Jersey

Jersey
Cernée par les eaux foncées de la Manche, Jersey se terre, et sait se taire: c’est un paradis fiscal. Outre son mutisme bancaire, la perle des «anglo-normandes» – où on roule à gauche – a plus d’un tour dans son sac (de voyage). En route!

Bienvenue sur un mouchoir de poche de luxe, couleur émeraude, qui compte plus de Ferrari que de Smart au km2, et pourrait prétendre au saut en parachute doré comme sport national. Même s’il est plus sage d’y aller en ferry. Attention toutefois à la houle véhémente: il faut avoir le pied marin pour porter son plateau de fish & chips jusqu’à un fauteuil moelleux!

La traversée dure 1 h 20 au départ de Saint-Malo. Lorsqu’on pose une roue sur le plancher des vaches – n’oublions pas qu’on est en voiture -, il faut être vive d’esprit: ici, on roule à gauche. Ils sont fous, ces presque Anglais? L’explication est pratico-pratique: au Moyen Age, quand deux nobles british se croisaient à cheval dans une rue étroite, ils s’arrangeaient pour passer du côté «sans épée». Maintenant, les chevaux sont sous le capot et le changement de vitesse a remplacé l’épée, mais la tradition se maintient dans tout l’ancien empire britannique.

 

Etat des lieux

L’île mesure 14 km de long sur sept de large. Incroyable mais vrai, elle réussit à tricoter dans ses contours plus de 800 km de routes et chemins. Le plus amusant, c’est de s’y perdre. Avec beaucoup de mauvaise volonté, on arrive très bien à ne pas comprendre le plan hyper détaillé du réseau routier. Et alors là… On se plonge dans un monde merveilleux qui ressemble aux décors de l’Inspecteur Barnaby: des prés peuplés de célébrissimes vaches Jersey, dont le lait hyper riche donne une crème fraîche qui fait la fierté de tout l’horeca local, De petits cottages dans de menus jardins clôturés par de minuscules barrières en bois, des arbres tellement penchés que leurs cimes forment des voûtes.

Un de ces trajets enchantés mène à travers champs au Hamptonne Country Life Museum. Cette ferme autonome du 15e siècle a été entièrement restaurée, avec sa presse à cidre mue par un cheval, sa boulangerie, son potager d’herbes et légumes… Elle porte le nom de la famille qui l’a achetée en 1633. Depuis, on rêve d’y habiter…

 

On a marché sur la lune

Parlant de vieilles pierres, la visite du château de Mont-Orgueil s’impose. À partir de la capitale, Saint-Helier, choisissez de longer la côte sud par la route A4 plutôt que de couper par les champs. À marée basse, le paysage entre le rivage et la tour Seymour est tout bonnement lunaire. Des rochers noirs tapissent le sable mouillé comme autant de météorites tombés du ciel. Vu de la route, c’est impressionnant! Mais impossible de s’arrêter pour prendre des photos.

Les balades ne peuvent être faites que sous la conduite d’un guide expérimenté ( 20 €). Mieux vaut d’ailleurs être accompagnée par un de ces professionnels, car la marée remonte très vite: vous pourriez vous retrouver isolée dans la tour pendant 12 heures! Les fans de sensations fortes peuvent d’ailleurs y louer l’unique chambre pour la nuit. Tranquillité garantie!

 

Donjon et Drogo

Drogo de la Hougue est un des archers dont les noms sont gravés sur une stèle du château. Il le défendait en 1337 et a servi son seigneur de nombreuses années. Rénové l’an dernier à grands frais, le colosse de Jersey présente dans le donjon un labyrinthe de pièces qui communiquent entre elles par de petits escaliers. Derrière les lourdes portes en bois massif, on imagine sans peine les brodeuses dans les chambres des dames, assises dans l’embrasure de la fenêtre, un œil nostalgique caressant le rivage de la France, au loin.

 

Entre France et Angleterre

Si ce fier défenseur de l’île a été érigé au 13e siècle, ce n’est pas pour rien. En effet, son histoire a été plutôt mouvementée. Pour résumer rapidement, les terres de Jersey furent d’abord colonisées par des fermiers bretons vers l’an 700. Au 10e siècle, elles furent annexées au duché de Normandie. En 1066, Guillaume le Conquérant, de Normandie, s’arrogea la couronne d’Angleterre… et voilà donc Jersey devenue english. En 1204, la France reprit le duché de Normandie au roi John.

Sommés de choisir leur allégeance, les insulaires votèrent pour la couronne d’Angleterre à certaines conditions. Ils obtinrent le privilège de ne pas payer d’impôts, c’est ainsi qu’est né le paradis fiscal. Après plusieurs attaques, invasions et occupations, notamment par les Allemands, l’île conserve aujourd’hui son indépendance et sa gestion propre, mais reste sous la protection des souverains anglais…

Tiraillée pendant des siècles entre deux influences, l’île a développé une culture hybride. B

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