Festival de Cannes: l’interview coulisses de Cathy Immelen

Festival de Cannes: l’interview coulisses de Cathy Immelen
Nicolas Witczak

À l’occasion du démarrage, ce mardi, du 72e festival de Cannes, rencontre avec Cathy Immelen, madame cinéma de la RTBF, qui explique combien le quotidien des journalistes sur place n’a rien du glamour scintillant de l’événement. Elle fait le point sur les grands moments attendus cette année.

« Cannes, j’adore ça même si c’est stressant, crevant et que je vis en tremblant pendant 2 semaines. »

Le festival de Cannes rime avec glamour et paillettes pour nous. Pour vous, ça rime avec quoi?

Cannes, ça rime avec hygiène alimentaire déplorable, manque de sommeil total. Le quotidien d’un journaliste à Cannes est tout sauf glamour. Chaque année, les gens me disent: “Alors, tu as encore monté les marches? Tu as fait des soirées? Tu avais mis quoi comme belle robe?” Les gens ne le comprennent pas mais moi, je me lève à 6h15 tous les jours, à 8h je suis au cinéma pour voir mon premier film du jour… Les journalistes ne vont pas au cinéma en robe à paillettes! On y va en jeans, il fait froid dans les salles, je quitte ma chambre à 7h45 et je reviens vers 22h, 23h sans repasser par mon hôtel de la journée. Je n’ai pas le temps de manger, je n’ai pas le temps de me poser, je ne fais que courir donc c’est baskets, fringues hyper-confort et gros sac rempli de brol avec, peut-être, un biscuit, une madeleine et du jambon parce que j’ai le temps de rien, un parapluie, de la crème solaire… Bon, et peut-être un peu de maquillage parce que je sais que vers 17h, j’ai toujours une tête pas possible. Quand on est journaliste, on n’est pas invité aux soirées en général et moi, je n’ai même pas envie d’y aller. La première année où je suis allée à Cannes, je suis allée dans les soirées, tu rentres à 4h du matin et puis tu te lèves quand même à 6h15… Résultat, tu te retrouves au cinéma avec l’envie de vomir, tremblant, pas bien du tout…

En fait, Cannes, c’est très rigoureux niveau sommeil. Je ne vais pas boire des verres et je vais au lit le plus tôt possible parce que je sais que le reste n’est pas rigoureux du tout. Non, ce n’est pas glamour, c’est courir, courir, courir, faire la file 1h puis refaire la file 1h, on est fouillés tout le temps, il y a même des portiques depuis les attentats, il y a des snipers, des flics… C’est pas “Wow, je vais boire des cocktails sur la plage”.  Franchement, la plage, je pense que j’y vais 1h le dernier jour quand tout est fini avant de prendre mon train. Mais j’adore ça! J’adore ça même si c’est très stressant, très crevant et que je vis à en tremblant pendant 2 semaines.

Qu’est-ce que vous préférez à Cannes?

Découvrir les films avant le monde entier en n’ayant aucun a priori, c’est-à-dire que je ne lis pas les pitches, j’essaie de ne voir aucune image… C’est d’être les premiers et de sentir la salle réagir. Et parfois, on ne réagit pas comme elle. J’ai vu des films hués avec des gens qui se lèvent en criant “Quelle merde!” et moi j’applaudissais et je disais “mais c’est très bien”. À d’autres moments, c’est le contraire. Et puis, il y a les premières réactions, les premières fulgurances des collègues sur Twitter. J’aime vraiment ça. Et le palmarès aussi! Ah oui, alors les tapis rouges, je ne les vois pas parce qu’ils ont lieu pendant les projections de presse donc j’aime bien, le soir, quand je rentre dans ma chambre, scroller et voir qui était présent au festival, voir les belles robes, etc. parce que je suis totalement décalée.

« La soirée de palmes: pas de musique, les frères Dardenne chacun sur une chaise avec une bière et des gens debout qui discutent très sérieusement à 1h du matin. »

Quel est votre meilleur souvenir de Cannes?

Le premier film que j’ai vu en séance officielle à Cannes, donc pas en vision de presse mais en séance officielle avec l’équipe, c’était Dogville, le film de Lars von Trier avec Nicole Kidman. C’était la première fois que je voyais un film à Cannes, tapis rouge, la totale! J’avais 23 ans et moi, je suis très fan de Lars von Trier et de Nicole Kidman. Dogville est un film extrêmement fort, assez dur même, il y a eu une standing ovation pendant toute la durée du générique de fin. J’étais au balcon, dans une petite place vraiment pourrie mais je pouvais voir Nicole Kidman et Lars von Trier, en pleurs, pendant les 8 minutes du générique et tous ces gens, debout, qui n’arrêtaient pas d’applaudir… J’ai des frissons rien que d’y penser.

Et le pire?

Tomber malade pendant le festival de Cannes! Une année, j’ai fait une trachéite et une sinusite en même temps, genre le deuxième jour! Et comme je devais bosser, j’ai fait venir le médecin qui m’a fait des piqûres de cortisone. J’étais dans un état pitoyable, c’était horrible!

Une année, celle de la sortie de L’enfant, en 2005, il a plu les deux semaines non-stop! Il faisait caillant. Évidemment, j’avais pris genre deux paires de chaussettes et deux gilets dans ma valise et, le soir, je devais nettoyer mes chaussettes. J’ai eu froid les deux semaines, chaussures percées, etc. De jour en jour, tout le monde sentait de plus en plus mauvais parce qu’on fait la file dehors et puis on rentre et tout le monde finissait par sentir le chien mouillé, tout le monde éternuait, toussait… On était tous là avec nos mouchoirs, nos affaires un peu sales. C’était vraiment une année très bizarre.

Et mon souvenir le plus étonnant de Cannes, c’était la même année. Les frères Dardenne remporte la Palme d’Or et un collègue me dit qu’il y a moyen de s’incruster à la soirée des palmes. Je me dis trop bien, c’est peut-être la seule fois de ma vie où je serai sur place quand la Belgique gagne la palme: fiesta de l’année! Je me fais belle, je sors ma plus belle robe, les paillettes… la totale! On arrive dans un penthouse, sur un toit-terrasse et alors: pas de musique, les frères Dardenne chacun sur une chaise avec une bière et des gens debout qui discutent très sérieusement à 1h du matin. Et je me dis « Mais c’est ça la fête », moi je pensais que ça allait être le scandale et en fait tout le monde était très calme, très posé. Moi qui ne suis pas une fêtarde, j’étais vraiment prête là et en fait non. C’était une ambiance très bizarre, très très bizarre. Je n’ai donc jamais vu une seule nuit cannoise avec, comme on dit, les filles en mini-jupe et la drogue. Moi, je n’ai jamais vu de cocaïne en vrai.

« Dans les films, la femme reste au second rang, elle est toujours la meuf du héros. »

Le mouvement #metoo a bouleversé le cinéma ces dernières années. Est-ce qu’on a vu le curseur bouger à Cannes?

L’année dernière, il y a eu beaucoup de conférences sur ce thème et les femmes ont été mises en avant mais, dans l’absolu, ça ne change rien; à part peut-être qu’il y a plus de respect sur les tournages. Ce qui a changé, c’est que Harvey Weinstein ne vient plus à Cannes et que Miramax (la boîte de production qu’il a co-créée avec son frère, NDLR), c’était les gros films américains qui amenaient du casting. Et donc, depuis le mouvement #metoo, on a toute une branche du cinéma américain qui ne vient plus à Cannes. Les studios ont aussi déserté Cannes à cause des attentats et donc il y a moins de stars, il y a moins de glamour et il y a moins de vedettes hollywoodiennes. Pour le reste, ça ne change rien du tout. Je pense que là où il y a de la nouveauté et de l’audace sur ce propos, c’est dans les séries. Dans les films, la femme reste au second rang, elle est toujours la meuf du héros. Il y a toujours aussi peu de réalisatrices qui sont sélectionnées… Et puis, je pense qu’il y aura toujours des starlettes qui viendront avec des décolletés jusqu’au nombril et des mini-jupes pour draguer des producteurs et ces derniers en profiteront.

Quels sont les grands moments attendus à Cannes cette année?

Le Tarantino a été annoncé en sélection et alleluia! parce que ça manquait un peu de glamour. C’était très cinéma d’auteur dans la sélection et même dans les membres du jury cette année. Avec Tarantino et son Once Upon A Time In Hollywood, on a quand même Brad Pitt et Leonardo DiCaprio. Ça, ça va faire la montée des marches la plus glam’ et la plus sexy. En plus, ils sont très généreux avec le public quand il font une montée des marches, ils vont signer des autographes. Les stars hollywoodiennes jouent le jeu à fond, là où les Français sont parfois un peu plus coincés.

Il y a aussi l’avant-première de Rocket Man, le biopic sur Elton John et on sait que les biopics de rock ont le vent en poupe donc ça va être l’un des événements même s’il est hors compétition. Côté Belgique, il y a les frères Dardenne mais il y a aussi Virginie Efira, en compétition avec Sybille. C’est la première fois qu’elle défend elle-même un premier rôle dans un film en compétition et cette réalisatrice (Justine Triet, NDLR) lui a porté chance avec Victoria, le rôle qui l’a un peu adoubée dans le cinéma d’auteur donc j’espère que ça va continuer dans cette vaine-là.

Sinon, moi j’attends beaucoup, à l’ouverture de la quinzaine des réalisateurs, Le daim avec Jean Dujardin, c’est le nouveau film de Quentin Dupieux qui avait fait Au poste! avec Poelvoorde. C’est totalement absurde et décalé, je suis hyper fan de ce réalisateur. En compétition, j’attends aussi Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma que j’aime beaucoup. J’adore l’intensité de son cinéma. Je l’attends parce que je sais que les femmes vont être fortes dans ce film-là. Mais depuis quelques années, Cannes perd de la vitesse face aux festivals de Venise et Toronto qui ont pris le dessus. Pour le calendrier américain, ces deux festivals sont beaucoup plus proches des Oscars. Cannes arrive trop tôt, ça ne les intéresse plus. Par exemple, là où les autres festivals se sont ouverts aux productions Netflix, Cannes fait marche arrière. S’il reste très glamour, le festival est en perte de vitesse.

Dernière question, quelle sera la première chose que vous ferez en rentrant de Cannes?

Je vais manger des poulycrocs en rattrapant les Koh-Lanta que j’aurai loupés pendant le festival! (Rires)

 

La suite de l’interview de Cathy Immelen est à lire dans le Femmes d’Aujourd’hui du 16 mai 2019.

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