’idée du Mois d’Or est de faire appel à son réseau. Parlez-en avec votre partenaire, votre famille, vos amies… Vous êtes peu entourée ou vous n’avez pas envie de demander ? Faites appel à une accompagnante post-natale. C’est un budget (comptez 60 €/heure, un forfait de 600 € pour 4 fois 3 h à domicile), mais pourquoi ne pas le prévoir sur votre liste de naissance ?
• Créez une bulle avec votre bébé. Installez un coin rien qu’à vous avec des oreillers, des plaids… Ce cocon est un excellent pourvoyeur d’ocytocine, une hormone qui crée un sentiment de sécurité chez maman et bébé.
• Restez au chaud. Lors de l’accouchement, le corps a dépensé énormément de forces. Ensuite, les tissus doivent se régénérer. Or, les variations de température demandent encore plus d’efforts à un organisme déjà épuisé. La chaleur favorise la circulation sanguine, la récupération et la détente mentale.
• Préservez votre périnée. En attendant que commence la rééducation du périnée, il convient de le préserver. En cette période postnatale, votre corps est en effet comme un panier sans fond. Évitez de rester debout trop longtemps, de porter des sacs trop lourds ou de vous remettre au running. Pensez horizontalité et repos du corps dans un premier temps.
Aller plus loin
Le Mois d’Or. Bien vivre le premier mois après l’accouchement, Céline Chadelat et Marie Mae Poulain, éd. Marabout.
perinatal.be, un réseau de plus de 80 partenaires actifs dans la périnatalité, créé par la Dre Karine Mendelbaum.
lemoisdor.fr, pour trouver une accompagnante post-natale près de chez vous.
Vous aimerez aussi:
Recettes, mode, déco, sexo, astro: suivez nos actus sur Facebook et Instagram. En exclu: nos derniers articles via mail.