Stop aux kilos émotionnels!

Stop aux kilos émotionnels!
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Consommer des aliments, de préférence gras et sucrés, pour se réconforter n’a rien d’anormal. Mais quand la nourriture devient LE moyen privilégié pour «noyer» les problèmes, les ennuis commencent.

Sophie fonctionne ainsi depuis l’adolescence: «Ça a commencé l’année de mes 14 ans. J’avais un physique un peu ingrat et les autres se moquaient de moi. Pour tenir le coup, je me suis mise à me bourrer de sucreries, et depuis, impossible d’arrêter!» «Moi aussi, j’avais 14 ans, se souvient Lin. Quand ma mère est morte, mon père, ma soeur et moi sommes restés chacun dans notre bulle, sans rien partager. Ma seule consolation, c’était la nourriture…»

Bien-être immédiat

Sabrina, elle, a perdu son père en entrant dans l’âge adulte. «C’était un papa aimant et toujours très présent. Ma mère, par contre, était alcoolique, dépressive et violente: au lieu de me donner de l’affection, elle m’a gâché la vie. Très vite, je me suis réfugiée dans la nourriture pour compenser le manque d’amour et le vide autour de moi.» Chez Marie, le problème est apparu dès ses premiers pas dans le monde du travail: «Mon premier boulot m’a mise en contact avec une clientèle exigeante, impatiente, pas toujours correcte, très difficile à gérer. Alors, je me suis rabattue sur les pâtisseries, les biscuits, les bonbons… tout ce qui pouvait me procurer un bien-être immédiat.» Même chose chez Myriam, dont le patron «était une sorte de fou furieux, qui hurlait en permanence et voulait qu’on bosse 12 heures par jour pour un salaire de misère. Je n’avais que 20 ans, je me sentais super mal, et il y avait dans le hall toute une série de distributeurs remplis de saletés sucrées. Aujourd’hui, j’ai 49 ans, mais je grignote toujours!» Chez Caroline, le déclencheur a été «la séparation avec mon mari, il y a 8 ans. J’ai essayé de combler ma solitude, ma tristesse, mon échec en mangeant. Et l’habitude m’est restée…»

Aliments plaisir

Constantes ou à épisodes, les compulsions alimentaires se traduisent, à la longue, par une accumulation de kilos dits «émotionnels», que le psychiatre français Stéphane Clerget, auteur du livre Les kilos émotionnels: comment s’en libérer, définit comme «des kilos acquis, des prises – ou parfois des pertes – de poids provoquées par des raisons émotionnelles récentes ou inscrites plus profondément en nous, remontant parfois à l’enfance». A la base, il y a un réflexe vieux comme l’humanité et le lait maternel. «Quand nous avons le moral en baisse, explique le docteur Patrick Van Alphen, médecin nutritionniste à la Clinique du poids idéal du CHU Saint-Pierre, que le motif soit banal ou dramatique – une critique, une dispute, une rupture sentimentale, un deuil… – nous avons tendance à nous tourner vers des aliments qui nous font plaisir, donc des gâteaux et du chocolat plutôt que des choux de Bruxelles, parce que la nature a fait du goût sucré un des moteurs de notre comportement alimentaire… Ce n’est pas psychiatrique, c’est automatique!»

Gras et sucrés

Et c’est loin d’être rare: selon une étude parue en avril 2013 dans l’American Journal of Clinical Nutrition, 52 % des femmes et 20 % des hommes mangent sous le coup d’une émotion négative. Et si, pour se réconforter, les mangeurs émotionnels privilégient les aliments gras et sucrés, c’est parce que ces deux caractéristiques sont nécessaires pour activer, dans le cerveau, les neurotransmetteurs du plaisir et du bien-être, comme la dopamine. «Le cerveau est programmé comme ça, affirme Marie-Aude Delmotte, diététicienne-nutritionniste formée à l’approche biopsychosensorielle du GROS, le célèbre Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids. Avoir envie de manger gras et sucré en réponse à certaines émotions n’a donc rien de pathologique: ça participe au contraire à notre équilibre mental.»

Un cercle vicieux

Mais, si ce phénomène est normal, pourquoi grossissons-nous? «Parce que, dans notre société où les graisses et le sucre sont mis à l’index, le seul fait d’avoir envie d’aliments gras et sucrés suffit à susciter en nous un sentiment de culpabilité, qui prive ces aliments de leurs vertus réconfortantes, explique Marie-Aude Delmotte. Autrement dit, après avoir mangé, nous nous sentons encore plus mal qu’avant. Nous remangeons donc pour nous consoler, ce qui nous amène à reculpabiliser, et donc à remanger, et le cercle vicieux est amorcé.» Nos lectrices-témoins en passent toutes par là. «Manger m’aide sur le moment, souligne Isabelle, mais, dans les minutes qui suivent, je culpabilise à fond. Notez qu’au moment où j’ouvre le frigo, je sais que je vais culpabiliser. Mais je le fais quand même! C’est très pervers comme mécanisme.» «C’est un vilain engrenage, confirme Caroline. J’ai une vie professionnelle très prenante, et je ne grignote jamais au travail. Mais, pour craquer, il suffit que je passe la porte de chez moi – de cette maison qui a été notre ‘chez nous’ – surtout les semaines où mon fils est chez son père, et où je me retrouve seule avec moi-même.» Et, pour Pascale, c’est encore pire: «Non seulement je mange quand ça va mal, mais je me récompense avec de la nourriture quand ça va bien!»

Mais qu’est-ce que je fous là?

Et, plus ou moins vite, selon la fréquence des ‘craquages’, le poids augmente. «Je sais que c’est complètement idiot, insiste Myriam. Je vais me sentir mieux 5-10 minutes, et puis ce sera pire. Mais je n’arrive pas à m’en empêcher: c’est comme une drogue. Je me retrouve tout le temps dans la cuisine, devant le frigo, à me dire: ‘Mais qu’est-ce que je fous encore là?’ Résultat: à 49 ans, j’en suis arrivée à 95 kilos pour 1 m 63!» L’ennui, c’est que la plupart des victimes de l’alimentation émotionnelle réagissent à cette prise de poids de la plus mauvaise façon qui soit: en ‘faisant régime’. «Pour prendre du poids, rien de tel que de se maltraiter avec des régimes voués à l’échec, tranche le Dr Stéphane Clerget. Trop de femmes luttent en permanence contre leurs émotions et leurs envies. Or, c’est une erreur de croire qu’il faut se battre contre soi pour maigrir. Les régimes volontaristes et agressifs ne font que du mal, surtout en ce qui concerne les kilos émotionnels. Ne déclarez pas la guerre, ni aux kilos, ni aux aliments, ni surtout à vous-même. Au contraire, faites la paix!»

Yo-yo et mésestime de soi

«Chez moi, en tout cas, les régimes n’ont jamais donné le résultat espéré, reconnaît Isabelle. Il suffit d’un minuscule grain de sable, une émotion, et c’est reparti!» «J’ai fait des régimes, avec ou sans diététicienne, constate Caroline, mais c’est plus fort que moi: stressée, je m’empiffre!» «J’ai 31 ans, déplore Marie, et, depuis l’âge de 16 ans, j’ai multiplié les régimes yo-yo…» «J’en ai plus qu’assez des frustrations et des régimes en tous genres, commente Pascale. Chaque fois, c’est la même chose: je m’impose un régime hyperstrict, et je réussis à perdre du poids, mais, à la moindre émotion négative, je laisse tout tomber et je mange à nouveau sans aucune restriction!» Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 95 % des personnes qui ont suivi un régime reprennent, voire dépassent, leur poids initial. «Non seulement les régimes vous coupent de vos sensations alimentaires – vous ne savez plus quand vous avez faim, ni quand vous êtes rassasié(e) – mais ils sont catastrophiques pour l’estime de soi, remarque Patrick Van Alphen. Après l’échec d’un régime, vous vous méprisez physiquement et socialement, ce qui vous plonge dans une humeur dépressive qui génère des envies… d’aliments gras et sucrés, et notamment de chocolat. Retour à la case départ!»

Acceptation

Alors, que faire? «Pour se débarrasser de la compulsivité alimentaire, il faut d’abord entrer dans l’acceptation de l’envie de manger émotionnelle, affirme Marie-Aude Delmotte. Et donc dissocier les prises de nourriture de la culpabilité: vous avez le droit de faire appel à la fonction réconfortante des aliments. Une fois que vous l’aurez compris, vous échapperez au cercle vicieux réconfort-culpabilité.» Plus facile à dire qu’à faire? «Sans aucun doute, confirme Patrick Van Alphen, mais il existe des outils pour vous y aider, en particulier l’hypnose, qui vous débarrasse de votre vision négative de vous-même et vous permet de visualiser votre vrai corps, par-delà les kilos émotionnels.» Un travail sur vos émotions est également indispensable. «J’ai consulté une psy qui m’a obligée à toute une réflexion, explique Caroline. Chaque fois que je mettais quelque chose en bouche en dehors des repas, je devais me poser, penser à l’émotion que j’éprouvais, et puis finir de manger et noter ce que je ressentais. Maintenant, c’est dès que l’envie me prend de manger quelque chose que je dois réagir: mettre une activité en place, aller faire un tour à vélo, par exemple, jusqu’à ce que cette envie me passe. C’est parfois dur – parce qu’en fait, manger, c’est facile – mais ça marche!»

Ni plus ni moins

Reste à renouer avec les sensations de faim et de satiété qui sont les seuls vrais repères pour manger selon vos besoins, ni plus ni moins. «Il est possible de réapprendre à manger quand on a faim et à s’arrêter quand on n’a plus faim, souligne Marie-Aude Delmotte. En attendant d’avoir vraiment faim pour manger, par exemple, même s’il faut pour cela négliger les heures ‘normales’ des repas. Et en s’entraînant à manger en pleine conscience, en portant toute son attention sur le moment présent, et donc sur l’acte de manger. Pour échapper à l’alimentation émotionnelle, il faut donc accepter la compulsion, remettre les émotions à leur place et réactiver le mécanisme physiologique d’autorégulation alimentaire. C’est un travail à trois niveaux, qui n’est pas facile, mais qui permet de retrouver le vrai plaisir de manger. Et de vivre.»

POUR ALLER PLUS LOIN

  • www.gros.org Le site du GROS (Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids). Les praticiens belges figurent, avec leurs confrères français, sous Annuaire des praticiens.
  • www.linecoaching.com Une thérapie en ligne mise en place par le GROS pour vous aider à retrouver un rapport sain à la nourriture.

Quelques livres

  • Les kilos émotionnels – Comment s’en libérer, Dr Stéphane Clerget, éd. Livre de Poche Psycho (Egalement Bien dans son assiette, bien dans sa tête chez Fayard, 2016).
  • Dites non à l’alimentation de consolation, Dr Roger Gould, éd. J’ai Lu Bien-être.
  • Cessez de manger vos émotions – Trucs et stratégies pour mettre fin à l’alimentation émotionnelle en 30 jours, The Blokehead, Babelcube Inc., 2015.

Texte Marie-Françoise Dispa

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