Quelle place pour les papas aujourd’hui?

Quelle place pour les papas aujourd'hui?
 Fini le temps du père autoritaire qui rentre à la maison réclamant le calme et le souper. Dès la grossesse, les papas d’aujourd’hui s’investissent et s’inventent une nouvelle place. Le point sur cette (r)évolution masculine.

 «Pas facile d’être père aujourd’hui. On lui demande à la fois d’être l’homme fort sur qui tout repose et le sentimental, celui qui exprime ses émotions», souligne Jean Epstein, psychosociologue. Le tout, sans exemple, ni droit à l’erreur… «En l’absence de modèle, les « nouveaux pères » fonctionnent à l’instinct.

A moins que ce ne soit, justement, en réaction à leurs propres pères absents, comme le suggère Christine Castelain Meunier. Sociologue au CNRS, elle s’est interrogée sur la nouvelle condition paternelle: «Quand j’ai démarré mes recherches, en 1988, les hommes regrettaient d’avoir eu un père trop peu présent. Une phrase les rassemblait: Je ne veux pas faire comme lui!» Cette prise de conscience masculine faisait suite aux revendications féministes de la fin des années ’60 qui semèrent le trouble dans le système familial. Jean Epstein précise le contexte: «Les femmes obtiennent l’autonomie financière. En 1970, le nombre de mamans (en couple) ayant 2 enfants et travaillant hors de chez elles est de 24 %. En 1990, il atteint 77 %! Autrement dit, en 20 ans, la famille subit un véritable bouleversement qui oblige notamment les pères à se mettre au boulot par rapport aux enfants», conclut Jean Epstein. Loin de refuser la place qui leur est offerte, ils en profitent pour se refaire une image.

Lui laisser sa place. Oui, mais…

 A chacun alors de trouver ses marques: Monsieur s’autorise la tendresse, il s’organise pour aller chercher son bébé à la crèche; Madame travaille, elle s’offre plus de temps pour elle… Mais ces post soixante huitardes qui revendiquent l’égalité ne sont pas encore prêtes à tout partager. Christine Castelain Meunier rappelle: «Il y avait un a priori négatif quant à la capacité masculine à prendre en charge l’enfant. Pourtant, les hommes ont tenu bon. Et depuis une dizaine d’années, mamans et professionnelles l’ont compris. Elles sollicitent davantage leur participation. La femme d’aujourd’hui a confiance en l’homme.»

«C’est vrai, mais il reste du travail, nuance Jean Epstein. L’autre jour, j’étais dans une crèche et la directrice me dit: ‘Le papa d’Elsa est formidable: il a pris un congé parental et vient chaque jour chercher sa fille!’ Ledit papa m’a toutefois fait remarquer que celle-ci ne manquait jamais de ponctuer ses bons conseils par ‘vous le direz à votre femme, hein?’.» Un papa solo qui, lui, s’occupait seul de ses enfants se considère comme un héros sous surveillance. «Les gens m’admirent, mais restent encore perplexes sur mes capacités à m’occuper de mes petits.» Enfin, lorsqu’on voit certaines pubs qui ridiculisent un peu les pères attentionnés, on s’interroge. Comme si en s’autorisant la tendresse, ils perdaient un peu de leur virilité.

Vers une confusion des rôles?

Il est largement reconnu qu’un enfant se construit avec du masculin et du féminin. Dès lors, d’aucuns s’insurgent contre cette émergence de pères «maternants», arguant que cette confusion des rôles est à l’origine de la recrudescence de la délinquance juvénile. Sans se montrer aussi alarmistes, nombreux sont les spécialistes de l’enfance et de l’adolescence qui reconnaissent qu’il est primordial que le père ose «être père». Autrement dit, qu’il puisse, le moment venu, poser clairement ses limites et, dès lors, s’opposer au désir de toute puissance de l’enfant. Etre aimant oui, tout permettre non. Cela dit, et même si les études sont encore trop peu nombreuses à ce jour, il semble peu probable que l’avènement de pères «affectifs» influence l’identité sexuelle de l’enfant. Tout au plus, permettrat-il au petit garçon d’aujourd’hui de devenir un homme doué de sensibilité et à la femme de demain de ne pas s’en offusquer.

 

Retrouvez la suite de cet article dans votre Femmes du 9 juin 2011.

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