Témoignage: «Nous n’avons plus fait l’amour depuis un an»

Témoignage: «Nous n'avons plus fait l'amour depuis un an»
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En couple depuis quatre ans, Sophie et Pierre s’embrassent et se câlinent à tire-larigot mais ils ne font plus l’amour depuis un long moment…

Sophie (46 ans) «Quand j’ai rencontré Pierre (47 ans), je sortais d’une période de trois ans et demi de célibat, après un pénible divorce d’avec le père de mes enfants. Il m’a fait à nouveau rire, tout en m’apportant sérénité et confiance. Notre relation n’était pas évidente: j’avais la garde des enfants (13 et 15 ans) non-stop tandis que sa fille à lui (16 ans) était là une semaine sur deux. Assez rapidement, nous nous sommes installés ensemble et avons acheté une maison, histoire de fonder un nouveau foyer. Immédiatement, tout a bien roulé. Il y a un an, nous nous sommes mariés, sous le regard attendri de nos trois enfants, de nos proches et de nos amis. Bien sûr, comme dans toutes les familles, il nous arrive de ne pas être d’accord, de hausser le ton… mais chaque soir, je m’endors dans les bras de mon homme. Tout semble parfait: pourtant ça ne l’est pas. Nous n’avons plus fait l’amour depuis un an. Comment est-ce arrivé? Je ne sais pas.

Trop crevés!

Au début, nous avions des relations sexuelles chaque fois que nous nous voyions. Elles se sont faites de plus en plus rares, petit à petit. D’abord parce que nous étions exténués à cause du déménagement, des enfants, de notre vie sociale à reconstruire… Nous partions aussi souvent en week-end pour renforcer les liens familiaux. Puis, Pierre a changé de boulot pour se rapprocher de la maison, ce qui a généré pas mal de stress supplémentaire. Ce n’est qu’après un bon mois que j’ai commencé à me dire que nous n’avions plus eu de relation intime. Je n’ai pas trop osé soulever le sujet: je craignais que ce soit de ma faute. Son ex était ‘pulpeuse’ tandis que moi, je suis plutôt mince… Ne me trouvait-il plus attirante? Il m’avait expliqué que son premier mariage avait capoté entre autres à cause du fait que son ex n’aimait pas le sexe. Ils avaient même été consulter un thérapeute à ce sujet. Voilà que nous faisions pareil… Le pire, c’est que le sexe ne me manquait pas à moi, mais j’imaginais qu’à lui, oui!

Le sexe, un must?

La première fois que j’ai osé aborder le sujet avec lui, c’est en week-end. Nous étions partis en amoureux, avions enfin fait l’amour et papotions juste après… Il m’a assuré que ça n’avait aucune importance pour lui: nous avions tant à faire qu’il n’y pensait pas. ‘Notre relation est si belle. Chaque soir, nous nous endormons dans les bras l’un de l’autre, nous nous câlinons constamment. L’intimité, c’est tellement plus fort que le sexe, non?’, avait-il murmuré. Et ça collait à ce que je pensais. J’ai donc été rassurée à 100 %. Entre-temps, voilà un an que nous nous abstinons. Quand cela m’inquiète, je lui en parle et il me tranquillise de la même façon: en évoquant les enfants, le manque de temps, la fatigue…

Chacun ses choix

Quand j’en discute avec des amies, je constate qu’elles ont une libido bien plus active que la mienne. Elles font l’amour une, deux, trois fois par semaine, même si leur relation a plusieurs années! En général, je les écoute sans intervenir. Je suis considérée comme la plus ‘prude’. Je n’arrive pas à leur avouer que cela fait plus de 365 jours que je n’ai pas eu de relation sexuelle. Finalement, n’y accorde-t-on pas trop d’importance? Pierre l’explique de façon très mignonne: pour lui, le sexe tourne autour des petits jeux avant et après, des câlins, des sentiments de sécurité, de réconfort et d’amour. Il y a quelque chose d’animal. Pourquoi serions-nous ‘anormaux’ de préférer la tendresse? Je crois que le sexe connaît des up et down. L’essentiel est que je me sente bien avec Pierre, avec ou sans érotisme. Par contre, je n’en parle plus à personne.»

Ce qu’en dit Pierre

«Je pense que notre situation pose plus de souci à Sophie qu’à moi! Elle n’est pas mon premier amour mais elle est l’amour de ma vie. Je suis catégorique à ce sujet: nous sommes simplement bien ensemble… Avec mon ex-femme, nous allions chez un sexologue car elle se désintéressait totalement de la chose. Quant à moi, je recherchais ce qui me manquait: l’intimité avec elle. Je projetais cela sur les galipettes: je pensais que plus on en ferait, plus on serait proches. Aujourd’hui, je sais que ça ne marche pas ainsi! Je sais aussi que nous couchons peu parce que nous travaillons tous deux à temps plein, nous faisons nous-mêmes des travaux dans la maison, nous élevons trois enfants… et nous sommes éreintés. Cela dit, je joue au foot deux fois par semaine et les conversations entre hommes tournent souvent autour de la libido. Je suis persuadé que l’abstinence est taboue! Jamais aucun n’avouera qu’il ne fait l’amour qu’une fois par an, ce serait comme admettre un genre de faiblesse. Donc, de temps à autre, j’invente une anecdote coquine. Mentir ne me pose aucun problème. Ma vie privée ne regarde que moi.»

 

L’avis de la spécialiste

Marie Van Hove, sexologue, répond à nos questions.

Sophie et Pierre ont-il un souci?

«Non, il y a entre eux une véritable intimité. Ils se parlent, se câlinent, sont connectés tant physiquement que mentalement. Il semble qu’ils souhaitent la même chose. Quand je reçois des patients, c’est ce que je vérifie d’abord: que les attentes sexuelles de l’un et de l’autre soient raccord. En général, les femmes doivent être libres dans leur tête, disposées à faire l’amour pour bien en profiter, tandis que les hommes mettent plutôt l’accent sur le physique, la pénétration: le sexe leur permettant d’évacuer la pression.»

Est-ce difficile de parler de sexualité?

«Enormément, oui, surtout si elle n’est pas épanouie. Il faut d’abord s’avouer à soi-même que quelque chose dysfonctionne et, ensuite, il faut pouvoir l’expliquer à son partenaire. Et si lui ne le voit pas comme un souci, par exemple? On peut vite se sentir vulnérable. Pourtant, il n’y a qu’en parlant d’un problème qu’on peut réussir à le résoudre. Lorsqu’un couple me consulte pour la première fois, je leur pose toujours une dizaine de questions (au sujet de leurs attentes, de leur image corporelle, de leur sentiment de sécurité…) pour qu’on comprenne ensemble ce que signifie la sexualité pour eux deux. L’important dans ce cas-ci? Que Sophie et Pierre comprennent qu’ils ne sont pas ‘anormaux’ parce qu’ils ne font pas souvent l’amour. Ils devraient peut-être juste aller dîner ensemble, sans forcément avoir de relation après. Parfois, on perd de vue que le sexe est simplement une façon d’être très proche de l’être aimé, sans autre enjeu.»

L’amour en chiffres

  • 20%: c’est le pourcentage des 41-55 ans à déclarer avoir des rapports sexuels une fois par mois ou moins, contre 5,6% chez les 17-20 ans.
  • 23,3%: c’est le pourcentage des 41-55 ans à dire faire l’amour 3 fois par semaine, contre 34,5% chez les 17-20 ans.
  • 55% des personnes interrogées habitant dans le Brabant wallon ont déclaré s’envoyer en l’air seulement une fois par semaine ou même moins; contre 50,7% à Bruxelles; 49,9% dans le Luxembourg; 48% dans la province de Namur, 45% dans celle de Liège et 44% dans le Hainaut.

Source: enquête de la mutualité socialiste Solidaris auprès de 4 600 francophones belges au printemps 2016.

Adaptation Régine Segers / Texte Frauke Joossen

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