L'interview de Manuel Fagny

Premier roman d'introspection de Manuel Fagny, un jeune psychologue, psychothérapeute et peintre bruxellois (il est également l'auteur de la couverture), "Après les mots" se lit d'une traite. La réflexion vient ensuite.

Mon père, ce héros au sourire si doux

Ed Mérin, trentenaire à la dérive, a l'alcool, les conquêtes d'un soir et le chômage pour seul horizon. Sa famille? Elle se résume au souvenir d'une mère trop tôt disparue, à une belle-mère insipide et à un père mutique. Quand la ravissante Romane déboule dans sa vie, Ed croit découvrir enfin "un peu de soleil dans l'eau froide". Il ne tardera pas à déchanter. Seul un événement dramatique lui permettra de trouver un sens à son existence.

 

Interview


 

  • Dans quelle mesure votre formation de psychologue a-t-elle nourri le portrait que vous tracez d'Edouard?

    Consciemment, pas du tout. Franchement. C'est-à-dire que je ne me suis inspiré directement ni de la théorie psy, ni de mon expérience quotidienne avec mes patients. Edouard, ce « glandeur hors pair » (comme il se décrit lui-même), est un personnage de roman, sorti tout droit de mon imaginaire, et non un cas clinique que j'aurais construit en référence à telle ou telle catégorie psychiatrique. Mais c'est vrai que l'on ne peut échapper à qui l'on est, et ma formation et mon expérience de psychologue m'ont sans doute influencé et rendu plus sensible à certains aspects de l'intimité et des relations humaines. Etre psy, c'est aussi voyager au cour de l'intimité des autres. Et ces voyages quotidiens ont nourri inconsciemment ma créativité. Edouard n'est ni moi, ni l'opposé de moi. Il m'est familier et étranger à la fois. Un peu comme les personnages qui apparaissent dans nos rêves nocturnes...

  • "Quelle insulte à la notion d'amitié, considérée alors comme une solution de rechange à un amour qui n'est plus, ou qui n'a jamais été". Pourquoi Edouard accepte-t-il d'être ami avec une ex et pas l'autre?

    Ah oui, vous faites allusion à l'amitié qui lie Edouard et Céline, une de ses ex, a contrario de son refus catégorique de devenir l'ami de Romane qui ne veut plus de lui en tant que petit-ami. Je crois que la différence, c'est que Céline et Edouard ne se correspondaient pas, ils s'en sont vite rendus compte et étaient d'accord sur ce point. Ils ont rapidement compris qu'ils seraient meilleurs amis qu'amants. Par contre, Edouard en voulait encore et encore avec Romane. Il était dépendant d'elle, fasciné par sa beauté. La fin de leur relation l'a écorché vif. Et l'amitié après l'amour, ce n'est possible que quand les deux ex-partenaires sont sur un pied d'égalité, pas quand un s'en va, et laisse l'autre avec les tripes béantes. Je crois que celui qui est quitté n'a que faire, en tout cas dans un premier temps, de l'amitié proposée par celui qui quitte. Il est trop blessé pour cela, c'est trop tôt. D'ailleurs, je ne pense pas qu'il s'agisse vraiment d'amitié dans ce cas.

  • Edouard, au crépuscule de sa vie, fait un dernier bilan. A-t-il raté un rendez-vous essentiel avec son père?
    Vous soulevez ici une des questions principales du roman. Quand une relation père/fils peut-elle être considérée comme vraiment satisfaisante ? Peut-on grandir épanoui quand on a un père taciturne et distant ? Edouard se sent étranger à son père. Et je pense que des occasions de se parler, de se rencontrer vraiment, ils en ont manqué bon nombre dans leur existence. Vivre aux côtés de quelqu'un et ne pas réussir du tout à communiquer avec lui, ça ressemble un peu à un rendez-vous manqué, en effet. Mais il y a un rebondissement dans le roman, les choses vont bouger ! Et in fine, c'est peut-être à chaque lecteur de décider si cette relation père/fils ressemble à un échec, ou pas.

 

Après les mots, Manuel Fagny, éd. Luce Wilquin, 15 €.



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