Rencontre: Myrna, la Bruxelloise qui offre un autre regard sur le conflit syrien

Rencontre: Myrna, la Bruxelloise qui offre un autre regard sur le conflit syrien

Damas, là où l’espoir est le dernier à mourir. Dans son documentaire « Damascus », la Bruxelloise Myrna Nabhan a voulu offrir un autre regard sur le conflit syrien. Elle revient pour Femmes d’Aujourd’hui sur les raisons qui l’ont poussée à récolter ces précieux témoignages. 

Née à Bruxelles d’un père syrien et d’une mère marocaine, Myrna Nabhan a grandi à Damas, en Syrie, jusqu’à ses 18 ans et connaît intimement cette ville où ses principaux souvenirs d’enfance trouvent leurs racines. Majeure, la jeune femme âgée aujourd’hui de 32 ans a retrouvé sa deuxième ville, Bruxelles, où elle a poursuivi ses études en sciences politiques, tout en pensant repartir s’installer à Damas une fois son diplôme en poche. « Mais l’année où j’ai fini, le conflit a commencé. »

Quelle a été votre réaction lorsque vous vous êtes rendue compte de la gravité de la situation?

C’est très particulier parce qu’on ne l’a pas sentie d’un coup. C’est venu graduellement. Même là-bas, les gens ne l’ont pas anticipée. Moi, je découvrais ce qui se passait aux infos. C’était particulier parce que personne ne pensait que ça arriverait jusqu’en Syrie… Il n’y a jamais eu de vrai changement, la région était assez stable. Mais on était conscients que la Syrie a une importance géopolitique dans la région.

Que vous rapportaient vos proches sur place?

Ils avaient un discours plus nuancé que ce qui était montré aux infos. Ils me disaient de venir sur place pour me rendre compte de la situation. Bien sûr, Damas ne représente pas l’entièreté de la Syrie.

C’est donc ce que vous avez fait? 

Oui, je m’y suis rendue à plusieurs reprises. La première fois, c’était en 2011 juste après que les troubles aient commencé. On sentait que quelque chose avait changé mais on ne savait pas trop quoi. On pense que ce n’est pas réel. On a du mal à y croire. Ensuite, il y a eu un second voyage quelques mois plus tard où j’ai commencé à sentir que la guerre commençait à s’installer. J’ai ressenti de la peur dans ma propre ville.

Une peur que ressentent les habitants de Damas, mais à laquelle ils semblent essayer de s’habituer d’après leurs témoignages dans votre documentaire. 

Les habitants de Damas essayent d’apprivoiser leur peur. Certains réussissent mieux que d’autres. Certains n’ont même plus d’émotion. D’autres se forcent aussi à s’habituer. Une dame dans le documentaire dit: « on meurt moralement si on n’est pas fort ». Tout au long des rencontres, cette « habitude » est quelque chose qui revenait souvent. Mais je pense que la peur est toujours là, elle entoure ce pays.

Et vous, quel est votre rapport à la peur? 

Au début, j’avais peur. Mais ce n’est pas vraiment de la peur, car je sais où je vais. C’est ma ville. La peur est de voir la société se transformer, d’entendre ces histoires terribles… Le nombre de fois où j’ai pleuré en les entendant parce que je ne suis pas habituée à cela. Je ne suis pas reporter de guerre, je ne suis même pas journaliste. C’était simplement une volonté d’aller récolter ces histoires et d’essayer de les transmettre ici. Et ce qui est fou, c’est que c’est eux qui me remontaient le moral, qui me donnaient de l’espoir. Mais il y a quand même la peur de s’habituer à la guerre, cette peur de devenir insensible.

Dans votre documentaire, on découvre le quotidien de plusieurs enfants dans une ville en guerre. La question de l’impact de la guerre sur les enfants a une part importante dans « Damascus ». 

On rentre dans la huitième année du conflit, il y a donc des enfants qui n’ont connu que la guerre. Pour eux, c’est donc normal de côtoyer la violence, d’entendre des bruits, de voir des images qu’ils ne doivent pas voir, de vivre des déplacements de population, de ne pas pouvoir aller à l’école…

Des enfants privés d’éducation, c’est l’une des conséquences principales de la guerre.

On dépossède complètement les enfants de leur innocence, de leur enfance. Parce que même ceux qui ne sont pas touchés dans leur chair, le sont moralement. C’est cette génération qui est censée reprendre le flambeau et reconstruire la Syrie de demain.

Après ce documentaire, quel avenir imaginez-vous pour la Syrie?

Je pense que ça va être très dur. Les gens disent « on redeviendra comme on était ». Mais je ne pense pas, car c’est une société qui a été traversée par les choses les plus horribles. Ça a sorti tout ce qu’il y a de plus noir chez l’être humain. Bien sûr, il y a énormément d’initiatives positives. Il y a plein de gens qui ont aidé, qui ont créé des choses pour alléger la souffrance des autres… On a l’espoir que les personnes qui sont parties puissent revenir et contribuer à la reconstruction du pays. On espère, mais aujourd’hui, ce qui est fondamental, c’est que la guerre s’arrête.

Pour en savoir plus sur le documentaire « Damascus », lisez également cet article. Le film, produit par « Les Films de la Récré », est encore à l’affiche au Cinéma Galeries.

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