Maroc – Ouarzazate

Comme les cigognes, les touristes ne font que passer à Ouarzazate. Mais cette ville-étape a compris qu’il lui fallait lutter contre son  dénuement. Heureusement, elle ne manque pas d’atouts!

A première vue, Ouarzazate n’a rien pour elle. Passage obligé vers les oasis et les étendues désertiques du Sud, à la croisée des routes de Marrakech et d‘Agadir, base idéale avant de se cramponner au Toubkal (4 167m) ou au massif du Siroua, elle n’a ni charme ni animation,  pas de centre et rien d’autre à offrir que le décor naturel du plateau désertique sur lequel elle repose, tranquille, à 1 160m d’altitude. Un  décor de cinéma, de terre rouge et de caillasse, sur lequel on aurait dispersé des habitations, en pisé ou en ciment, rouges elles aussi, et de belles kasbahs comme les Lego d’un jeu d’enfant. Au départ d’une rue, à peine principale, flanquée d’agences de tourisme locales, d’hôtels et de petits commerces, vouée à la poussière.

Circulez, y a rien à voir

Pourtant, les randonneurs y affluent, les amoureux de la montagne adorent cette région! Car l’Atlas se profile à l’horizon, avec ses cimes enneigées, et les proches vallées du Dadès, du Drâa et du Sous regorgent de promesses. La spéculation immobilière va d’ailleurs bon train et l’on construit sans cesse des infrastructures touristiques, preuve que l’avenir est pour demain. L’aéroport international et le développement des moyens de communication continuent de transformer rapidement cette ville de garnison aménagée par les Français en 1928. Et puis, parmi les 70 000 habitants, certains en ont assez qu’elle soit laissée pour compte au profit des métropoles plus riches, attractives et anciennes qu’elle. Et ils s’activent, indifférents à la poussière soulevée par les 4×4 de passage, en travaillant pour que le Sud ne demeure pas
seulement la plaine de jeu des Occidentaux. Car si près de la moitié de la population est analphabèt et que, dans les familles pauvres,
les femmes continuent de cuire le pain dans leur four d’argile, les nombreux cybercafés invitent chacun à plonger dans la modernité, le GSM à portée de main. La mondialisation est à l’oeuvre, ce n’est pas Francesca qui s’en plaindra. Car Ouarzazate c’est aussi…

La conquête de l’espace

Energique Italienne d’une soixantaine d’années, Francesca fait partie d’une communauté de quatre soeurs franciscaines. Toujours en mouvement, cette femme de terrain est attachée à plusieurs projets de développement de la ville où elle habite depuis de nombreuses années. Au volant de sa voiture, elle se rend régulièrement à la Ferme «Amnougar ». Une ferme implantée sur un vaste terrain situé au milieu de nulle part, à une douzaine de kilomètres de Ouarzazate. Imaginez un bout de désert reçu en 1999 sur lequel il a fallu construire des bâtiments, installer l’eau et l’électricité ainsi qu’une bergerie en passe d’accueillir des moutons, avec des plantations d’arbres à irriguer et des légumes à cultiver. Deux puits ont été creusés, un château d’eau remis en fonctionnement, le Marathon des Sables (course annuelle à étapes) a offert 8 panneaux solaires, une pépinière est en projet. Et on ne s’en tiendra pas là! La bergerie financera les formations visant à rendre les handicapés actifs. Car à la ferme, ce seront des handicapés de l’association Horizon, née à Ouarzazate en 1994, ou d’Achourouk, assurant  depuis 1997 la formation de sourds, qui seront au travail sous la tyrannie du soleil parmi des familles installées là. Des ateliers de menuiserie ou de bijouterie sont en projet. Une vaste et formidable initiative, doublée d’une recherche incessante de financement. Francesca est partout, elle travaille encore à l’hôpital de la ville et soutient l’association Oxygène pour la promotion de la femme, de la mère et de l’enfant basée à Ouarzazate. Sans parler de l’expérience d’élevage de lapins par une association de femmes de quatre villages voisins, encadrée par l’Office de Mise en valeur de l’Agriculture de Ouarzazate. Un sacré travail social, juridique, économique et culturel à mener pour aider les femmes en difficulté. Mais Francesca reste aussi discrète qu’efficace car en ville, les stars se la jouent ailleurs! Il faut dire que Ouarzazate, c’est aussi…

Le Hollywood du Maroc

Orson Welles, David Lean, Michael Douglas, Martin Scorsese, Ridley Scott, Raoul Ruiz, Alain Chabat, Oliver Stone et bien d’autres  réalisateurs célèbres y ont fait un tour, avant Rachid Bouchareb dont le tournage des Indigènes, avec Jamel Debbouze, a eu lieu en 2005.
Depuis plusieurs années, l’Etat marocain et l’Autorité royale entendent promouvoir Ouarzazate, bientôt jumelée avec Hollywood, comme ville du cinéma, lieu de tournage de superproductions et, à terme, vecteur économique important de la ville marocaine qui deviendra bientôt la 2e plateforme internationale de

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