L'interview de Frédéric Diefenthal
Fraîchement quadragénaire, l'Emilien de Taxi réalise un rêve de gosse en campant Yach dans Flics. Une série qui confirme l'opportunisme de ce séducteur invétéré, bavard pour pas un sou et du genre "distrait". Après Clara Sheller et David Nolande, il vise à nouveau dans le mille pour la télé.
- Est-ce parce que vous acceptiez tout à vos débuts, que vous choisissez aussi bien vos rôles aujourd'hui?
Pas forcément. Je n'ai pas de plan de carrière, donc je ne calcule pas. Ce qui ne veut pas dire que je ne réfléchis pas sur les projets qu'on me propose. Disons que je suis du genre à vite m'emmerder et que j'aime me lancer dans de nouveaux trucs improbables.
- En l'occurrence, un rôle de flic pour vous, ex-banlieusard! Ado, quel regard portiez-vous sur ce métier?
(Sourire) Disons qu'ayant vite quitté l'école et ayant été vite en rébellion contre le monde adulte, il m'est arrivé de les avoir plusieurs fois derrière moi, mais je vous rassure, jamais rien de bien grave. Mais j'ai eu de la chance, je n'ai pas été dans l'abandon, comme c'est souvent le cas actuellement, en banlieue.
- Ce personnage sombre a-t-il été plus ardu à camper qu'un autre?
Pour moi, il y a des tournages légers, chiants et intenses. J'emploierai ici le mot intense. Je joue ici le rôle d'un flic, j'ai joué avant un médium, un homo, un paysan et un escroc: tous mes personnages sont d'un univers différent, mais tous ont un dénominateur commun, ce sont des anti-héros qui se retrouvent tôt ou tard en position de force.
- Et dans Flics, vous avez inversé les rôles avant le début du tournage...
Je devais être Constantine, mais quand j'étudiais le scénario avec Nicolas Cuche (NDLR: le réalisateur, qui l'a repris après David Nolande), je focalisais sur Yack, car il était pour moi une vraie projection de gamin. Un jour, Nicolas m'a dit «Mais Yack, c'est toi!». Je ne lui ai pas répondu «Ah bon?», j'ai accepté tout de suite.
- Projection de gamin, vous dites?
Oui. C'est complètement cohérent avec l'univers qui m'a fait aimer le cinéma. Ado, mes références allaient de Laurel & Hardy à Pierre Richard, en passant par Bourvil, Lino Ventura et Jean-Paul Belmondo. Ce sont eux qui m'ont fasciné. Donc, quand j'arrive à ce personnage de Yack, c'est un vrai rêve de gosse et d'acteur qui se réalise.
- Sauf qu'il ne s'agit pas de cinéma ici, mais de télé. Vous ne nuancez pas?
Plus maintenant, car la télé est de toute façon maîtresse à 80% du cinéma qui, en France, perd son industrie. Perso, je pense que ceux qui ne veulent faire que du cinéma, c'est par frime ou par snobisme. Y'a encore des a priori mais le support importe peu, finalement.
- En quoi Flics se distingue-t-il des Julie Lescaut, Navarro et autres Cordiers?
Ici, c'est un nouveau bébé d'Olivier Marchal (NDLR, le réalisateur de 36, Quai des Orfèvres), tout simplement. Le problème avec les séries que vous citez et d'autres, c'est leur formatage. En France, dès qu'une chaîne propose une série qui marche, on suit directement avec d'autres avec les mêmes ingrédients. Ça s'appelle du formatage et ça m'énerve, même s'il faut toujours se dire que chacune peut plaire à un public!
- Merci, Frédéric!
Ah, la preuve que mes choix sont bons, c'est la première fois qu'on ne me parle pas de Taxi dans une interview!
- Ne parlez pas trop vite! Si Besson vous rappelle pour un cinquième, vous êtes partant?
Aujourd'hui, là, maintenant? Franchement, non!
- Chiche?
Chiche!
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