Attentats de Bruxelles: Caroline, présente à Maelbeek le 22 mars, nous raconte « Ce matin-là et les suivants »

Attentats de Bruxelles: Caroline, présente à Maelbeek le 22 mars, nous raconte "Ce matin-là et les suivants"
Caroline Choplin

Ce matin-là et les suivants. C’est de ce matin du 22 mars 2016, qui a bouleversé la Belgique entière, dont parle Caroline Choplin dans son livre. En se rendant au bureau, elle monte dans le dernier wagon du métro qui s’arrêtera brusquement à la station Maelbeek. 

C’était il y a trois ans jour pour jour. Au matin du 22 mars 2016, Bruxelles était frappée par un double attentat terroriste, faisant 32 morts et plus de 300 blessés. Les jours suivants, une fois l’urgence passée, nous prenions conscience que d’autres personnes ont été touchées et traumatisées par cet acte barbare. Pompiers, urgentistes, soignants, mais aussi ceux qui étaient là. Au mauvais endroit, au mauvais moment.

Caroline, présente à Maelbeek ce 22 mars 2016

Dans son livre intitulé « Ce matin-là et les suivants », Caroline Choplin âgée de 28 ans raconte comment son choix involontaire de monter dans le dernier wagon de la rame de métro qui s’est brusquement arrêtée à Maelbeek ce 22 mars 2016 lui a sauvé la vie, et l’a profondément bouleversée. Rencontre.

Votre ouvrage voit le jour trois ans après ce terrible 22 mars. Est-ce le temps qu’il vous a fallu pour être capable de partager ces émotions fortes? 

J’ai écrit assez rapidement après les attentats, au bout d’un mois je dirais. J’ai commencé à écrire quand j’ai compris que c’était le seul moyen de partager ce que je ressentais, de l’expliquer, de mettre des mots dessus. J’avais besoin que mon entourage me comprenne, que les autres me comprennent. J’ai mis six mois à le finir. On m’a ensuite dit qu’il valait la peine d’être publié. Coucher ces émotions m’avait vraiment fait du bien. Je n’étais cependant pas prête à recevoir des critiques, j’avais très peur du jugement, de la façon dont on allait l’accueillir. Notamment dû au fait que je me sentais moins victime que d’autres, et que je culpabilisais de ne pas avoir aidé plus. Trois ans, c’est le temps qu’il a fallu pour qu’il murisse je dirais, pour être capable de vraiment raconter toutes les émotions et de les partager sans plus aucune peur du jugement.

Vous dites avoir eu le sentiment d’être moins victime que d’autres. Est-ce difficile de se considérer en tant que telle lorsque l’on n’a pas été blessé physiquement?

Oui, comme cela ne se voit pas, les personnes qui nous entourent interagissent souvent avec nous comme si ce n’était jamais arrivé. Au début c’est très dur. Et puis, on a l’impression que l’on reprend une vie normale alors que d’autres n’ont pas cette chance. Petit à petit, au fil des jours et des mois, tout redevient normal. Bien sûr il m’a fallu beaucoup de séances d’EMDR (comprenez, une thérapie basée sur la stimulation sensorielle pour effacer les traumatismes) pour arriver à dépasser l’état de choc post-traumatique, à le maîtriser. Mais, comme je l’indique dans le chapitre « Et si j’avais rêvé? », rien n’a changé autour de moi. J’ai eu la chance inouïe de ne perdre aucun proche et de ne pas être blessée. Ni mon entourage ni mon visage ou mon corps n’ont changé. Bien sûr il y a cette cicatrice invisible. Mais elle m’est souvent apparue comme moindre à côté des cicatrices visibles d’autres victimes.

Que représente ce livre pour vous? Est-ce une étape essentielle dans votre reconstruction? 

Ce livre représente ma cicatrice invisible justement. Ce livre me permet de rendre visible l’invisible. Cela me tenait à cœur de le montrer. Il amène également beaucoup de résilience. Je ne pense pas qu’on puisse tourner la page, mais plutôt apprendre à vivre avec. Avec cette cicatrice plus ou moins visible pour certains, plus ou moins lourdes pour d’autres. Je ne sais pas si c’est une étape. Il m’accompagne depuis trois ans, et me permet de partager mes émotions, car je n’ai eu cesse de m’y référer dans des conversations et de le présenter, avant sa publication. Il fait partie de moi.

Ce matin-là…

Dans votre ouvrage, vous confiez ne pas avoir tout de suite réalisé qu’il s’agissait d’une attaque terroriste. Vous dites avoir même été perturbée par le mot « attentat » prononcé par un homme également présent à Maelbeek. Comment vous expliquiez-vous ce que vous veniez de vivre avant qu’il ne prononce ce mot?

Je pensais que c’était un accident, que nous avions eu une collision. C’était totalement irréel pour moi. Mon téléphone avait décidé de rendre l’âme dans le tram qui m’a conduit au métro. Je n’étais pas au courant pour Zaventem et était donc à mille lieux de penser à un attentat. C’est au fur et à mesure de cette journée que j’ai commencé à réalisé l’ampleur de ce qui était arrivé, de ce qui m’était arrivé, de ce qui aurait pu m’arriver, de ce qui était arrivé à d’autres.

Nous avions besoin de trinquer à la vie, à la chance que nous avions d’être en vie

Arrivée au bureau, pour vous soulager vos collègues vous ont proposé d’aller boire un verre. Répondre à la terreur par la vie, par le lien social. Alors que l’on pourrait justement avoir peur de s’installer en terrasse dans ce climat pesant, c’est ce que vous avez choisi de faire…

Exactement, répondre à la terreur par le lien social, par la vie finalement. Je pense que ce soir-là nous avions besoin de trinquer à la vie, à la chance que nous avions d’être en vie. Nous prenions subitement conscience de sa fragilité. Je pense que je n’ai pas eu peur car j’étais bien entourée. Nous avions vécu cette journée ensemble, et nous l’avons prolongée d’un verre pour conserver cet instant de solidarité.

C’est vous qui avez écrit « Tous ensemble » sur la fresque en hommage aux victimes installée à la station Maelbeek. De ce malheur, vous soulignez quelque chose de beau: la solidarité. On a le sentiment que ce mot a pris tout son sens pour vous ce 22 mars 2016. 

Il a surtout pris tout son sens dans des moments comme ce matin-là et les matins qui suivirent. Où la solidarité devient vitale. Sans les autres on reste dans notre bulle, on ne s’en sort pas. On se pense seul, on se sent isolé. Sans les autres, on n’arrive pas à se relever.

Et les suivants.

Après l’avoir longuement évité, vous avez finalement décidé de reprendre le métro. 

La première fois c’était à Paris. Il y avait des supporters qui revenaient d’un match de foot. Je suis devenue très sensible à la tension qui peut régner dans un lien public. Ce jour-là, j’ai senti de l’électricité dans l’air, j’étais très méfiante, j’avais l’impression que les personnes qui m’entouraient étaient bizarres. Ce qui m’a rendue encore plus méfiante. Et puis, d’un coup, au moment où le métro a démarré, j’ai entendu un cri. C’était un supporter sur le quai. Un cri de joie surement. Mais j’ai été prise d’une crise de panique. Heureusement j’étais accompagnée d’une amie qui a tout de suite compris ce qu’il m’arrivait. À Bruxelles, j’ai repris le métro au bout de 6 semaines mais à de très rares occasions. J’ai mis trois mois à reprendre le même métro et le même trajet pour me rendre au bureau. Je l’ai fait seule mais une amie m’écrivait pendant tout le trajet. Ce fut très émouvant pour moi d’arriver enfin à Arts-Loi. Là où nous aurions dû arriver le 22 mars.

Ce sentiment d’hyper vigilance, que vous décrivez également dans l’un de vos textes, est-il toujours présent en vous? 

Oui il est toujours présent, surtout lorsque je suis dans une foule ou dans un endroit avec beaucoup de monde, de circulation ou de bruits. Si j’y pense, ce sentiment s’intensifie. Mais l’EMDR m’a vraiment permis d’atténuer ce sentiment et de maîtriser la panique. Néanmoins j’ai souvent peur des poubelles et de la foule encore. Tout dépend de l’ambiance, de si je sens que les gens sont apaisés autour de moi, ou si je ressens de la tension. J’y pense, je serre les dents au cas où, et je continue ma route.

Qu’est-ce que cet événement a profondément changé en vous?

Il m’a forcée à vivre plus dans l’instant, à profiter de chaque moment, à me concentrer sur l’essentiel. Les premiers mois je vivais réellement au jour le jour. Dès qu’un ami me proposait un verre « un de ces jours », je répondais « ce soir, on se voit ce soir, ne remettons pas à plus tard ». Je ne me préoccupais plus de ce que j’allais faire ou devenir dans quatre ou cinq mois. J’étais pleinement dans ma journée, dans ma semaine tout au plus. Petit à petit, j’ai su que j’allais mieux quand j’ai à nouveau commencé à me projeter. Mais j’ai gardé cette notion de l’instant. Chaque journée est faite de milliers d’instants. À nous d’en profiter un maximum. Comme je le dis dans le chapitre « Ces petits bonheurs », « chaque seconde est une seconde de plus, un bonus ».

Retrouvez toutes les informations sur le livre « Ce matin-là et les suivants » de Caroline Choplin ici.

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