L’affichage de ce contenu a été bloqué pour respecter vos choix en matière de cookies. En cliquant sur « Voir le contenu », vous acceptez les cookies. Vous pouvez modifier vos choix à tout moment en cliquant sur « Paramètres des cookies » en bas du site.
Voir le contenu
Getty Images

Pour des villes plus vertes… Permis de végétaliser

Les citoyens urbains sont de plus en plus nombreux à vouloir égayer le béton des villes avec des plantations. Vous rêvez de verdir un bout de trottoir? Voici la marche à suivre.

En 2015, la ville de Paris a fait grand bruit en créant un «permis de végétaliser». Depuis lors, d’autres grandes municipalités de France et d’ailleurs dans le monde ont édité leurs propres chartes de végétalisation, par exemple la ville de Liège, au printemps dernier. Leur objectif? Encourager mais aussi encadrer les initiatives citoyennes en la matière. Car si les centres urbains sont aujourd’hui en train de prendre conscience des bénéfices que peut leur apporter leur verdurisation, les habitants, eux, ont souvent pris une longueur d’avance, inspirés en particulier par le mouvement des «Incroyables Comestibles.»

Une incroyable histoire de comestibles

En 2008, une poignée d’habitantes de Todmorden, en Grande-Bretagne, lançait l’idée de cultiver dans l’espace public des fruits et légumes à mettre à disposition de tous, gratuitement. Devant l’enthousiasme de la population de cette petite ville britannique située à 25 km de Manchester, la municipalité, particulièrement touchée par la crise, a accepté que ses espaces publics soient transformés en jardins potagers. Des zones de plantation ont été installées devant la caserne des pompiers, le commissariat de police, la gare ou l’hôpital, et jusque sur les trottoirs, dans des jardinières… Chaque habitant a été invité à entretenir un de ces espaces. En quelques années, cette petite agglomération de 14 000 habitants est quasiment parvenue à atteindre l’autosuffisance alimentaire. Ce projet d’entraide et de partage des denrées, baptisé «Incredible Edible», est rapidement devenu un phénomène mondial, et des communes souvent insuffisamment préparées se sont retrouvées parfois prises au dépourvu face aux demandes enthousiastes et aux initiatives spontanées de leurs habitants.

Des bénéfices communs et des règles à respecter

Les villes sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses à encadrer et soutenir les projets citoyens de végétalisation de l’espace public. Les bénéfices de ces démarches s’étendent bien au-delà de l’autonomie alimentaire: favoriser la biodiversité en ville participe à l’amélioration du cadre de vie et des relations sociales, permet de lutter contre les inondations, d’améliorer la qualité de l’air, d’abaisser la température urbaine, et de créer des corridors écologiques indispensables au maintien des espèces. Ce qui empêchait (et empêche encore) parfois les pouvoirs publics locaux d’accueillir favorablement les plantations en ville, c’est la peur que celles-ci puissent nuire à la loi, mais aussi qu’elles soient mal entretenues. Le permis de végétaliser lève ces obstacles, en définissant précisément le cadre à respecter par tout citoyen désireux de se lancer dans l’aventure. Le principe est simple: la municipalité définit les règles de végétalisation dans une charte que l’on signe avant de se lancer. Selon la ville, le contenu de la charte peut différer. La ville de Paris demande par exemple le respect d’une liste de végétaux, tandis qu’à Liège, le dispositif proposé par les autorités communales ne s’applique qu’aux plantes comestibles. Quel que soit l’endroit où l’on réside, le premier réflexe avant d’entamer toute démarche de végétalisation urbaine est donc de se renseigner auprès de l’administration communale. Beaucoup de villes ne disposent pas encore de ce type de charte, mais leur service environnement peut néanmoins vous faire connaître les règles à respecter au regard du règlement communal et de la législation régionale. Certaines communes s’engagent même à mettre à disposition un kit de végétalisation ou, plus simplement, du matériel de fleurissement, à savoir jardinières ou vasques, terreau et plantes, à condition que le partenaire s’engage à participer à la plantation en collaboration avec les services communaux.

Végétalisation urbaine, mode d’emploi

Vous vivez en ville et rêvez d’apporter vous aussi une touche verte à votre cadre de vie, mais ne savez pas par où commencer ? Voici une marche à suivre, étape par étape.

#1 RÉSEAUTEZ

Même si votre objectif est simplement de cultiver des plantes dans un espace privé, vous gagnerez à rencontrer d’autres jardiniers. Vous pourrez ainsi échanger des graines, des plants, des conseils et des services, voire partager un espace avec un voisin ou des amis, qu’il s’agisse d’un balcon, d’une terrasse ou d’un jardin. Avant de vous lancer dans un projet de végétalisation dans l’espace public, mieux vaut avoir constitué un petit groupe de personnes solidaires et enthousiastes, car l’entraide sera indispensable pour entretenir vos plantations.

#2 RÉFLÉCHISSEZ AU PROJET

Lorsque votre groupe sera créé, il pourra déterminer son champ d’action: installer une jardinière au coin d’une rue pour y faire pousser des tomates, semer des fleurs comestibles au pied d’un arbre, faire grimper des plantes sur un mur, garnir un poteau de jardinières suspendues… Internet est une intarissable source d’inspiration, notamment avec les sites et pages des groupes locaux des «Incroyables Comestibles» sur les réseaux sociaux. Si ces projets sont destinés à l’espace public, rappelez-vous qu’ils nécessitent une autorisation préalable de la ville. C’est le moment de vous renseigner auprès de votre commune concernant les règlements en vigueur mais aussi les besoins et attentes locales.

#3 SOIGNEZ LE CHOIX DE L’EMPLACEMENT

Pour faciliter l’entretien des plantations, choisissez des zones proches du domicile ou du lieu de travail des jardiniers volontaires. Ne négligez pas non plus les aspects techniques, par exemple le poids des jardinières: un balcon n’est en général conçu que pour supporter un poids maximal de 350 kg par mètre carré, alors qu’une lourde jardinière peut facilement faire plus de 150 kg. Pas question de prendre des risques! Pour raison de sécurité, on évitera aussi les emplacements trop exposés au vent. On fera attention à choisir un lieu suffisamment ensoleillé: comptez minimum 4 heures d’ensoleillement par jour si vous voulez faire pousser des laitues, et 6 à 8 heures pour des tomates. Vérifiez que vous disposez d’un accès à une source d’eau à proximité, pour l’arrosage. Dans le cas des plantations comestibles, évitez aussi de placer vos bacs dans les zones polluées par un important trafic routier.

#4 PROCUREZ-VOUS LES CONTENANTS

A moins que vous ne soyez autorisés à cultiver en pleine terre, il vous faut des bacs de plantation. Si vous êtes un peu bricoleur, il est possible d’en fabriquer avec d’anciennes palettes. Un fût de vin, des cageots inutilisés, de vieilles bassines pourront aussi convenir. Veillez juste à ce qu’ils n’aient pas contenu de substances toxiques, et qu’ils soient d’une profondeur adaptée au développement des plantes. Une trentaine de centimètres de profondeur est un minimum, d’autant que plus un pot est de petite taille, plus il exige d’entretien, car la quantité d’eau et d’éléments nutritifs est directement proportionnelle à sa taille. N’oubliez pas de percer des trous dans le fond des contenants pour éviter que l’eau ne stagne.

#5 REMPLISSEZ-LES DE TERRE OU DE TERREAU

Ne négligez pas la qualité: le substrat doit être suffisamment riche pour permettre la bonne croissance des plantations. Il peut s’agir de terreau universel ou de terre que vous améliorerez avec du compost et/ou de purin d’ortie, plutôt que d’y ajouter de l’engrais. Bon à savoir: il existe de plus en plus de composts de quartier où vous pouvez apporter vos déchets organiques et vous procurer du compost. Le site de l’asbl Worms reprend par exemple une carte des sites de Compostage de Quartier à Bruxelles.

#6 SEMEZ ET PLANTEZ

Le choix des plantes déterminera le succès de votre entreprise. Respectez évidemment les règlementations de la commune. En ce qui concerne les plantes potagères, privilégiez les légumes faciles à cultiver, adaptés à de petits espaces et à croissance rapide: salades, radis, tomates cerises, courges et courgettes… Les herbes aromatiques, les petits fruits et les fleurs comestibles fonctionnent aussi très bien. Evitez par contre les carottes, pommes de terre et autres légumes-racines qui demandent plus de profondeur de terre de culture, et plus de temps de croissance. Et ne plantez évidemment en aucun cas des plantes hallucinogènes, toxiques, urticantes ou invasives.

#7 DÉCOREZ

Plus le bac est beau, audacieux, remarquable d’un point de vue artistique, plus il sera populaire, respecté et chouchouté. Pensez aussi à y placer de petites pancartes explicatives. Si votre réalisation a du succès, elle suscitera sans doute d’autres initiatives, et l’objectif sera atteint: vous aurez enclenché une spirale verte positive!

#8 ENTRETENEZ

Offrez un tuteur aux plantes qui en ont besoin. Arrosez régulièrement et paillez le sol pour limiter l’évaporation de l’eau et la prolifération des mauvaises herbes. Apportez du compost chaque année, plantez des engrais verts (comme des trèfles ou des haricots) après les principales récoltes, pour occuper la terre et l’enrichir en azote, un engrais naturel et indispensable pour la bonne croissance des plantes. Renouvelez si besoin toute la terre du bac au bout de 3 à 5 ans. C’est votre constance qui fera la réussite du projet, car rappelons-le: qu’il soit question ou non d’un permis de végétaliser dans votre municipalité, tout défaut d’entretien risque de mettre fin au projet!

Texte: Isabelle Masson

Contenu des partenaires