L’interview stand-up et famille de Laurence Bibot

L'interview stand-up et famille de Laurence Bibot
© Nicolas Witczak

Le stand-up, le succès de ses enfants, Angèle et Roméo Elvis, l’humour à 50 ans… A l’occasion de l’arrivée de son deuxième stand-up, Distinguée, au Théâtre de la Toison d’Or de Bruxelles, Laurence Bibot se confie.

Je ne vois aucun intérêt de sortir de ma zone de confort, je suis très bien dedans!

En 2014, vous vous lancez dans le stand-up. Comment vous est venue l’idée?
C’est un peu par rencontre. Je fréquentais le Kings of Comedy Club et c’est Gilles Morin qui m’a donné un coup de pied au derrière en me disant « essaie! ». Ça me semblait vraiment très éloigné de ce que je connaissais et en même temps excitant parce que ça m’obligeait à me réinventer. J’avais la connaissance de la scène toute seule mais le stand-up apportait quelque chose de différent. C’était un défi. Ils m’ont donné la possibilité de me construire. Ça s’est très progressivement et puis ça a pris, ça a fonctionné. Il y a eu aussi l’expérience de Café Serré dans la matinale de La Première où je devais écrire à la première personne. Ça m’a autorisé à me dire « Ah oui, je peux parler à la première personne, je peux dire ‘je’ sans être derrière un personnage. » Ça m’a ouvert une porte et ça m’a donné confiance.

Ça n’était pas trop impressionnant de se jeter, comme ça, dans un nouveau style?
Si, mais j’ai commencé tout petit. J’ai d’abord fait 8 minutes, puis 12, puis 15 et puis 30. Ça s’est fait très progressivement et sans pression. C’était une petite salle et on avait décidé, dès le début, de ne pas faire de promo et de ne compter que sur les gens qui étaient là donc je ne me sentais pas sous pression, ni dans l’obligation de réussir. C’était très confortable de pouvoir fonctionner comme ça. J’aime bien le confort. Je ne suis pas une fille qui recherche les terrains arides. La nouvelle phrase qui dit “sort de ta zone de confort”… Je ne vois aucun intérêt de sortir de ma zone de confort, je suis très bien dedans!

Vous vous êtes retrouvée avec une génération qui vous connaît, qui a sans doute vu vos spectacle. Ça vous donnait un statut particulier?
C’est vrai qu’il y a des gens qui sont venus me le dire. Il y en a qui étaient même trop jeunes pour m’avoir connue (rires). Ce qui était touchant, c’est que c’était toujours Bravo Martine et Miss B qui revenaient. C’est vrai que c’étaient les spectacles qui ont été les plus forts. C’était touchant, mais c’était aussi une grande leçon d’humilité à chaque fois parce que entre Miss B et le stand-up, il y a eu quatre spectacles que la plupart des gens n’avaient sans doute pas vu donc ça me ramenait aussi au fait de se dire qu’on ne décide pas de ce que les gens vont retenir. On fait les choses et puis ils prennent. Il y a des choses qui vont rester et des trucs qui vont passer à la trappe. Après, je ne leur demandais pas non plus « est-ce que vous m’avez déjà vue »… (rires). Certains ne me connaissaient pas. Le régisseur avec lequel je travaillais ne me connaissait pas du tout. Il se demandait d’où je venais, qu’est-ce que j’avais fait. Il ne me trouvait pas sympa du tout; et puis après, on est devenus copain comme cochon. Enfin non, pas cochon parce qu’il est musulman, je le lui rappelle régulièrement. Ce que je trouvais de frais, c’est que j’avais l’impression de repartir à zéro. C’était chouette.

C’est une belle forme de renouvellement. Comme ces capsules « de doublage » que vous postez sur votre compte Instagram. D’où vous est venue l’idée?
L’ennui. C’est vraiment les vertus de l’ennui parce que quand je m’ennuie, comme je ne suis pas douée pour grand-chose, je ne suis pas très sportive, je ne suis pas bricoleuse donc il ne me reste que l’imagination et ça tourne un peu fou. Et tout à coup, c’est très enfantin, il faut que je trouve un jeu alors que je suis toute seule. Il faut que je joue. Donc, voilà, j’ai expérimenté, j’en ai fait une puis j’ai laissé traîner ce truc et puis c’est revenu comme ça, j’en ai fait une deuxième; et puis une troisième; et puis je me suis prise au jeu, en pensant juste au plaisir que j’avais à faire ça. Ça m’amusait vraiment. Ça m’amuse toujours d’ailleurs. Et petit à petit, ça a pris. Et là, maintenant, je rencontre des gens à qui ça plaît. C’est chouette parce que quand tu fais quelque chose qui t’amuse, tu n’es jamais sûr que ça va amuser les autres. Mais voilà, les gens ont pigé. Enfin, pas tout de suite, il y a des gens qui me disaient « quel travail de voix, bravo madame Bibot », ou d’autres qui disaient que j’étais très méchante parce qu’ils pensaient que c’était des textes que j’avais écrits, que je me moquais mais ce n’est pas moi qui les ai écrits, tout vient des archives. Les gens trouve ça déroutant. Moi, je ne trouve pas (rires).

Il y a peu de filles de plus de 50 ans qui font du stand-up, surtout ménopausée. Ce que je ne suis pas.

Qu’est-ce qu’on trouve dans Bibot distinguée? Le stand-up est-il à l’image de l’affiche?
Elle est chouette l’affiche, c’est Angèle qui l’a dessinée. C’était un petit emballage de Noël et il était tellement joli que je lui ai demandé si je pouvais l’employer. Et donc, oui, c’est à l’image du stand-up parce que donc là, je parle à la première personne et j’envisage, peut-être à tort, qu’il existe une connivence avec le public. Je ne dis pas qu’ils suivent tout ce que je fais mais la plupart me connaissent ou connaissent un peu mon parcours donc je pars sur l’idée d’une complicité et qu’il y a des choses qu’ils ont déjà comprises… J’aborde forcément mon âge parce que, oui, le fait d’avoir 50 ans n’est pas une qualité en soi, mais l’idée de dire qu’il fallait que j’utilise ça comme un atout m’amusait et que finalement, il y a peu de femmes de plus de 50 ans qui font du stand-up, surtout ménopausée. Ce que je ne suis pas (rires). C’est un atout, au moins, on ne va pas me voler mes blagues parce que parler de la sécheresse vaginale, je doute que ça intéresse les Taloche. (Rires). Voilà, j’ai sorti deux très bons extraits. J’exorcise! Au début, j’exorcise l’idée de ma mort par exemple et puis j’enchaîne. J’aime bien travailler les liens, les enchaînements, je n’aime pas l’idée de dire « L’autre jour, dans la rue, je vois un copain… ». Je n’aime pas ces cassures dans le stand-up qui sont artificielles. J’aime bien qu’un truc en amène un autre parce que je crois que dans notre tête, c’est un peu comme ça, une idée t’en amène une autre. Du coup, je parle de médecine alternative, de ma passion pour les affichettes de chiens et chats disparus… Ce sont des thématiques multiples qui sont très liées entre elles. Ce n’est pas une performance de déguisement ni d’incarnation de personnages mais ça reste assez physique quand même. Je n’ai pas la force de Blanche Gardin qui est, pour moi, la maîtresse absolue. Moi, je suis beaucoup plus jouette.

 

Fortiche @angele_vl

A post shared by Laurence Bibot (@laurencebibot) on

Roméo et Angèle, j’ai toujours été sûre qu’ils allaient réussir, quoi qu’ils fassent

On vous a connu Laurence Bibot, puis Madame Marka, aujourd’hui, on vous découvre maman, c’est compliqué à gérer une famille d’artistes?
Non… Non parce que l’on soit artistes ou charcutiers ou médecins… ce n’est pas parce qu’on fait plus ou moins tous les quatre la même chose que c’est plus compliqué. Et puis on ne fait pas vraiment tous les quatre la même chose donc ça nous sauve d’une éventuelle comparaison ou compétition. On est quand même tous les quatre dans des trucs différents, on a chacun sa chasse gardée. Même si Roméo m’a dit qu’il voulait peut-être se lancer dans le seul en scène. Et j’ai dit « Attends… attends que maman ait fini. Laisse-moi finir ma tournée » (rires). En fait, je trouve qu’il y a plutôt une complicité commune parce qu’on sait de quoi on parle, on comprend, on peut comprendre ce qu’ils racontent; eux connaissent aussi nos états d’âme et ce qu’on traverse. Maintenant, je dis ça aussi parce que ça se passe bien. Ils traverseront peut-être des périodes dures ou des périodes sèches. C’est là, la différence, c’est qu’ils sont plus exposés donc c’est vrai que si eux se plantent, tout le monde le saura. Ça c’est plus dur.

C’est une pression supplémentaire…
Oui c’est ça, mais je suis d’une confiance absolue. C’est idiot mais j’ai toujours été sûre que ça irait très bien et qu’ils allaient réussir quoi qu’ils fassent. J’avais l’impression qu’ils étaient eux-mêmes très confiants. Je suis sans doute un peu inconsciente… De toute façon, leur vrai défi, ce sera de gérer quand ça n’ira pas. Ils ont un peu gagné du temps parce qu’ils connaissent, ils savent, ils ont vu. Nous, on n’a pas toujours eu des moments de folie donc ils savent que que ça peut être dur. Mais comme dans n’importe quel autre métier.

Mais bon, maman est fière?
Ah mais je suis super fière! Oui, oui, super fière. Mais je l’aurais été, peu importe leur métier, même s’ils avaient été dans la mouise. J’aurais toujours été leur maman. Je suis leur maman, je ne suis pas leur argent, ni leur manager donc je les vois comme une maman. Et je ne prétends pas que je suis à l’origine de leur succès parce que ça veut dire que s’ils avaient échoué, j’aurais été à l’origine de leur échec. Je préfère me dire qu’ils ont trouvé ce qui leur convenait et ça leur appartient.

Bibot distinguée, du 23/09 au 20/10 au Théâtre de la Toison d’Or, Bruxelles.
Retrouvez aussi la reprise de sa pièce Croisière Coconut du 19/12/18 au 19/01/19 au TTO.
ttotheatre.com

Laurence Bibot, comique féminine, précurseur et féministe, c’est dans le Femmes d’Aujourd’hui du 30 août.

Ceci pourrait aussi vous intéresser

Pour être au courant de toutes nos astuces mode, beauté, cuisine et l’actualité, suivez-nous sur notre page Facebook, notre compte Instagram et Pinterest, ou inscrivez-vous à notre newsletter.

Continuez votre lecture ci-dessous, après la publicité

Attendez le prochain article de Femmes d’Aujourd’hui, il en vaut vraiment la peine :)