Devenir sourde?

Devenir sourde?
Anomalie génétique, accident, infection, traumatisme sonore… les troubles de l’audition, c’est aussi l’affaire des jeunes!

Rencontre avec Michel Gersdorff, chef du service d’oto-rhino-laryngologie des Cliniques Universitaires Saint-Luc.

 

Dès la naissance, le test

Autrefois, la surdité des enfants n’était généralement diagnostiqué qu’entre 12 et 36 mois. Mais, depuis novembre 2006, la Communauté française a lancé un programme de dépistage de la surdité dans les maternités. Dès son troisième ou quatrième jour de vie, tout enfant est soumis à un test d’audition, simple, rapide et indolore, basé sur la technique dite «des otoémissions acoustiques provoquées» et effectué de préférence pendant son sommeil. Une fois le nom du nouveau-né encodé dans l’appareil, une sonde protégée par un embout est introduite délicatement dans son oreille.

La réponse s’affiche en quelques minutes. Habituellement, la cochlée de l’enfant, organe de l’audition situé dans l’oreille interne, est déclarée bonne pour le service. Dans le cas contraire, un autre test est effectué dès le lendemain. S’il confirme le résultat du premier, une mise au point par un médecin ORL s’impose.

«L’avantage du dépistage néonatal est que les enfants sourds peuvent être pris en charge très rapidement, explique  Michel Gersdorff. S’ils entrent en ligne de compte pour un implant cochléaire (voir encadré C’est quoi, cet implant?), ils peuvent en bénéficier dès l’âge de cinq ou six mois, ce qui leur permet d’acquérir un langage correct et de suivre, ultérieurement, une scolarité normale. Quant aux enfants venus au monde avec une déficience moins sévère, ils peuvent être équipés d’aides auditives amplificatrices.» 

 

Allô j’écoute!

Mais les enfants ne sont pas les seuls à souffrir de surdités liées à une atteinte de l’oreille interne (autrement dit la cochlée et le nerf auditif). L’implant cochléaire peut donc aussi rendre l’ouïe à ceux, enfants ou adultes, qui sont devenus sourds après l’acquisition du langage.

«C’est-à-dire à ceux qui sont devenus malentendants à la suite d’un accident, par exemple, explique le Professeur Gersdorff. Une fois opérés, ils redeviennent capables de converser, de téléphoner, de mener une vie sociale normale. Plus ou moins vite selon leur âge, la plasticité de leur cerveau, leur volonté, etc. Mais j’ai vu des jeunes de 20 ans s’adapter à l’implant en quelques jours!» 

 

Trop de bruit!

Les surdités qui concernent l’oreille interne peuvent aussi provenir de l’exposition au bruit. «Entre l’oreille de l’homme de Cro-Magnon et la nôtre, il n’y a absolument aucune différence, souligne Michel Gersdorff. Mais l’environnement sonore, lui, a beaucoup changé! Les jeunes, en particulier, doivent comprendre qu’ils doivent éviter de traumatiser leurs oreilles, surtout de manière chronique, en fréquentant les discothèques et les mégaconcerts sans bouchons d’oreilles et en poussant au maximum le son de leurs MP3!»

Que risquent-ils? «Une baisse de l’audition, voire une surdité brusque, mais surtout des acouphènes, c’est-à-dire des bruits parasites – sifflements, chuintements, grésillements, etc. – impossibles à supprimer et souvent très difficiles à gérer!»  

 

La chirurgie, dans certains cas

Certaines surdités ne concernent pas l’oreille interne mais bien l’oreille externe et/ou l’oreille moyenne, c’est-à-dire le conduit auditif, le tympan et les osselets. La plupart sont dues à des otites à répétition, ou bien à l’otospongiose, maladie qui entraîne le blocage du plus petit des osselets, l’étrier, et du même coup une mauvaise transmission des sons.

«Dans ce cas on recourt à la chirurgie. Il est possible de réparer le tympan au moyen d’un greffon, explique le Professeur Gersdorff. Et les osselets abîmés peuvent être remplacés par des osselets artificiels en matériaux biocompatibles — notamment du titane.» 

 

Presby quoi?

Même si l’ouïe baisse avec l’âge – c’est ce qu’on appelle la presbyacousie, et elle est aussi inévitable que la presbytie – les troubles auditifs ne sont donc pas réservés aux plus de 50 ans. «Mais, quel que soit l’âge, il ne faut pas se résigner, conclut Michel Gersdorff. A l’exception de quelques rares surdités d’origine cérébrale (pour bien entendre, il faut un cerveau en bon état!), toutes les surdités peuvent aujourd’hui être améliorées par un traitement médical, chirurgical ou prothétique. La malentendance n’est donc plus une fatalité!»  

 

C’est quoi, cet implant?

En Belgique, le premier implant cochléaire a été placé – par Michel Gersdorff – en septembre 1984. A l’époque, l’intervention prenait près d’une journée; aujourd’hui, elle ne demande qu’une à deux heures. En bref…

  • L’implant transforme le son en impulsions éle

Continuez votre lecture ci-dessous, après la publicité

Attendez le prochain article de Femmes d’Aujourd’hui, il en vaut vraiment la peine :)