L'interview de Mathieu Johann
Demi-finaliste de la Starac 4, face à Gregory Lemarchal, Mathieu Johann avait déjà une belle cote de popularité. Trois ans, un album et bien des aléas plus tard, il prouve encore qu'il la mérite.
Il lui a fallu 3 ans pour gagner le droit de sortir SON album, Le bonheur ça fait mal, un très beau recueil de chansons en demi-teintes, ambiance noir et blanc, flash-back et mélancolie. Et dans la foulée il signe une participation à un album hommage à Julos Beaucarne et participe à un single pour l'enfance violée, Parle, Hugo, parle, qui doit sortir le 30 juin.
- On attendait cet album beaucoup plus tôt...
Moi aussi! Ça a été très long. Ecrire un album ça prend du temps. J'ai sorti deux singles, écrit un bouquin... Il y a eu pas mal de soucis avec Universal, qui m'a gardé au chaud pendant deux ans et demi. Pascal Nègre me disait toujours "On va le faire", il m'a traîné de mois en mois sans jamais me rappeler. Pascal Nègre, comme d'autres gens issus de cette profession, a décidé de me mettre de côté. C'était compter sans ma finesse... J'ai préparé mon album. Je suis allé voir une autre maison de disques. Ça ne m'a pas empêché d'avancer mais ça m'a ralenti. Tout vient à point à qui sait attendre.
- Pourquoi le single "J'te r'connais pas" (adressé à son père qui les a abandonnés sa maman et lui, ndlr) n'est-il pas sur l'album?
Je le regrette un peu... Plein de gens me disent qu'ils n'ont pas acheté les singles et qu'ils les cherchent. J'aurais dû les mettre sur l'album. L'idée était de faire autre chose et d'avancer, donc j'ai choisi 14 chansons nouvelles. mais je remettrai peut-être "J'te r'connais pas" sur un prochain album...
- Vous écrivez?
J'ai participé à 5 chansons, sinon j'ai cherché des mots auprès d'auteurs compositeurs. Je savais exactement ce que je voulais chanter. Je ne voulais pas faire de concession. Je voulais que tout tourne autour du même thème qui me ressemble, que je pourrais assumer pendant des années... Autant je sais écrire pour d'autres gens, autant je suis mal inspiré pour écrire pour moi. je trouve que c'est amusant de chanter les mots de quelqu'un d'autre pour exprimer mes propres sentiments. Je me suis beaucoup tourné vers les femmes. J'avais envie de chanter des émotions avec des mots de femme. Marie Nimier et Marie-Florence Gros m'ont chacune écrit deux titres sur l'album, notamment "Frida Calho". Ça m'intéressait de me rapprocher de cette sensibilité. Je suis trop dans la souffrance ou la douleur pour écrire des choses qui me touchent moi. Puis je suis assez pointilleux sur les mots et la musique. J'ai été élevé à la Beaucarne, à la Belgique et à la poésie. J'essaie de faire attention à ce que je chante. La composition est plus simple pour moi. j'ai écrit une quarantaine de musiques, j'en ai retenu trois pour l'album. J'ai voulu faire appel à des gens qui impressionnaient comme Peter Lorne (Enzo, Enzo, Maurane...). Je suis tombé amoureux d'une de ses chansons... L'album a été construit dans la douleur parce que je me suis séparé à l'époque de ma compagne. J'ai dû être entouré et bien entouré. J'espère pour le prochain écrire et composer davantage.
- L'album a recueilli des critiques très positives...
Ça veut dire qu'on a bien travaillé... ou pas! Parce que certains albums ont des critiques sublimes et ne se vendent jamais, alors que d'autres ont des critiques merdiques et se vendent par millions! J'évite de les lire; il suffit d'une ligne négative pour me mettre dans des états pas possibles. Mais c'est marrant de voir que les gens ont aimé l'album, le concept, l'objet... Je suis surtout étonné de l'accueil chez moi, en Normandie, et en Belgique. J'ai eu un retour incroyable en Belgique. j'avais beaucoup parlé de la Belgique à l'époque de la Starac et les gens l'ont retenu. j'ai un noyau de fans qui me suit. C'est incroyable. Je ne sais pas l'expliquer parce que je ne suis pas Belge... Je suis lié à la Belgique par la musique. J'adore Arno, Maurane, Julos Beaucarne, mon ami et parrain depuis que j'ai 16 ans, Brel et tant d'autres... Je suis fan du paysage musical belge. Est-ce ce que ce retour vient de la Starac? Je ne sais pas. J'ai l'impression d'être beaucoup plus aimé en Belgique qu'en France. Le public belge est un public honnête et quand un mec est sympa et se donne, vous le lui rendez bien. Lors de ma tournée solo après la Starac, la date belge est le seul concert où on a réuni 500 personnes!
- Vous allez refaire une tournée?
Je vais venir en septembre. J'ai participé à un album en hommage à Julos Beaucarne, "Ils chantent Julos", où on retrouve Marka, Jean-Louis Daulne, Albert Lafaille, Nougaro...
- Et des émissions télé?
Il y a des émissions que je pourrais faire mais je n'en ai pas envie. Je veux bien faire de la télé mais si c'est pour être assis entre Diana et Brandon de L'île de la tentation d'un côté et Greg le millionnaire de l'autre... J'ai pris le parti de prendre ma guitare, de faire des concerts, même gratos... Je préfère vendre dix albums à la sueur de mon front que d'aller faire Cauet sur un plateau avec des idiots qui parlent de sexe, de tentation ou de problèmes d'oncles incarnés. Il y aura sans doute plus de télé pour un gros collectif auquel je participe pour l'association La voix de l'enfant (http://www.lavoixdelenfant.org/), avec Bruno Solo, Carole Bouquet, Cali, Patrick Fiori, Nadiya, Jenifer, Julie Zenatti, Claire Keim, Tété, Emmanuel Moire... "Parle, Hugo, parle" est une chanson sur l'enfance violée. Marie-Florence Gros a écrit le texte et j'ai écrit la musique avec Nicolas Auvray.
- Il faut faire partie d'un cénacle particulier pour passer à "Taratata"?
Oui. J'ai fait la première partie de Fersen, de Lafontaine, de De Palmas, de Chedid mais je ne dois pas être assez élégant pour "Taratata". Trop TF1 peut-être... Donc pour l'instant je reste chez moi, et comme je ne suis pas du genre à tirer le bas de pantalons, je n'ai pas beaucoup de sollicitations. La route va être longue parce que je ne veux pas faire n'importe quoi...
- Et vous arrivez à vivre de la musique?
J'ai la chance extraordinaire d'avoir un public qui se souvient que je suis un mec de scène. Je fais une centaine de concerts par an, ce qui me permets de vivre confortablement. La Starac a été un moyen extraordinaire de gagner de l'argent, ça permet de voir venir. Je vis bien parce que je fais ce que j'aime. Je viens d'ouvrir un café concert, j'écris des chansons pour d'autres gens, et si je dois refaire des terrasses de café pour 100 € je n'ai pas de problème avec ça...
- L'étiquette Starac vous a desservi?
Je ne crois pas. Il y a eu beaucoup de positif. Parfois c'est difficile quand on aime les textes et la musique d'être réduit à la Starac par des gens qui ne sont pas curieux. Les gens curieux peuvent découvrir mon travail, ils peuvent me contacter facilement via Internet... Celui qui veut n'a pas d'excuses. Que ce soit moi ou mes camarades de promo, Lucie, Harlem, il suffit de cliquer pour nous retrouver sur Internet...
- Vous n'avez pas envie de faire des reprises?
J'ai failli faire "La valse à mille temps" que j'avais interprété à la Starac. J'ai renoncé parce que c'était trop cliché. Autant en live je sui capable de l'assumer, autant sur disque qui d'autre que Brel peut la chanter? Ou alors j'aurais repris des chansons inconnues, des demi reprises en quelque sorte...
- On vous a vu dans "Les années bonheur". Patrick Sébastien, c'est une vraie rencontre?
h oui... Il n'aime pas Star Academy, il est réticent à ce genre de choses. Fabien Lecouvre m'avait vu en concert, m'a trouvé "formidable sur scène". Il en a parlé à Patrick Sébastien qui m'a reçu à bras ouverts. J'ai été tellement heureux de rencontrer ce type. Je crois que j'ai rencontré tous les animateurs, sauf Drucker. Et il a été d'une honnêteté... Il a assisté aux répétitions, a pris le temps de voir si j'étais à l'aise, il est resté avec moi sur scène, m'a conseillé. Il a été super accueillant. C'est quand même dingue que ce soit le service public qui m'invite à chanter alors que je viens de TF1. Je trouve ça chouette. Il m'a laissé le temps de parler après la chanson, il a parlé de l'album, du concert, ça fait du bien de pouvoir parler de tout ça. Ce mec est réduit au Petit bonhomme en mousse, il est beaucoup plus que ça, il a un cour énorme. C'était une très jolie surprise, une des plus belles rencontres de ces dernières années. Il travaille en famille avec sa femme, sa mère, les mêmes gens qu'il y a 25 ans. C'est une télé familiale, comme on n'en fait plus.
- Une de vos chansons dit: "Le bonheur ça fait mal, sinon c'est pas du vrai". Vous le pensez vraiment?
Bien sûr que je le pense! Parce que j'ai traversé un jour ce bonheur qui m'a fait sourire un jour, qui fait tant de bien. Quand on regarde dans le rétro, quand on voit les années qui passent, les cheveux qui deviennent gris, la souffrance de Frida Calho... C'est le Paris immortalisé par Doisneau que je ne connaîtrai jamais. Je suis hyper nostalgique. Je ne fais pas partie de ces gens qui disent que la vie est belle. Ma vie est faite de beaux cadeaux et de trucs de merde, comme tout le monde. J'ai envie de raconter ça, la réalité d'un mec de 28 ans qui sent qu'il vieillit déjà un peu. La perte des proches, de Gregory et d'autres. On le croise ce bonheur, omniprésent, mais tâché de plein de mauvaises choses. Le bonheur de se souvenir ou d'avoir vécu les choses pour les retrouver avec nostalgie parce que c'est derrière nous. J'aimerais redevenir un petit garçon, me blottir contre ma mère et rester protégé des réalités de la vie. Mais il faut passer par les conneries de l'adolescence, acheter à manger, payer le loyer... L'innocence de l'enfance, c'est tellement Disney... Même s'il y a toujours une part de réalité dans Disney: il y a Bambi, la biche et le chasseur... Je crois que je suis trop dans la réalité, quand je vois tout ce que j'ai traversé à 28 ans. Je pourrais disparaître demain je suis déjà fier et fatigué du parcours que j'ai vécu. J'ai toujours donné pour tout, pour moi, pour les autres. J'ai bourlingué bien plus que d'autres. J'ai l'impression d'avoir vécu plusieurs vies...
- Vous n'avez jamais eu envie de tout laisser tomber?
Si. Ça dure une heure et puis le téléphone sonne pour un concert... S'il y a 100 personnes à un concert et qu'à la fin il y en a un convaincu que je suis un type bien, sincère, je suis content. Ce n'est pas évident de faire face à tout un tas de préjugés. mais je serais tellement malheureux d'arrêter les concerts, la musique... Il faudrait que la vie s'arrête. Ma copine (Clémence, la gagnante de Koh-Lanta 5, ndlr) m'a déjà dit: "Tu n'en as pas ras-le-bol des fois? Moi je n'en aurais pas la force." Elle est un peu dans ce métier maintenant et elle est épuisée par le comportement des gens de ce métier, par leurs attitudes. J'essaie de me battre, je n'hésite pas à dire aux gens que ce sont des connards...
- Vous croyez à l'amour quand même?
L'amour existe, oui, mais ce n'est pas toujours le même. Il y a l'amour adolescent, passionnel. Il existe une fois quand on y croit, quand on y touche. L'amour éternel je n'y crois pas, je n'y crois plus, j'en suis revenu. L'attirance, l'amour, la tendresse, tout ça s'apaise tellement avec le temps et les années. La vie est ainsi faite aujourd'hui: on ne prend plus le temps d'aimer vraiment, la vie ne nous en laisse pas le temps. J'ai du mal à croire à un amour éternel, à 60 ans de passion, de tendresse, des regards... J'ai quelques doutes.
- Vous avez envie d'avoir des enfants?
J'adorerais. Encore faut-il avoir envie de leur laisser le monde en héritage. Il faut être prêt, il faut être sûr. Et puis un enfant ça se fait à deux! Vu comme je me démène aujourd'hui... Si c'est pour ne pas avoir le temps de le voir grandir, je crois que ça me rendrait dingue. je préfère attendre encore un peu. Le 4 juin j'ai eu 28 ans, je vais encore y penser. Mes amis sont mariés, ont des enfants. Je ne suis pas dans la même vie qu'eux. Est-ce que c'est une vie pour un gamin de suivre un papa saltimbanque? C'est plus facile quand on s'appelle Patrick Bruel, quand on est milliardaire et qu'on a des nounous... J'ai des horaires de dingue, je suis tellement parti, je croise ma vie entre Paris et Saint-Lô... Si c'est pour avoir un semblant de vie de famille... Je suis exigeant. Je veux une petite fille amoureuse et fière de son papa. C'est une vraie exigence, une vraie commande au père Noël. Mais ma fiancée, elle, elle veut un garçon!
- Vous en voulez toujours à votre père?
Je commence à cicatriser. La Starac a eu un effet boomerang pour lui. Il était fier de moi, en parlait partout et puis la chanson "J'te r'connais pas" sort. Il a fait un peu la gueule! Ma porte ne lui est toujours pas ouverte. Mais je chante la chanson avec moins de rage. C'est une chanson écrite un peu dans la douleur. Une chanson très spontanée, et le succès l'a été tout autant. Beaucoup de gens s'y sont retrouvés. Mon père ne me manque toujours pas mais je finis par me dire que l'erreur est humaine, j'essaie d'être tolérant (ce qui ne me ressemble pas trop, rires). Je me calme. depuis quelques semaines j'ai l'impression de me rapprocher du bouddhisme, de moins m'énerver, moins m'agacer. Il faudrait qu'un jour on ait une discussion d'homme à homme. Mais je ne suis pas encore prêt.
- Votre livre La passion pour seul bagage (TF1 éditions) s'est bien vendu, vous n'avez pas envie d'en écrire un autre?
J'ai commencé à écrire un recueil de nouvelles et j'ai continué à écrire mon parcours, en partie via mon blog sur myspace (myspace.com/mathieujohann) et en partie chez moi. Mais avec la sortie de l'album... J'espère avoir autre chose à partager que des chansons. 2008 est bien rempli: l'album, "Ils chantent Julos", "La voix de l'enfant". Plus un projet avec mon ami Nicolas Peyrac. L'année prochaine, peut-être... J'espère que cet album va rencontrer le public. Il y a un tel don de soi dans l'album. Ce serait encourageant...

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