Docu: la domination masculine

Docu: la domination masculine
Les femmes à la cuisine et les hommes au pouvoir? Ce docu dresse un constat amer sur les rôles attribués aux femmes dans la société occidentale.

Les femmes à la cuisine et les hommes au pouvoir? Objet d’une polémique en France et au Canada -le réalisateur ayant même reçu des menaces de mort-, ce docu dresse un constat amer sur les rôles attribués aux femmes dans la société occidentale. Un titre accrocheur La domination masculine pour une affiche pas moins interpellante: des mains féminines tricotant un sexe façon patchwork. Ca en dit déjà long sur la teneur de ce documentaire patriarcal. «Long» comme la taille du phallus dont les hommes ont la fâcheuse tendance à considérer comme la chose la plus importante au monde…

 

Bien dans son slip, bien dans sa tête?

L’enquête épingle une multitude de facettes sur l’inégalité aberrante entre les sexes à travers les symboles de la domination masculine. A commencer par le culte du mâle dominant, illustré en boutade dès l’ouverture du film par l’opération d’un pathétique  jeune homme qui se fait rallonger le pénis afin de se sentir «mieux dans son slip» et plus à même de clamer son identité. Une intervention vitale pour beaucoup. L’homme se résumant donc à son phallus. Un phallus démultiplié synonyme de fierté et de pouvoir. Une intro presque ironique mais pour le moins révélatrice. Se pose alors la question de ce qu’est la masculinité? La taille de son pénis… ou ne serait-ce qu’une question de domination?

Suivent alors les témoignages d’adeptes du «speed-dating» qui avouent chercher un homme protecteur, possessif, mieux payé qu’elles, «stéréotype de l’ancien temps». Et la rencontre d’un vendeur dans un magasin de jouets commentant la raison d’être des rayons garçons et filles : aux uns, les machines et tout ce qui implique un rôle de chef, aux autres, les poupées, balayettes, rêves de princesses pour imiter les tâches ménagères dévolues aux mamans. Des rôles prédestinés et normalisés dès le plus jeune âge.

 

La femme, l’avenir de l’homme?

Aussi consternants que soient ces reportages, ils reflètent une réalité: une culture de la domination dite «silencieuse» des hommes bien ancrée dans la littérature enfantine, les jouets, la pub ou la religion et rabaissant les femmes au statut de spectatrices. Une domination contre laquelle se bat le féminisme.

Ah, ce fameux sexe fort qui définit le sexe faible ou serait-ce plutôt l’inverse? La femme ne serait-elle pas devenue une menace pour l’homme ? La femme d’aujourd’hui, celle qui monte dans l’échelle sociale, prend en effet de plus en plus de place auprès de la gente masculine et allie parfaitement vie familiale et vie professionnelle. Les mecs auraient-ils les boules? Entre la domination des poitrines pulpeuses et des hommes bien membrés, la logique pourrait vite s’inverser. Mais le réalisateur prouve le contraire, le féminisme n’est pas encore parvenu à castrer l’homme. Il part au Québec où se relancent un courant féministe et un contre-courant réactionnaire qu’elles appellent «backlash» ou «ressac»: l’un sur les violences conjugales et les femmes battues, l’autre sur le massacre de L’Ecole Polytechnique de Montréal en 1989 où un élève tua quatorze de ses camarades. Leur crime? C’est qu’elles étaient des femmes… Un événement qui ne peut laisser indifférent.

 

La «mâle attitude»

Patric Jean, le réalisateur belge du documentaire, s’est aussi infiltré chez ceux qu’on appelle les «masculinistes», ces hommes qui considèrent le féminisme comme «un crime contre l’humanité».Il exhume également des archives étonnantes comme ce document accablant qui montre Léo Ferré exhalant sa haine des femmes cultivées et clamant que celles-ci ont «leur intelligence dans les ovaires». Ou encore une interview du célèbre journaliste français Eric Zemmour qui défend «l’homme comme prédateur».

Au final, ce film démontre que nos attitudes collent rarement à nos discours. L’illusion de l’égalité cache un abîme d’injustices quotidiennes que nous ne voulons plus voir. Et où chacun joue un rôle. A travers des séquences drôles, ahurissantes et parfois dramatiques, le film oblige ainsi à nous positionner sur un terrain où chacun pense détenir une vérité. «Je veux que les spectateurs se disputent en sortant de la salle» déclare d’ailleurs Patric Jean.

Même s’il tient plus du docu télé, le film est passionnant de vérité sur le machisme du XXIe siècle. Un machisme souvent invisible mais bien présent. Car cette «mâle attitude» -sincère, révoltante et accablante- risque d’en castrer plus d’un. A voir absolument!

Texte: Pierre-Yves Paque

 

La Domination masculine ***
Documentaire réalisé par Patric Jean (France/Belgique, 2007, 103′).
En salles à l’Actor’s Studio à Bruxelles à partir du 2 décembre.

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Attendez le prochain article de Femmes d’Aujourd’hui, il en vaut vraiment la peine :)