Parents biologiques, adoptifs, liens du sang, du coeur... Et s'il n'était finalement question que de parents, d'enfants et d'amour? D'une histoire qui commence et... se poursuit. La vie, tout simplement!
«En mai 2005, après plusieurs tentatives de fécondations in vitro, nous avons entamé les premières démarches avec un organisme d'adoption. Nous avons longuement réfléchi à notre engagement dans ce projet. De plus en plus d'organismes proposent à l'adoption des bébés à particularité, c'est-à-dire avec un handicap ou plus âgés. A cet égard, il est indispensable d'être clair avec ses limites et surtout, de s'y tenir.
Il fallait aussi sélectionner un pays. Notre choix s'est porté sur la Russie, proche de nous culturellement. Les délais d'adoption y étaient réputés assez courts: un an et demi. Par contre, nous avions des craintes liées à la santé de l'enfant, en particulier le syndrome d'alcoolisation fotale, fléau des pays de l'Est. Nous avons passé une batterie d'interviews, de tests avec des psys et des assistants sociaux. Un processus éprouvant.
Nous nous étions préparés au parcours du combattant en Belgique, pas aux contingences liées au pays de l'enfant. La Russie a gelé ses procédures pendant plus de deux ans, si bien que nous avons opté pour le Kazakhstan. L'attente fut interminable: plus de cinq ans au total. Par moments, on s'est sentis découragés. Pourtant, il fallait continuer à vivre sans se mettre entre parenthèses, sinon ça devient obsessionnel. Partir en vacances, déménager, faire des travaux... On se voyait vieillir. On se demandait si ça restait raisonnable. Notre chance, ça a été de ne jamais être «down» en même temps, Gauthier et moi.
Quand la situation s'est débloquée en 2010, tout est allé très vite. Le 28 juin, on a reçu le coup de fil tant espéré. Le 12 juillet, on rencontrait notre fils à l'orphelinat et le 10 septembre, la procédure était finalisée au Kazakhstan. De retour en Belgique fin octobre, nous pouvions enfin commencer notre vie de famille à trois. Arsène est l'enfant dont nous n'aurions jamais osé rêver. Aujourd'hui, le plus difficile, c'est de prendre nos marques, après un projet qui nous a mobilisé autant d'années. Si c'était à refaire, je recommencerais sans hésiter, mais sans doute un peu plus tôt pour pouvoir donner un petit frère ou une petite sour à mon fils.»
«Quand je me suis mariée, j'ai voulu avoir un enfant avec l'homme que j'aime mais ça n'a pas marché. J'ai vécu la procréation médicalement assistée comme une torture physique et morale. Alors, Baudouin et moi, on s'est demandé ce qu'était un enfant. On s'est dit qu'un enfant biologique ne serait pas plus le nôtre qu'un adoptif: personne n'appartient à personne. Nous avons ramené François d'Amérique latine en 92, il avait 6 semaines. Camille avait 3 mois, en 94 quand nous sommes allés la chercher à son tour. Je m'en rappelle comme si c'était hier. J'ai croisé une femme enceinte dans l'orphelinat. En un regard, tout était dit. La confiance, la gratitude, l'espoir. Je respecte énormément les mères biologiques de mes enfants car elles leur ont beaucoup donné: un capital santé formidable, un physique extra, un moral d'acier. De notre part aussi, il y avait un don: celui d'un amour gratuit. On est parti à leur rencontre sans voir de photos. Je ne les ai pas portés dans mon ventre mais dans mon cour. A chacun, j'ai confectionné un petit livre retraçant son histoire. A chaque anniversaire, je leur rappelais de penser à leurs mamans. On leur a proposé de faire un voyage dans leur pays d'origine mais ils ne le souhaitent pas. Peut-être le feront-ils sans nous, plus tard?»
Retrouvez d'autres témoignages dans votre Femmes d'Aujourd'hui du 15 décembre 2011.
Qu'en pensez-vous?