Témoignage: “Nous sommes une famille homoparentale”

Témoignage: "Nous sommes une famille homoparentale"

La famille homoparentale fait aujourd’hui partie de l’environnement des familles modernes. Et s’il reste nombre de tabous autour de l’homosexualité, ces parents souhaitent être considérés comme les autres. Ailaan est amoureuse d’une femme avec laquelle elle a créé une famille à son image. Elle nous parle de son parcours dans un témoignage touchant.

Cette trentenaire est une femme comme les autres. Active et passionnée, Ailaan travaille à temps plein, aime la lecture, jardiner, cuisiner, faire du shopping et s’occuper de ses deux filles. Après avoir vécu en couple avec un homme, elle partage depuis plusieurs années sa vie avec une femme dont elle est éperdument amoureuse. Ensemble, elles ont construit une famille recomposée et homoparentale avec les deux filles d’Ailaan. Elle nous explique son histoire et son quotidien presque ordinaire.

 L’hétérosexualité comme paramètre par défaut

“Plus jeune, je ne me posais pas vraiment de questions concernant la sexualité, que ce soit pour moi-même ou pour les autres: les garçons épousent les filles, et vice-versa. Cela faisait partie des choses qui allaient de soi pour moi. Comment aurait-il pu en être autrement? Issue d’une famille modeste et catholique, d’origine étrangère, j’ai grandi dans des quartiers populaires et je ne connaissais rien de l’homosexualité.

Dans cet environnement, l’amour entre deux personnes du même sexe était considéré, au mieux, comme un tabou dont on ne parle pas et au pire comme une dépravation ou un pêché mortel. Dans ma famille, on faisait preuve de suffisamment de tolérance pour considérer que ce sont des choses qui arrivent, du moins en apparence. Alors autant vous dire que je ne me suis jamais posé la question de mon orientation sexuelle.

L’étiquette de la mère de famille hétéro

J’ai rencontré ma compagne actuelle à l’université. Nous sommes rapidement devenues amies, et j’ai d’ailleurs fait la connaissance de ses copines. De mon côté, j’avais un copain (qui est devenu mon mari) que je lui ai aussi présenté. Après nos études, nous sommes restées en contact, tout en évoluant chacune dans nos vies respectives: elle se donnant à fond dans son évolution professionnelle, pendant que je réalisais mon envie de devenir maman.

Durant toute ces années d’amitié, son homosexualité n’a jamais posé aucun problème, et surtout toute la situation était sans ambiguïté ni malaise. Elle était mon amie, point. Ensuite, après de nombreuses années de couple avec mon mari, les choses ont changé. Ou plutôt j’ai changé. C’était la crise dans ma tête et dans mon couple, je me sentais accablée par toutes ces cases que l’on doit cocher pour avoir une vie comme il faut, par ces étiquettes qu’on nous colle, surtout en tant que femme. Tout a explosé et j’ai exploré d’autres sexualités, d’autres horizons. C’est à ce moment que nous nous sommes rapprochées. Puis l’amour a pris le dessus, et ‘l’étiquette de la mère-de-famille-hétéro-en-couple’ sous laquelle je vivais a volé en éclats. J’étais toujours mère, mais amoureuse d’une femme et à l’aube d’une autre vie.

Ne pas mentir

Tout a été très vite entre nous et la question de savoir ce que nous allions dire à mes filles, âgées à ce moment-là de 4 et 2 ans et demi à l’époque, s’est posée. Et si pour moi cette période était assez bouleversante et incertaine, une chose était claire dans ma tête: nous ne leur mentirons pas. Mais pour mon amoureuse, c’était moins évident d’afficher notre amour au grand jour. Cette différence d’attitude s’expliquait facilement par nos passés amoureux très différents: si j’avais l’habitude de pouvoir afficher mon amour sans réserve, elle avait intégré depuis l’adolescence la nécessité d’être discrète, voire secrète même, à cause de son homosexualité.

Mais je ne voulais pas me cacher ni vivre cette vie à moitié en fonction de la présence ou pas de mes enfants. Et il était hors de question de les élever dans l’idée que seuls les couples composés d’un homme et d’une femme peuvent vivre ouvertement leur amour. Alors on leur a dit qu’on s’aimait.

“On est amoureuses l’une de l’autre”

Voilà ce que l’on a dit à mes filles. Parce que finalement, c’est aussi simple que ça. Et à la révélation de cette vérité, il n’y a eu ni drames, ni débats, ni rejet… même pas de période de transition. En vrai, à leur âge, ce qui était important c’était de jouer, manger du chocolat et savoir que leur maman les aimera pour toujours. Pour le reste, notre normalité est devenue la leur, sans vraiment de stress.

Alors bien sûr, il y a eu des questions qui sont apparues au fur et à mesure des mois, il a fallu y répondre: “Il y a d’autres femmes qui aiment les femmes?”, “Et les hommes, ils peuvent aimer des hommes aussi?”, “Mais alors, pourquoi on n’en voit pas dans la rue?”, “Deux femmes peuvent avoir des bébés? Et deux hommes?”, “Et vous, vous allez avoir d’autres bébés aussi?”, “Vous allez vous marier alors?”. Toutes ces questions venaient d’interrogations naturelles et sans préjugés, juste des réflexions d’enfants. Nous avons répondu à tout du mieux possible. De cette manière, nous avons ouvert leur esprit à un monde où l’amour, le respect et le consentement sont les seuls critères définissant un couple, et pas la norme.

Deux enfants, trois mamans

Aujourd’hui, plusieurs années après tous ces événements, nous poursuivons notre vie de famille avec la même sincérité. Et hormis un rejet net et douloureux d’une partie de ma famille, nous n’avons pas vécu de réelles difficultés venant directement de notre orientation sexuelle. Je ne veux pas dire que la vie est parfaite et que tout est beau, loin de là. Mais les difficultés que nous vivons sont celles de toute famille avec de jeunes enfants, ou des familles recomposées. Mes filles sont bien dans leurs baskets et aiment dire qu’elles ont trois mamans: la vraie, l’amoureuse de maman et l’amoureuse de papa. Et à l’école, ni les enseignants ni les parents des ami(e)s les plus proches n’ont changé d’attitude envers elles ou envers nous. Je crois que finalement, le fait de ne pas mentir nous a aidé, et en particulier notre choix de ne pas nous cacher et de vivre comme tous les autres couples, sans prendre en critère notre homosexualité.

Alors bien sûr, on ne sait pas de quoi demain sera fait, et les choses changeront peut-être avec l’adolescence, ou à cause d’une remarque assassine d’un copain ou d’une copine, ou encore d’adultes gênés par nos choix. Peut-être. Mais en attendant, on continue à s’aimer et à faire de notre mieux au quotidien, en vivant de petits et grands bonheurs, et collectionnant les souvenirs. Comme toutes les autres familles du monde”.

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