La belle vie chez Papy et Mamy

La belle vie chez Papy et Mamy
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Les vacances chez les grands-parents, un événement chargé d’excitation et d’appréhension. Il suffit pourtant de quelques précautions pour que tout le monde en redemande. Petit tour de la question.

Un enfant sur cinq (19 %) est parti en vacances avec ou chez ses grands-parents en 2011. Il y a 30 ans, c’était le cas d’un enfant sur trois (31 %). A l’époque, Christine avait 8 ans et, chaque année, elle passait ses vacances chez sa Nénette et son Pépé: «J’adorais ça: les gaufres après la sieste, les histoires du soir à rallonge, les câlins de Mamy… Je rêve de laisser autant de bons souvenirs à mes futurs petits-enfants.»

Destination de premier choix

De fait, les vacances chez les grands-parents laissent généralement une foule d’empreintes positives: les enfants sont plus gâtés, Mamy et Papy leur consacrent plus de temps et d’attention que vous (ou différemment), c’est l’occasion de ralentir le rythme et de ne pas subir le stress ou les exigences parentales. C’est aussi le moment de faire une autre expérience affective et éducative tout en restant au sein de la famille. Plus fondamentalement, le lien avec les grands-parents contribue au développement de l’enfant: «Pour construire son identité, explique le psychologue Dimitri Haikin (www.psy.be), l’enfant a besoin de trois générations: la sienne, celle de ses parents et celle de ses grands-parents.» Passer du temps avec eux lui permet de s’ancrer dans une filiation, comme le souligne Patrick Avrane, psychanalyste: «En plus de transmettre la grande Histoire, celle des manuels scolaires, les grands-parents sont porteurs de la petite histoire, celle de la famille. Ils peuvent raconter à leurs petitsenfants comment leur père ou mère faisait quand il/elle était petit(e), les événements familiaux…» Ne vous étonnez pas, dès lors, si votre petit garçon revient de son séjour le sourire aux lèvres; tout heureux d’avoir appris qu’entre lui et vous, il y a plus de points communs qu’il n’y paraît…

Préparer le départ

Une escale chez papy-mamy, ça se prépare soigneusement, comme toute séparation.

Préambule

L’enfant a besoin de savoir ce qui l’attend (durée, fréquence de vos appels téléphoniques…), surtout s’il est petit et qu’il s’agit d’une première expérience sans vous. Ne niez pas la longueur de la séparation mais insistez sur les retrouvailles, afin qu’il ne se sente pas abandonné. Profitez-en pour évoquer votre enfance, vos jeux préférés avec vos parents, ce que vous aimiez faire quand vous étiez chez vos grands-parents…

Familiarisation

Avant d’envisager une semaine chez papy-mamy, commencez par l’y déposer une demi-journée, puis une journée, une nuit, un week-end… Cela vous permet d’évaluer comment il se sent et de l’habituer progressivement à son nouvel environnement.

Briefing

Prévoyez un moment entre adultes avant le jour J pour passer en revue toutes les questions relatives au cadre de vie. Clarifiez les règles auxquelles vous souhaitez que l’on se tienne et celles qui tolèrent une certaine marge; évoquez ses allergies, ses plats préférés… N’oubliez pas d’insister sur le respect des rituels auxquels votre enfant est habitué, afin qu’il ne se retrouve pas en mode «suradaptatif».

Le grand moment

«Le jour de la séparation, passez un moment avec votre enfant chez ses grands-parents», conseille Dimitri Haikin. «Françoise Dolto parlait de ‘mamaïser’ le lieu, c’est-à-dire d’accompagner l’enfant dans un environnement qui ne lui est pas familier afin qu’il s’imprègne de la présence des parents. Avertissez-le du moment où vous allez partir et tenez parole, sans précipitation ni dramatisation. Partez du principe que tout ira bien et que vos (beaux-)parents sont compétents. S’il vous sent enthousiaste, votre enfant le sera d’autant plus.»

A quel âge et combien de temps?

«Tout dépend de la relation entre les petits-enfants et leurs grands-parents», assure Patrick Avrane. Il ne s’agit pas d’une colonie de vacances; il y a des liens affectifs et ils sont décisifs. Bien sûr, les petits (jusqu’à 4-5 ans) ont besoin de la présence de leurs parents, mais les grands-parents peuvent véritablement être des parents de substitution, et une semaine peut alors passer bien vite. Ensuite, à partir de 6-7 ans, il y a des petits-enfants qui sont très heureux de passer un mois chez leurs grands-parents où ils découvrent les cousins, la liberté, la campagne, etc. Et où ils se créent des souvenirs pour la vie…»

S’il ne veut pas y aller?

Dimitry Haikin: «D’abord, il convient d’être dans l’écoute et l’empathie, afin de comprendre d’où viennent ses réticences. Ensuite, il faut aussi pouvoir lui expliquer le principe de réalité: ‘Maman et papa travaillent toute la journée, l’école est fermée et il n’y a pas d’autre solution. Mamy et Papy vont bien s’occuper de toi, on va se parler tous les jours.’ Il est bon d’expliquer, mais arrive un moment où il faut s’arrêter et s’en tenir à ce qui a été dit. Pour grandir en sécurité, l’enfant a aussi besoin de sentir que l’adulte est adulte, qu’il pose les limites, que tout n’est pas négociable. Enfin, soyez attentif à ces petites phrases qui créent plus d’anxiété qu’elles ne rassurent, du genre: ‘Si ça ne va pas, tu m’appelles, et j’arrive tout de suite!’»…

Et s’il veut rentrer pendant son séjour?

Patrick Avrane: «Dans ce cas, demandez- lui pourquoi il veut rentrer: est-ce qu’il a l’impression qu’il est abandonné, qu’on s’occupe plus de son petit frère? Ou s’est-il passé quelque chose qui fait qu’il est mal avec ses grands-parents? Si l’enfant est plein d’anxiété, d’angoisse, qu’il hurle, et surtout s’il est tout petit, mieux vaut interrompre le projet.»

Les 4 mots d’ordre des grands-parents

  1. Respect «Les grands-parents n’ont pas à juger, critiquer ou aller à l’encontre des parents (et inversement); cela fait souffrir l’enfant. En cas de conflit entre parents et grands-parents, mieux vaut tenir l’enfant à l’écart», suggère Patrick Avrane.
  2. Extraordinaire Passer ses vacances chez Papy-Mamy, c’est faire le plein de petits extras.
  3. Empathie «Pour que l’enfant se sente bien, il doit être autorisé à exprimer ses émotions, quelles qu’elles soient. Ainsi, il n’est pas grave que ses parents lui manquent, c’est une émotion normale d’être en manque de quelqu’un qu’on aime», rassure Dimitri Haikin.
  4. Réalisme Pour Patrick Avrane, «il importe que les grands-parents tiennent compte du fait que le monde a changé. Quand ils étaient jeunes, Internet n’existait pas. Aujourd’hui, ça fait partie du quotidien des (pré-)ados, à quoi bon le leur interdire?»

Source: Ovlej-Etudes et recherches de la JPA 2011.

Texte Marie Bryon

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Attendez le prochain article de Femmes d’Aujourd’hui, il en vaut vraiment la peine :)