Pouvons-nous consommer les plantes sans danger pour notre santé?

Pouvons-nous consommer les plantes sans danger pour notre santé?
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Vous pouvez cultiver dans votre jardin de nombreuses plantes médicinales et herbes aromatiques aux vertus thérapeutiques. Mais attention, il y a certaines précautions à prendre avant de jouer aux apprentis herboristes!

Jeux dangereux…

Chacun sait qu’il ne faut pas s’aventurer dans une cueillette de champignons sans en avoir une très bonne connaissance. On évalue souvent moins bien le danger de récolter des végétaux dans son jardin pour en faire une tisane ou agrémenter une salade. Pourtant on y trouve régulièrement des plantes aussi toxiques que les pires champignons. « Quelques grammes de belladone peuvent vous tuer », explique Olivier Parvais, pharmacien à Braine-l’Alleud spécialisé en phytothérapie. « La médecine par les plantes n’est pas aussi douce que ce que l’on a tendance à croire. Il y a de nombreuses plantes extrêmement dangereuses comme l’if, le laurier cerise, le lierre, la berce du Caucase, l’aconit, l’arum tacheté, etc. De plus, dans un jardin, le risque est grand de confondre certains végétaux. Par exemple, le muguet ressemble beaucoup à l’ail des ours. Or quelques baies de muguet pourraient tuer un enfant… » Rachel Demarque, médecin au Centre Antipoisons, confirme être régulièrement confrontée à des accidents provoqués par des confusions entre plantes: « Il n’est pas rare que du muguet ou même du colchique soient pris pour de l’ail des ours. De la digitale a aussi déjà été prise pour de la bourrache. Les conséquences de ces confusions peuvent être très graves. »

Pratiques sûres

« On doit pouvoir reconnaître à coup sûr les différentes plantes », confirme Isabelle Cornette, herboriste et naturopathe. « Malgré la panoplie disponible, je me limite à 42 plantes que je préfère connaître sur le bout des doigts plutôt que de me disperser. » Pour chacune de ces plantes, il faut être informé des précautions d’usage comme les interférences avec certains médicaments et les contre-indications pour certaines personnes. De son côté, le pharmacien conseille d’acheter les plantes médicinales séchées (ou sous toute autre forme) en pharmacie: « L’origine des plantes est très importante. Je déconseille particulièrement de se fournir via Internet où l’on peut tomber sur des produits impurs ou contaminés. En pharmacie, vous ne pouvez trouver que des produits agréés, qui possèdent une quantité normale de substances actives et qui correspondent bien à ce qui est écrit sur l’emballage avec une origine contrôlée et donc une traçabilité. »

En direct du jardin

Pour l’herboriste Isabelle Cornette, rien de tel pourtant que de cueillir les plantes dans son jardin: « Hippocrate disait que ce qui est bon pour nous pousse près de nous. Il faut privilégier les variétés locales, celles qui sont propres au milieu dont nous faisons partie car elles sont mieux adaptées à notre physiologie. On préférera par exemple le thym serpolet qui pousse chez nous au thym des régions méditerranéennes. De plus, dans votre jardin, vous allez pouvoir vous intéresser à votre plante et évoluer en lien avec elle, ce qui n’est pas négligeable. Je pense aussi que la meilleure formule est toujours de consommer les végétaux tels que la nature nous les présente, c’est- à-dire les plus frais possible. Dans ce cas, en plus de leurs substances actives, les plantes offrent plus de vitamines et aussi une vibration énergétique. Une tisane à base de feuilles fraîches offre beaucoup plus de vitalité que si elle est à base de feuilles séchées. Enfin, si vous faites sécher des végétaux vous-même, en prévision de la mauvaise saison, vous pouvez vous assurer que vous le faites dans de bonnes conditions (pas au soleil), que vous les conservez dans l’obscurité, au sec et pas au-delà d’un an… C’est pour toutes ces raisons que les plantes de votre propre jardin sont imbattables. »

Où les trouver ?

Le pharmacien Olivier Parvais admet que certaines plantes médicinales sans danger peuvent être cultivées au jardin, moyennant quelques réserves: « Toutes les plantes aromatiques ont bien sûr leur place au jardin… Cultiver du thym pour le gigot et les tisanes, ça ne pose pas de problème pour autant que vous n’introduisiez pas de produit chimique et que votre sol soit sain. » Il existe en Belgique de nombreuses pépinières sérieuses notamment spécialisées en plantes médicinales. Pour éviter les confusions, il est préférable de regrouper ces plantes dans un même coin du jardin et de placer un petit panneau nominatif devant chacune d’elles.

Et la sève de nos bouleaux ?

« La sève de bouleau est aussi très tendance, mais il faut vraiment faire attention à ses origines« , explique Olivier Parvais « L’arbre concentre des substances intéressantes mais aussi d’éventuels métaux lourds et des pesticides. On peut en récolter chez soi si l’on est certain de la qualité de son sol et de son environnement. Par contre, il faut absolument l’éviter si l’arbre est situé sur une ancienne décharge, une ancienne zone industrielle ou un endroit qui a été pulvérisé avec des pesticides. »

Isabelle Cornette adhère entièrement à ces recommandations environnementales. Dans son livre, elle préconise une cure printanière de sève de bouleau durant 10 à 21 jours pour provoquer un drainage (lymphe, sang, reins, foie, peau), une revitalisation et une reminéralisation. La sève de bouleau se récolte au printemps en perçant dans le tronc, à 80 cm du sol, un trou d’un diamètre de 8 mm et d’une profondeur de maximum 3 cm. On introduit un petit tuyau dans ce trou sous lequel on place un pot récolteur protégé des insectes. L’arbre peut fournir de 1 à 5 l de sève par jour durant 3 à 4 semaines. Le trou doit ensuite être rebouché avec un mastic pour arbre. La sève ne se conserve que 3 à 4 jours au frigo dans des bouteilles en verre. Isabelle Cornette conseille de la boire éventuellement incorporée à des jus frais de pommes, carottes, citrons, céleris ou à des potages… On peut en boire 100 à 500 ml par jour, répartis en 3 prises, 15 minutes avant les repas.

Des plantes sans contre-indications

Voici quelques plantes à usage médicinal sans contre-indications (si l’on ne les consomme pas de manière abusive) que le pharmacien Olivier Parvais cultive pour sa consommation personnelle.
Pour les tisanes, on peut utiliser le thym (antiseptique, antispasmodique…), le romarin (antiseptique dépuratif), la sarriette (antiseptique intestinal et expectorant), les feuilles d’artichaut (excellent dépuratif pour le foie), les fleurs de tilleul (pour bien dormir), la menthe comme la mélisse (pour digérer et améliorer le transit intestinal), les cônes de houblon (calmant, relaxant).
Dans les salades, pensez à introduire de temps en temps du fenouil et de l’anis crus pour favoriser la digestion. En outre, ces deux plantes stimulent la production de lait chez la femme allaitante. Le radis noir et le navet sont des dépuratifs du foie.
Pour traiter une verrue, on peut couper une tige de chélidoine et faire couler la sève sur la verrue. Néanmoins, il faut être prudent: se frotter incidemment les yeux avec des doigts qui ont été directement en contact avec la chélidoine peut provoquer une très forte irritation. Dans ce cas, le docteur Demarque, du Centre Antipoisons (centreantipoisons.be, 070 245 245), conseille un rinçage immédiat de l’œil durant 10 minutes à l’eau fraîche ou à température du corps. L’eau ne doit pas couler dans l’autre œil. Si une gêne persiste après 30 minutes, il faut consulter.

POUR ALLER PLUS LOIN

Le Jardin des Merveilles, d’Isabelle Cornette. L’herboriste y partage des recettes qui exploitent les vertus d’une quarantaine de plantes choisies pour favoriser notre santé et ravir nos papilles gustatives. (JDM Editions, 50€, à commander par mail: isabelle.cornette.jdm@gmail.com).
• Pour ceux qui veulent approfondir le sujet du point de vue scientifique, le pharmacien Olivier Parvais conseille la lecture de Drogues végétales, Plantes médicinales de Marc Delfosse, un livre scientifique de 640 pages édité par l’APB (Association Pharmaceutique Belge).

Texte: Benoît Huc

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