Zep: J’amuse ma part d’enfant en l’écrivant

Zep: J'amuse ma part d'enfant en l'écrivant
 Il y a près de 20 ans, Zep croquait pour la première fois Titeuf. Douze albums plus tard, le petit garçon à la mèche blonde arrive sur le grand écran. Rencontre avec son créateur.

 

Lorsque vous avez imaginé Titeuf, vous attendiez-vous à un tel succès?

J’espérais simplement qu’on lise mes BD, mais je n’avais jamais imaginé faire autant d’albums. Je pensais que c’était un one-shot. Le premier était un tribut à l’enfance, autobiographie. Quand j’ai dessiné Titeuf pour la première fois, il y avait une espèce de dédoublement de la personnalité. J’étais ce Titeuf quand je l’écrivais. J’étais traversé par ses émotions, j’étais vraiment en colère ou révolté contre des trucs.

Puis le public s’est agrandi de plus en plus…

Les gens ont aimé ce personnage et se sont manifestés. Au début, c’était le public « bande dessinée » de l’époque, c’est-à-dire surtout les hommes entre 20 et 50 ans, qui étaient fans de Titeuf. Ensuite, il y a eu des enfants et un public féminin, alors qu’à l’époque, on disait « de toute façon, les femmes ne lisent pas de bande dessinée. » Il y a eu toutes sortes d’explications, de théories pour expliquer ce succès, mais je trouve qu’il n’y a rien qui convainc tellement. Ça me plaît que ce soit mystérieux! J’ai de la chance, les gens aiment mon personnage, et ça m’emmène au cinéma!

Après les jeux vidéos, la série télévisée et maintenant le cinéma, quel pouvoir gardez-vous encore sur votre personnage?

Les jeux vidéos, je ne m’en occupe pas du tout, parce que je n’y connais rien. Et la série, j’ai délégué parce que ça m’échappait un peu. Par contre, pour l’écriture, je suis un dictateur. Sur les livres personne n’écrit une ligne sur Titeuf. Pour le film, j’ai dit « ok si c’est moi qui le réalise!

Le film a mis 2 ans pour se concrétiser mais le scénario était-il écrit depuis longtemps?

Je n’avais pas d’idées concrètes! Qu’est-ce qui est possible dans un film et qui ne l’est pas en bande dessinée? Un jour, on a eu les fonds et les partenaires nécessaires pour faire le film, et là j’ai écrit mon histoire.

Allez-vous abandonner la bande dessinée pour quelque temps?

Je continue à adorer la bande dessinée. J’adore ce côté libre de la lecture. Chacun va le lire différemment et j’aime ça. J’aime cette liberté! Tenter l’expérience du cinéma, où je suis cette espèce de maître absolu, où le spectateur est captif dans le fauteuil et on l’emmène… C’est assez excitant!

Comment s’est fait le choix de Jean-Jacques Goldman et Johnny Hallyday pour la musique?

J’avais travaillé sur les illustrations de l’album de Jean-Jacques (Chansons pour les pieds) On est amis et pour moi c’est une personne, de confiance. C’est lui qui m’a conseillé d’écrire les chansons, et il les a adaptés. Pour la chanson, Les filles à quoi ça sert?, j’ai également écrit les paroles, et il a amené ce quatuor dessus (Jean-Jacques Goldman, Alain Souchon, Bénabar et Francis Cabrel). Johnny, lui, a été contacté par le biais de Jean-Jacques et de ses musiciens.

Comment s’est fait le choix des acteurs pour le doublage?

Il y a certains acteurs que je voulais depuis le début, par exemple Michael Londsdale pour le rôle du psy. Et puis, Zabou, c’est pareil que Jean-Jacques, c’est une copine depuis des années. On avait déjà évoqué le film plusieurs fois et c’était une évidence qu’elle soit dedans. Les autres comédiens, ont été choisis au moment du casting.

À quel public s’adresse votre film?

C’est une comédie qui s’adresse autant aux adultes qu’aux enfants. Les enfants prendront ce qu’ils veulent, comme dans les albums. Certaines choses très burlesques vont peut-être leur plaire et peut-être que les choses plus graves leur évoqueront des souvenirs. Mais j’amuse ma part d’enfant en l’écrivant! Je m’amuse aussi en tant qu’adulte, quand j’écris la dispute de Jean Rochefort et de Maria Pacôme par exemple. Quand je mets Jean-Jacques Goldman ou Johnny, je pense à moi adulte, pour les enfants, ce sont des références qui sont inutiles, mais pour les adultes, c’est sympa.

Votre film mélange également des sujets plus graves avec des moments de rigolade…

Dans Titeuf c’est toujours comme ça, un mélange de sujets graves et des choses potaches. L’enfance c’est ça, on a besoin de rigoler, on a besoin du jeu parce que c’est la clé pour traverser l’enfance. J’aime cette idée que le rire c’est une bouée quand on est enfant. L’humour et la dérision permettent le dialogue et surtout d’éviter que des sujets deviennent tabous. Donc Titeuf, par moments il traverse des choses dures, par moments c’est juste de la déconne, c’est la vie qui est comme ça! Les gens qui ne sont que sérieux et graves, ils m’impressionnent… Je ne sais pas comment ils font pour traverser ça.

Ce film en amènera-t-il d’autres?

Ça dépendra vraiment de l’accueil du public. Mais pour Titeuf, je n’ai jamais de problème de pages blanches, si je dois écrire, j’écris

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