Ados, faire face à la violence

Ados, faire face à la violence
Plus agressifs qu’avant, les jeunes? En Europe, les statistiques ne le prouvent pas. Mûrs plus tôt, c’est certain. Donc, plus précoces quant à certains comportements. Y compris dans des conduites déviantes. Comment faire face aux actes ou paroles brutales? Conseils et avis d’experts.

Du meurtre de Joe gare centrale à Bruxelles au massacre de Virginia Tech aux Etats-Unis de printemps, les faits divers mettant en scène des ados violents marquent profondément les esprits. Comment des jeunes, parfois presque encore enfants, peuvent-ils pratiquer de tels actes de sauvagerie? Voit-on émerger une génération agressive et destructrice, qui n’aurait plus aucun respect pour la vie d’autrui?
Xavier Pommereau est médecin psychiatre et directeur du Pôle aquitain de l’adolescent au centre Abadie, au CHU de Bordeaux. Il est spécialisé dans la prise en charge des troubles psychiques à l’adolescence. Il s’est penché sur la question: « Je pense que nous sommes dans une société à la fois de l’individu, de la consommation et de l’image qui fait qu’un certain nombre d’enfants sont en difficulté identitaire au moment de l’adolescence et que ça suscite chez eux une grande violence.
Mais il faut tout de même relativiser. 15% des adolescents vont mal? Cela veut dire aussi que 85% des adolescents vont plutôt bien. Je ne sais pas si on peut dire que les adolescents souffrent plus qu’avant. Disons qu’il y a un déplacement de la souffrance en question. C’est vrai qu’il y a sans doute aujourd’hui, beaucoup plus d’adolescents en situation de mal-être existentiel. Mais est-ce plus grave que d’avoir faim et soif, que de craindre les bombes et les attentats? Là encore, il faut relativiser… »

Une multiplication de petits faits

Les agressions mises en évidence par les faits divers sont spectaculaires. Mais sont-elles représentatives de la violence en milieu scolaire? Heureusement non, comme l’affirme le dernier état des lieux organisé par le gouvernement de la Communauté française (*): « La violence scolaire se caractérise essentiellement par des faits mineurs d’un point de vue juridique, les faits de violences graves étant relativement rares, même extrêmement rares en ce qui concerne les atteintes physiques à l’égard des membres des équipes éducatives ».
En revanche, le nombre de personnes déclarant avoir été victimes de violence semble, lui, tendre à augmenter.
Les actes médiatisés par les infos ont sans doute pour conséquence d’accentuer une impression d’insécurité dans les écoles. Il en résulte un certain malaise, pour ne pas dire une peur dans le camp des enseignants. C’est ainsi que par exemple, que le nombre d’enseignants souscrivant des assurances complémentaires contre les agressions est en nette augmentation ces dernières années (…) 

Pas de révolution tranquille

Il n’empêche. L’adolescence n’est pas un long fleuve tranquille, loin de là. C’est une période de bouleversement et de tempête où certains débordements peuvent se produire. Psychologue spécialisé dans les problèmes comportementaux, Daniel Gueray explique: « L’adolescence est une violence déjà en soi, dans la mesure où le fait d’accéder à la puberté, c’est faire l’objet d’une révolution, subir des remaniements et des tensions, éprouver des bouleversements que l’on ne maîtrise pas.
D’autre part, l’adolescence fait violence auprès de l’entourage en rendant le sujet étrange et étranger aux siens. Ses réactions surprennent, ses nouvelles potentialités dérangent et signalent une autonomie prochaine qui oblige les parents à faire le deuil de l’enfant que n’est plus l’adolescent. » (…)

Les questions que les parents se posent

La violence est-elle toujours négative?
La violence n’est pas quelque chose à éradiquer. Il faut justement que l’on cesse de vouloir éradiquer la violence, parce que plus on cherche à nier, éliminer ce mouvement naturel de la vie, plus il va resurgir là où on l’attend le moins. Tant que les choses se passent assez bien, que l’adolescent arrive à faire avec la violence qu’il a en lui, à la décliner de différentes façons, à la déplacer, à la sublimer, pas de problème. Mais si au contraire l’adolescent explose les murs de sa chambre, lacère tout à coups de cutter, il y a un débordement qui vient dire une fièvre, un débordement « hors de soi » en quête d’apaisement.
Quelle conduite adopter?
L’idée n’est pas de faire comme si les adolescents n’étaient pas violents. Les adolescents ont une violence, et malheureusement trop souvent, les adultes n’ont pas conscience de cette violence que les adolescents ressentent et qui va modifier radicalement les relations avec les autres… Pour dire bref, chaque fois qu’un adolescent est capable de faire de la musique plutôt que de trouer les murs de sa chambre à coups de cutter, c’est mieux. Et pourtant, dans la musique, il peut y avoir une grande violence exprimée…
Merci à Marc Auger, psychologue

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