L'interview d'Hélène Segara
Dans son nouvel album Mon pays c'est la terre, Hélène Ségara reprend les chansons phares de la Chine, de l'Afrique, de la Russie, d'Israël... Le tout parsemé de ses émotions les plus sincères. Elle nous emmène le temps d'une interview dans ses voyages.
- Pourquoi avez-vous eu besoin de faire un album tour du monde?
C'est marrant le mot besoin! L'album précédent Quand l'éternité était très intime. Il parlait du deuil que je venais de vivre. Il était profond, plus sombre, mais qui reste l'un de mes préférés. C'était un album thérapie. Quand la thérapie commence à opérer, quand on commence à cicatriser de certaines blessures, on peut enfin se tourner vers les autres. Voilà comment j'ai commencé à me tourner vers les autres, vers le monde! Je me sens du monde entier. Je suis allée chanter un peu partout et partout je me suis sentie chez moi, je n'avais pas l'impression d'entrer dans un pays étranger. Je suis une enfant de la terre! En plus je trouve cela très agréable de chanter dans plusieurs langues. C'est un projet qui m'a passionné. Ça faisait longtemps que j'y pensais!
- Quel est votre pays coup de coeur?
Je n'en ai pas. Je suis née en France avec une culture française. Ma mère est Arménienne et mon père Italien. L'Arménie est encore un pays plein de larmes.
- Qu'est-ce qui vous désole le plus dans ce monde?
La manière dont l'homme traite l'homme. Quand il fait du mal à son voisin, quand il se positionne comme un conquérant, il ne se rend pas compte que la première victime, c'est lui!
- Dans quel pays vous sentez-vous le plus en paix?
En Corse. Elle est un échantillon de plein de beaux pays. Elle a la montagne, la mer... D'un endroit à l'autre tu as plein de choses complètement différentes.
- Dans quel pays ressentez-vous une belle spiritualité?
Je ne sais pas, j'ai encore tellement de pays à découvrir comme l'Israël et l'Inde. Un jour, j'ai chanté en Tunisie. La fin de mon spectacle se terminait par Ave Maria Païen, certaines personnes m'ont demandé de ne pas chanter cette chanson dans un pays musulman. Je ne comprenais pas, c'est limiter les gens, c'est très réducteur. J'ai décidé de la chanter, je me suis mise à genou et j'ai dit "peu importe le nom que l'on veut lui donner, que ce soit Marie, Myriam ou Fatima, le plus important c'est d'y croire." Les gens ont entonné l'Ave Maria avec moi! On a trop de préjugés, ils nous limitent trop et c'est réduire les gens à un seuil d'intolérance... Il y a une poignée d'intolérants dans le monde, mais il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac!
- Quelle est la plus belle émotion que vous avez ressentie en voyageant?
La plus récente était au Cap-Vert, dans un village sans eau, sans électricité, sans sanitaire. Je suis arrivée avec un gros sac rempli de jouets. Les enfants sont venus spontanément m'aider à porter le sac sans savoir ce qu'il y avait dedans. Ils l'ont déposé à côté de moi et sont partis. Je les ai rappelés et leur ai dit que ce sac était pour eux... Je ne vous raconte pas les yeux... Ils étaient merveilleux. Rien que cela, ça vaut tous les trésors du monde. J'ai rêvé revenir avec un charter rempli de jouets. Ils étaient trop mignons!
- Quelle est votre plus belle rencontre pendant un voyage?
J'en ai fait des belles rencontres. Je m'attache tellement aux personnes. Il y a une rencontre un peu drôle. C'étaient en Russie, le producteur était un gros dur à la Russe, très rustre, un peu ours. Quand je suis sortie de scène, il pleurait!
- Où vous emmènent vos rêves?
Mes rêves sont très utopistes, mais je m'en fous! Ça sert à ça les rêves et parfois on peut les réaliser. Ils m'emmènent vers un avenir plus confiant pour nous et nos enfants, dans un monde où la musique à son rôle. Je souhaite que mes enfants et mes amis soient heureux, que ce monde aille mieux, c'est banal mais pas aussi simple à réaliser qu'à rêver.
- Quelle cause défendue par un homme vous a le plus touchée?
Gandhi et la non-violence. Mandela c'était une belle leçon d'Amnistie. Oublier tous ces crimes, quel bon pardon. Martin Luther King aussi, un des prédécesseur d'Obama. Je pense aussi à des Soeur Emmanuelle, des Mère Térésa qui ont donné leur vie pour les autres, pour que les choses changent! Quand des gens comme cela disparaissent ça manque beaucoup, on se demande qui va prendre la relève. J'ai quand même un peu d'espoir car ces gens-là ont aidé à une prise de conscience, on n'est plus dans l'innocence de nos actes, on sait où l'on va!
- Quelle est la belle différence?
Celle qui nous rapproche. Un journaliste, en Algérie, m'a demandé ce que ça me faisait de voir des enfants Palestiniens mourir sous les bombes? Il était très virulent. Je lui ai répondu "la même chose que quand elles tombent en Israël ou partout ailleurs dans le monde! Je ne veux pas aller dans votre sens, ce sont des enfants, ils n'ont pas choisi vos choix religieux! Vous croyez que je suis aveugle, que je ne sais pas ce qu'il se passe dans le monde? Je suis une maman... Je me fous de savoir l'origine de l'enfant qui meurt sous une bombe!" Après mon spectacle, il est venu me voir et il m'a dit avoir vu l'intérieur de mon cour. Il a fait l'un des plus beaux papiers sur moi que j'ai pu lire! Notre différence nous a rapprochée, ce qui lui a importé c'est ma sincérité!
- Quelle est la plus belle ville pour un voyage en amoureux?
Rome et Florence. C'est extrêmement romantique. J'étais à Rome le printemps dernier avec mon mari, c'est une couleur, une chaleur... Ce côté latin que j'aime beaucoup!
- Quel est votre mot étranger préféré?
Sodade, un mot portugais qui signifie une certaine ivresse dans la mélancolie, c'est très poétique. J'ai chanté dans plusieurs langes. Pour la musicalité, l'italien est le plus lyrique. L'anglais c'est très phonétique et très facile, l'espagnol c'est très passionnel, l'hébreux c'est vraiment très joli, ça été facile pour moi de la chanter. J'ai dû travailler le russe par contre! Chaque langue est intéressante car il dépeint un sentiment différent.
- Quelle chanson vous rappelle l'enfance?
Illumination, la chanson italienne que mon papa écoutait en boucle quand j'étais petite. On partait souvent en Italie quand j'étais enfant. Je me sens vraiment chez moi en Italie. Mon père était un fou d'opéra. Je ne serai jamais une chanteuse lyrique, je l'ai adaptée sur l'album à ma manière avec ma propre émotion. C'était ma manière de me remémorer ce souvenir de mon père.
- Où serez-vous pour les fêtes de fin d'année?
Une année, je suis partie les fêter à Bali et je n'avais vraiment pas l'impression que c'était Noël. Il n'y avait pas de sapin, aucun symbole qui fait Noël. Depuis, chaque année je fais un sapin pour les enfants, je prépare le repas de Noël, c'est très traditionnel! On se retrouve en famille. On a le cliché de la maison enneigée, du feu de bois, du sapin qui clignote!
- Parlez-moi de votre duo avec Maurane sur D'ici?
Quand j'ai adapté cette chanson au début j'évoquais la distance avec laquelle on regarde les choses parfois. Après j'ai voulu lui donner un deuxième sens, celui de la distance géographique, parfois, entre amis. J'ai tout de suite penser à Maurane pour cette chanson, même si on a souvent chanté ensemble pour les Restos du Cour, on ne l'avait jamais fait sur un album. Et en plus d'être mon amie, Maurane c'est une voix sublimissime. J'ai adapté le texte pour elle, pour ces deux amies qui se retrouvent toujours malgré la distance!
- Quel est le message de cet album?
Je crois que nous sommes dans l'ère de l'âme universelle, que ces frontières qui nous ont si souvent divisés ne nous empêchent pas de vivre les mêmes choses et d'être les mêmes. On a les mêmes sentiments, même si nos cultures et traditions sont différentes. Cet album est humain!
- Comment votre public va accueillir cet album?
Je ne force pas le public à le comprendre. Je propose quelque chose de sincère, après on le reçoit ou pas! Ça fait partie de moi, de mon évolution. Je n'aime pas aller là où l'on m'attend! J'ai donné la vie trois fois, je me demande ce qu'il va se passer pour eux, dans quel monde je les laisse, comment je peux les accompagner?
Quand les gens s'unissent, il se passe beaucoup de choses. L'union fait la force et elle a souvent raison de ce que l'on veut! Je ne veux donner de leçon à personne. On est tous concernés par la terre. J'ai un micro entre les mains, j'en profite, j'en remets une petite couche! J'assiste à des colloques depuis l'âge de 16 ans. J'ai des opinions, il est temps que je les affiche, je suis en âge de les assumer! Un journaliste m'a dit un jour que moi c'était toujours l'amour et les je t'aime, je t'aime. Je lui ai répondu "Mais Monsieur, ce que vous ne réussissez pas à deux, comment voulez-vous le réussir à l'échelle mondiale! Commencer par deux personnes, c'est commencer le travail. Si on ne parvient pas à trouver la paix à deux ou même en soi-même, comment voulez-vous qu'on la trouve sur la terre! L'amour c'est le départ de tout."
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